Mém. d'O.-T., p
4. Introduction au Voyage en Amérique^ p. 1. * Il faut remarquer une chose particulière à la France : la plupart de ses voyageurs ont été des hommes isolés, abandonnés à leurs propres forces et à leur propre génie... 11 me suffira
après, n'aurait-il pu lire, « sans un sentiment de regret, et presque d'envie », le récit des découvertes anglaises au pôle arctique *? S'il n'avait fait qu'une promenade de touriste aux États-Unis, pourquoi aurait-il écrit avec tant de solennité : « J'ai exploré les mers de l'Ancien et du Nouveau Monde et foulé le sol des quatre parties de la terre. J'ai campé sous les huttes de l'Iroquois et sous la tente de l'Arabe, dans les wigwams des Hurons, dans les débris d'Athènes, de Memphis, de Carthage, de Grenade, chez le Grec, le Turc et le Maure, parmi les forêts et les ruines; j'ai revêtu la casaque de
de faire observer au lecteur que ce premier voyage pouvait devenir le dernier ^ si je parvenais à me procurer tout d'abord les ressources nécessaires à ma première découverte ; mais dans le cas où je serais arrêté par des obstacles imprévus, ce premier voyage ne devait être que le prélude d*un second, qu'une sorte de reconnaisssnce dans le désert. Pour s^expliquer la route qu^on me verra prendre, il faut aussi se souvenir du plan que je m'étais tracé,,, attaquer la rive occidentale de l'Amérique, un peu au-dessus du golfe de Californie; de là... me diriger vers le nord, doubler le dernier cap de TAmérique.... etc. » Les passages en italiques montrent (ainsi que dix textes analogues) que Chateaubriand justifie la route qu'il a prise par l'intention de découvrir les mers arctiques, qu'il considère son voyage de 1791 comme un commencement d'exécution de ce projet, comme le voyage de découvertes d'un explorateur qui aspire, ainsi qu'il dit dans une page sacrifiée des Mémoires (Bibliothèque Nationale, ms. f. fr. 12 454, f» 23), à être * le Christophe Colomb de l'Amérique polaire ».
1. Mélanges politiques et littéraires, article intitulé De quelques ouvrages historiques et littéraires (1819) : « Ce n'est pas sans un sentiment de regret et presque d'envie que nous avons lu le récit de la dernière expédition des Anglais au pôle arctique. Nous avions voulu jadis découvrir nous-même, au nord de l'Amérique, les mers vues par Heyne, et depuis par Mackenzie », etc«
peau d'ours du sauvage et le cafetan de soie du mameluk* »?
Il est vrai; et, puisqu'il reste dans ses relations des faits non susceptibles de contrôle, permis à chacun de les tenir pour réels et de croire, par exemple, qu'ayant voulu, en sa téméraire hardiesse, se baigner en pleine mer par une forte houle, il se précipita du beaupré dans les flots, fut entraîné par les courants, et en péril d'être happé par les requins 2; — ou bien, qu'au Niagara, son cheval, effrayé par le bruissement d'un serpent à sonnettes, l'entraîna, et sur le bord de l'abîme se cabra, ne s'y tenant plus qu'à force de reins ^; — ou encore, que voulant contempler de bas en haut la cataracte, en dépit des représentations de son guide, en dépit des rugissements de l'onde, « l'homme à la longue barbe » descendit le long d'un rocher presque vertical, jusqu'au moment où il demeura suspendu par une main à la dernière racine^ et sentit ses doigts s'ouvrir sous le poids de son corps*. Permis à chacun, puisque l'itinéraire est trop long, d'en tracer quelque autre plus court, et de s'y tenir ^.