VII
Le prophétisme se. survécut à lui-môme. Au retour de la captivité de Babylone, sa tâche était accomplie. Du moment que le mosaïsme, du moins dans ce qu'il avait encore d'applicable, était sauvé, et avec lui la nationalité israélite , il n'avait plus rien à faire sur la scène du monde. Les grandes institutions ne disparaissent pas cependant aussitôt qu'elles cessent d'avoir une utilité réelle ; elles ne finissent. que peu à peu, en s' affaissant graduellement sur elles-mêmes. C'est ce qui arriva au prophétisme en Israël. Les prophètes qui vécurent depuis le retour de la captivité jusqu'à Esdras\ n'ont presque plus rien de ce
1 II paraît que les prophètes furent nombreux longtemps encore après le retour de la captivité de Babylone ; c'est du moins
qui constitue l'esprit et le caractère de ceux des époques précédentes.
La différence est déjà sensible dans la forme du discours. Les prophéties d' Haggée manquent de verve et d'élan ; elles trahissent une certaine difficulté à manier la langue. Zacharie, qui entra dans la carrière du prophétisme seulement quelques mois après Haggée, ne fait pas preuve d'une plus grande habilité dans l'art d'écrire. Il affectionne le langage symbolique, dont le goût semble s'être répandu parmi les Hébreux pendant leur séjour dans la Babylonie et auquel Ézéchiel avait, pour ainsi dire, donné droit de cité dans la littérature hébraïque ; mais ses allégories, entassées les unes sur les autres, manquent d'ampleur et de développement, et, ce qui est pis, elles sont à la fois obscures et sans originalité. Malachie est, en somme, supérieur à Haggée et à Zacharie, sans atteindre cependant à la hauteur des anciens prophètes. M. Ewald fait observer que la manière dont il présente ses idées a quelque chose de scolastique et ne rappelle guère l'éloquence populaire et animée des Michée, des Amos et des Esaïe 1 . 11 faut
ce qu'on peut conclure de quelques passages des écrivains de cette époque. Zacharie, vu, 3; vin. 9; Ewald, Gesch. des Volks Israël, t. iv, p. 114. Nous n'avons des écrits que de trois . d'entre eux. Mangée, Zacharie et Malachie.
* Kwald, Die prophet. Bûcher, t. i, p. 542; Eichhorn, Einleit. ins atte Testam., % 610; de Wette, FAnlcit. in fias aile Test., y. 369-378.
ajouter enfin que les récits de ces prophètes, surtout ceux de Zacharie, le plus fécond des trois, sont pleins de réminiscences des ouvrages antérieurs
Ce n'est pas cependant à ces traits qu'il convient de s'arrêter ; il suffît de les signaler comme signes évidents d'une décadence bien marquée du prophétisme. Il faut regarder avant tout au caractère général de ces prophètes. Or, ce caractère forme un contraste frappant avec celui des prophètes de l'époque précédente. Tandis que ceux-ci ne donnent qu'une importance tout à fait secondaire à la partie cérémonielle de la loi, Haggée, Zacharie et Malachie insistent fortement sur la nécessité d'en remplir toutes les prescriptions. Si les cieux se sont fermés, si la terre a retenu ses fruits, si l'Éternel a appelé la sécheresse sur la plaine, sur la montagne, sur le froment, sur le vin, sur l'huile, sur tout ce que le sol produit, ce n'est point, comme l'auraient dit Michée, Esaie et Jérémie, à cause de la dureté du cœur du peuple, en punition de ses vices et de ses crimes; non : Haggée ne voit dans cette calamité publique qu'un juste châtiment du peu d'empressement des Juifs à relever les murailles du temple, tandis qu'ils ont mis la plus grande hâte à se construire des maisons lambrissées 2 .
1 On peut voir le tableau de ces imitations dans Eichhorn, ibid., t. m, p 329 et 330 , et dansdeWette ,iWd., p.372 et 374.
2 Haggée, i, 4-11.
L'Éternel commande sans doute encore par la voix du prophète, comme il l'avait fait auparavant par la bouche des prophètes antérieurs 1 , de rechercher ce qui est droit, de ne point faire de tort à la veuve, à l'orphelin, à l'étranger, à l'affligé, de ne point nourrir de mauvaises pensées envers son frère 2 . Mais il ne commande pas avec moins d'insistance de ne présenter à l'autel que des victimes sans taches 3 , d'éviter avec le soin le plus attentif les souillures légales 4 , d'apporter au temple les différentes dîmes prescrites par la loi, dîmes qui sont une dette contractée envers Dieu lui-même 5 , de ne point s'allier par des mariages, au mépris des ordonnances mosaïques 6 , avec les Moabites, les Ammonites et les autres peuples étrangers 7 .
Il n'y a plus inimitié entre le sacrificateur et le prophète. Celui-ci est devenu l'aide et le soutien de celui-là. Zacharie prend avec chaleur la défense du grand-prêtre Jehoschua ; il exalte la sainteté de ses fonctions. L'Éternel, dit-il, lui a confié le gouvernement de sa maison et la garde de ses parvis 8 . Il faut
1 Zacharie, vu, 7, 12.
* Zacharie, vu, 9 et 10; vin, 16 et 17; Malach., m, 5. » Malach., i, 6-8, 13, 14.
* Haggée, ti, 11-19.
* Malach., m, 8-10.
* Deuter., xxm, 3 et 4.
7 Malach , u, 11 et 12.
8 Zacharie, m, 1-9.
4âO ETUDKS ClUTÎQUES
lui mettre sur la tète des couronnes d'or et d'argent 1 . Si Malachie reproche aux prêtres leurs transgressions 2 , c'est dans l'intention de les rappeler au sentiment de la sainteté de leur caractère ; c'est surtout pour engager ceux d'entre eux qui avaient contracté des mariages avec des filles des peuples étrangers à rompre ces alliances prohibées par la loi 3 . Car d'ailleurs « les lèvres du sacrificateur gardent la » science, et c'est de sa bouche qu'il faut apprendre » les prescriptions de Dieu*. » Ce n'est plus le prophète qui maintenant est l'envoyé de Dieu, c'est le prêtre. Dieu a traité avec la maison de Lévi une alliance particulière, une alliance de vie et de paix 5 . C'est la première fois qu'il est question dans les livres saints de cette alliance de Dieu avec la race sacerdotale, et ce fait nouveau est un indice manifeste de la prédominance que le sacerdoce avait acquise à cette époque dans la famille d'Israël.
Comment s'était opéré ce rapprochement entre le prêtre et le prophète ? Il faut en chercher les causes dans le mouvement de dévotion étroite et livrée au cérémonialisme, qui datait de Josias, et surtout dans les changements qui s'accomplirent, pendant la cap-
* Zacharie, vu, 11.
i Malach., ii, 1-3, 8, 9.
» Ibid., h, 11-16.
* Ibid., ii, 6 et 7.
* Ibid., h, 4 et 5.
SUR Î,A BTBLE
tivité de Babylone, dans les sentiments religieux du peuple hébreu.
Le rétablissement du culte mosaïque par Josias s'opéra sous l'influence des prêtres et non sous celle des prophètes'; il eut un caractère essentiellement sacerdotal ; le formalisme en fut la conséquence. Les prophètes Michée, Ésaïe, Jérémie, l'avaient combattu ; à partir du règne de Josias, il prit un tel développement qu'il gagna les prophètes eux-mêmes. On ne saurait en douter, quand on voit Ezéchiel consacrer le code des lois qu'il dresse, pendant l'exil, en prévision d'une restauration prochaine de Jérusalem, presque uniquement à régler ce qui concerne le sacerdoce et le culte 2 .
C'est surtout pendant la captivité,de Babylone que le sacerdoce étendit son influence et se subordonna le
prophétisme. Les maux sans nombre qui furent la suite de la ruine du royaume de Juda, éveillèrent dans le cœur des israélites l'amour de leurs traditions nationales. On sait quels regrets excita la patrie absente. «Assis aux bords des fleuves de Babylone, nous y avons pleuré au souvenir de Sion. Jérusalem,
1 Dans le récit que fait le second livre des Rois (xutl, 1-3) de la cérémonie dans laquelle Josias fait lire la loi devant le peuple assemblé, les prophètes ne viennent qu'après les sacrificateurs, et dans le récit que le second livre des Chroniques (xxxiv, 29-31) contient du même fait, ils ne sont pas môme mentionnés.
* Ezéchiel, xl-xlviii.
si je t'oublie, que ma droite s'oublie elle-même 1 .» Tels sont les chants de tristesse que leur inspire l'exil. Ces sentiments patriotiques réveillent les sentiments religieux. Au souvenir de Jérusalem s'associe le souvenir du temple, du cùlte de l'Eternel, de la loi, de cette loi pour laquelle on n'avait eu que de l'indifférence dans les temps de prospérité. Ce fut une opinion générale parmi les Juifs déportés delà Babylonie, que la grande catastrophe qui les avait frappés était en punition méritée de leur infidélité aux commandements de l'Éternel. Cette conviction passa alors des prophètes, qui en avaient fait presque constamment le thème de leurs exhortations, à la nation tout entière.
Comme il arrive toujours dans les grands mouvements populaires, la réaction qui se produisit sous ces impressions diverses fut poussée jusqu'à l'excès. A l'indifférence séculaire pour la législation nationale, succéda un attachement qui manqua à la fois de mesure et d'intelligence. Au lieu d'arrêter leur attention sur ce qui faisait le fonds et l'essence même de la loi, sur ce monothéisme spiritualiste que Moïse le premier avait annoncé, et qui avait inspiré l'éloquence des prophètes, les israélites, à l'imitation de Josias, ne sachant pas dégager l'esprit de lèurs traditions reli-
* Ps. cxxxvn, 1 et 5.
1 Cœlln, Biblische Théologie, t. i, p. 343 et 344.
SUR LA BIBLE ft33
gieuses des formes antiques sous lesquelles il s'était produit, s'attachèrent aux détails, aux prescriptions cérémonielles, aux pratiques de tous genres qu'elles recommandaient. Il arriva de là que le culte lévitique et par conséquent aussi le sacerdoce qui en était chargé, prirent à leurs yeux une importance exagérée. Le prêtre se trouva ainsi porté, par la marche même des choses, à la tête de la nation.
On peut supposer avec quelque vraisemblance que la caste sacerdotale donna la première l'exemple de cette révolution dévote. Elle avait perdu plus que toutes les autres classes de la famille d'Israël, à la déportation dans des contrées lointaines. Son seul prestige, elle le devait à ses fonctions, et elle ne pouvait les exercer que dans le temple de Jérusalem. Le grand désastre qui venait de frapper toute la nation dut inspirer au prêtre, plus encore qu'aux autres exilés, de sérieuses réflexions, et faire naître en lui des sentiments nouveaux sur la mission religieuse qu'il avait à remplir au milieu des familles déportées.
Il est plus probable encore que le sacerdoce devint en ce moment le centre de tous les débris d'Israël. Une tradition conservée par le Talmud attribue aux exilés qui avaient accompagné le roi Jojakin, la fondation d'une synagogue, bâtie avec des pierres apportées de la terre sainte 1 . Le fond de cette légende,
* Munck, La Palestine, p. 458, note 2.
si on la prend du moins, dans un sens métaphorique, n'a rien d'invraisemblable. Des réunions de prières durent s'organiser de bonne heure dans les nouveaux établissements ; les prêtres furent naturellement appelés à les présider ; et comme c'est dans ces assemblées que pouvait seulement se manifester ce qui restait de vie nationale au milieu des malheureux déportés, le sacerdoce en devint l'âme.
Il faut admettre encore qu'à mesure qu'on se rattacha plus étroitement aux traditions antiques, on dut éprouver le besoin de les connaître mieux. Les prêtres étaient les gardiens de la loi ; elle était déposée entre leurs mains; ils en étaient dans certains cas les interprètes \ C'est à eux qu'on s'adressa pour savoir ce qu'elle permettait et ce qu'elle défendait \ Les circonstances autant pour le moins que leurs propres sentiments religieux, les obligèrent en conséquence à faire do leur législation nationale l'objet d'une étude suivie. Esdras ne fut pas certainement le seul membre du sacerdoce qui méritât le titre de docteur de la loi. Cette étude fut dans tous les cas une chose nouvelle en Israël. Provoquée par les modifications qui venaient de s'accomplir dans les idées et dans la position des Juifs, elle révèle un état des esprits tout différent de celui qui avait donné naissance au pro-
* Deutér.y xvii, 8-14; xxi, 5; 2 Chron., ivn, 9. » Ezéchiel, xuv, 23; Malaoh., iv, 5 et 6.
sur la bible ft$6
phétisme, en même temps qu'elle nous fait prévoir que la direction morale de la nation, qui lui avait été confiée jusqu'à ce moment, va passer dans d'autres mains.
La diffusion des croyances monothéistes dans la maison d'Israël, la fidélité aux prescriptions mosaïques qui prenait chaque jour des proportions plus considérables, et la piété, telle du moins qu'on l'entendait alors, qui devenait générale, rendaient le ministère prophétique de moins en moins nécessaire et lui enlevaient son antique importance. Après les changements qui s'étaient opérés dans les esprits, le but qu'il poursuivait était atteint, autant du moins que les circonstances le permettaient ; sa prédication n'avait plus de raison d'être ; il ne restait au prophète qu'à seconder les efforts du prêtre et du docteur de la loi, jusqu'à ce' qu'il fût entièrement absorbé par eux.
C'est ainsi que, par l'effet des événements, le prophétisme se trouva rattaché, ou pour mieux dire subordonné au sacerdoce, et que, par la marche même des choses, il dut céder la place aux docteurs de la loi. Avait-il lui-même la conscience de la position nouvelle qui lui était faite? On serait tenté de le croire, quand on entend Ezéchiel, vingt-cinq ans après laruine de Jérusalem, déclarer que désormais les sacrificateurs enseigneront au peuple à distinguer la chose sainte de la chose profane, ce qui est souillé de ce qui est pur
1 Ezéchiel, xliv, 23.
Le caractère sacerdotal que revêt en ce moment le prophétisme ne se montre pas uniquement dans son attachement aux cérémonies et aux prescriptions légales et dans son dévouement à la caste des prêtres. Il se manifeste encore dans la forme nouvelle sous laquelle il représente le Messie. Jusqu'alors le futur libérateur d'Israël avait été dépeint comme un descendant de David, destiné à relever son trône, et à régner sur le monde entier, après avoir vaincu les nations étrangères et assuré la prédominance au peuple élu. Cet idéal change après le retour de la captivité de Babylone. Son rôle de héros victorieux s'amoindrit. A l'épée dont les prophètes antérieurs l'avaient armé, Haggée, Zacharie et Malachie, suivant sans doute les tendances générales de leur temps, sont tentés de substituer l'encensoir. Le Messie est bien encore un roi ; mais à côté de lui siège le sacrificateur ; le roi et le sacrificateur sont les deux branches d'olivier qui s'élèvent de chaque côté du chandelier d'or 1 , les deux enfants de l'onction, qui se tiennent devant le Seigneur de toute la terre 2 . Zacharie repousse bien loin tout l'appareil belliqueux dont le libérateur d'Israël avait été entouré auparavant. « Ce n'est point par armée, ni par force, mais c'est par mon esprit, fait-il dire à l'Éternel, que la
1 Zacharie, iv, 2 et 3, 11 et 12.
* Ibid., iv, 13 et 14.
délivrance s'accomplira 1 . » Et plus tard Malachie parlera du Messie comme du messager de l'alliance qui vient purifier les fils de Lévi 2 .
D'où vient cette transformation, sinon d'une tendance sacerdotale qui fut constamment étrangère aux prophètes antérieurs à la captivité de Babylone, et qui domine dans ceux qui assistèrent à la restauration de Jérusalem? L'église militante des Amos, des Michée, des Ésaïe a fait place à une église organisée selon le cœur des enfants de Lévi; chacune d'elles a fait le libérateur à son image.
Une différence plus considérable encore semble séparer, sur le sujet du Messie, les nouveaux prophètes des anciens. Tandis que ceux-ci renvoient à une époque future indéterminée l'avènement du libérateur, ceux-là paraissent considérer le retour de la captivité de Babylone comme le commencement de la réalisation des espérances messianiques. Tout ce qui avait été prédit de la punition des crimes de la famille d'Israël et de la dispersion de ses enfants parmi les nations, de sa repentance, de son pardon et de son rappel dans la terre sainte, tout cela ne s'est-il pas accompli 3 ? Les descendants de Jacob se sont convertis à l'Éternel, et l'Éternel, de son côté, se souvenant de ses gratuités, les a recueillis du mi-
4 Zacharie, iv, 6.
* Malach., iv, 12 et 13.
J Zacharie, i, 6.
438 réTUDKS CKITIQUBS
lieu des peuples parmi lesquels ils avaient été dispersés. Tl est vrai qu'une partie de la tribu de Juda est revenue seule à Jérusalem ; mais Zacharie s' appuyant sur les prédictions antiques \ attend la délivrance prochaine des israélites du nord a . L'Éternel ramènera bientôt, s'il faut l'en croire, la maison de Joseph 3 ; Ephraïm va être associé à Juda*.
Ce retour de la faveur divine se reconnaît encore à d'autres signes. Le temple se relève de ses ruines. Ce n'est toutefois qu'un faible commencement 5 , presque rien en comparaison de la magnificence de l'ancien sanctuaire 6 ; mais que le peuple se fortifie et travaille; l'Éternel des armées est avec lui 7 ; les mains de Zorobabel l'achèveront 8 , et la gloire de cette dernière maison éclipsera celle de la première 8 . Enfin, l'alliance ancienne est renouvelée; l'esprit de Dieu est au milieu de la famille d'Israël ,0 . Elle sera désormais pour l'Éternel un peuple, et l'Éternel sera pour elle un Dieu". Ces heureux événements ne sont-
1 Osée, I, 16 ; III, 5 ; xiv, 4-8.
2 Zacharie, vin, 13.
1 Ibid., x, 6, 7, 10-12.
* Ibid., ix, 10, 13; vm, 7, 8.
5 Ibid., iv, 9, 10.
6 Haggée, n, 3.
I Ibid., h, 4.
» Zacharie, iv, 9 et 10.
• Haggée, n, 7 et 9.
*• Zacharie, i, 16 et 17; Haggée, ii, 5.
II Zacharie, vm, 8.
ils pas les premières manifestations de l'ère de gloire et de bonheur promise à la race de Jacob ? L'heure de l'accomplissement des anciennes prophéties n'at-elle pas sonné déjà?
Et en effet, les temps messianiques sont arrivés. L'Éternel va étendre sa main sur les nations qui ont pillé son peuple élu ; il va les asservir à son tour à ceux qui avaient été leurs esclaves 1 . Désormais ces nations viendront de tous les points de la terre pour chercher l'Éternel et pour l'implorer 2 ; elles viendront avec ce qu'elles ont de plus précieux, pour lui en faire hommage dans sa maison \ Chaque Juif sera entouré de dix hommes des pays étrangers qui, saisissant le bas de sa robe, lui diront : « Permettez que nous vous suivions, car nous avons appris que Dieu est avec vous*. » La maison de Juda et celle d'Israël qui avaient été en malédiction parmi les nations, seront dès ce moment une bénédiction pour la terre entière 5 .
En même temps, les quatre jeûnes de l'année vont être transformés, pour la maison de Juda, en des jours de joie et d'allégresse, en des fêtes solennelles de réjouissance 6 . Maintenant que l'Éternel ne sera
1 Zacharie, i, 15; u, 4, 8, 9, 13; xii, 9; Haggée, n, 22.
2 Zacharie, Vin, 20-22.
1 Uaggée, n, 7.
4 Zacharie, vm, 23.
* Ibid., vm, 13.
Ibid., VIÏI, 19.
plus pour ceux qui ont survécu aux désastres de la nation, tel qu'il avait été dans les jours qui venaient de s'écouler, on sèmera en paix ; la vigne rendra son fruit ; la terre portera ses productions ; les cieux donneront leur rosée 1 . Chacun invitera son prochain sous sa vigne et sous son figuier 2 .
Ce n'est pas dans un avenir lointain que ces glorieux événements doivent se passer ; non, c'est dans ces jours mêmes, dit Zacharie. « Si autrefois, fait-il dire à Dieu, j'ai songé à vous faire du mal, quand vos pères m'avaient irrité, en ces jours je songe de nouveau à faire du bien à Jérusalem et à la maison de Juda 3 . Maintenant je ne serai plus comme auparavant pour le reste de ce peuple \ » Ce rejeton de la race de David qui devait relever la maison d'Israël, est déjà venu 5 . Haggéeet Zacharie le virent évidemment dans la personne de Zorobabel, qui appartenait en effet à la famille du grand roi 6 . « 11 est le serviteur de l'Éternel, dit le premier de ces deux prophètes ; Jéhovah l'a choisi; il le placera comme un sceau 7 , » sans doute sur l'œuvre de la restauration du peuple élu,
1 Zacharie, vm, 11 et 12.
a Ibid., ni, 10.
» Ibid., vm, 14 et 15.
A Ibid., vm, 11.
5 Cœll», Bibl. Theolog., t. i, p. 480; Ewald, Geschichte des Volks Israël, t. iv, p. 117 et 118.
6 1 Chron., m, 19,
7 Haggée, II, 23.
pour indiquer qu'elle est définitive. Zacharie ne cesse de célébrer le pieux héros dont les mains ont fondé la maison de l'Éternel et en achèveront la construction \ Devant lui tomberont tous les obstacles. « Qu'es-tu, grande montagne, devant Zorobabel? une plaine 2 . » Ce Zorobabel qui bâtit le temple de l'Éternel est le véritable rejeton 3 . « Il portera la majesté ; il sera assis en dominateur sur le trône; le sacrificateur sera à côté de lui sur le trône ; un conseil de paix sera entre eux deux 4 . » Zorobabel et Jehoschoua, le descendant de David et le grand sacrificateur, sont les deux hommes de la situation. Par leurs efforts réunis, ils rétabliront le peuple élu 5 .
Il est facile de comprendre comment ces espérances s'emparèrent des cœurs des prophètes, aux premiers moments de la restauration de Jérusalem et du temple, après que la famille d'Israël avait traversé de si grands désastres. En voyant le peuple élu rendu à sa patrie, et le culte de l'Éternel rétabli, on crut que toutes les promesses annoncées par les anciens hommes de Dieu allaient immédiatement se réaliser. Un descendant de David était à la tête de la
» Zacharie, iv, 9.
i Zacharie, îv, 7. La Bible de Cahen donne une explication très-satisfaisante de ces passages métaphoriques. T. xn, p. 143. s Zacharie, vi, 12.
• Ibid., vi, 13.
» Haggée, i, 14; Zach., iv, 3, 14; Bible de Cahen, t. m, p. 143 et 144.
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colonie naissante; pouvait-on douter qu'il ne fût appelé à remplir les antiques prédictions?
Ce n'était là cependant que des illusions; la triste réalité ne tarda pas à les dissiper. Le rétablissement de la nation juive n'eut pas cet éclat qu'en en avait attendu. Les travaux languirent; lu construction du temple n'avança que lentement, à travers de nombreuses interruptions; les mœurs publiques ne furent pas meilleures qu'auparavant; la misère et lu souffrance devinrent le partage du plus grand nombre de ceux que le zèle religieux avait ramenés dans la terre sainte. Les enfants d'Ephraïm ne vinrent pas joindre leurs cœurs et leurs bras à ceux de leurs frères de Juda. Le polythéisme et l'idolâtrie étaient, il est vrai, bannis pour toujours du milieu du peuple élu; mais les jours du Messie n'étaient pus encore arrivés; il ne pouvait rester là-dessus le moindre doute. Un demi-siècle environ après Haggée et Zacharie, Malachie ne partage plus leurs espérances; il renvoie de nouveau dans un avenir indéterminé le grand et redoutable jour du Seigneur '.
1 Maiach., iv ( 1-3, 5 et G.