‹ Études critiques sur Properce et ses élégiesChapitre 12 sur 200 · L. MuIIer, Prop. El, Prœf., p · texte numérisé non relu

L. MuIIer, Prop. El, Prœf., p

sard l'a fait découvrir ^ Dire que l'on ne trouve, de Properce, aucune trace depuis la fin du sixième siècle jusqu'à la fin du quatorzième, c'est, comme on le fait trop souvent, résoudre la question par la question môme et commettre une pétition de principe : quelle trace peuton désirer plus forte et plus évidente qu'une copie entière de ses œuvres? Aussi M. Lucien Mûller essaye-t-il d'appuyer son premier argument par quelques autres tirés de considérations paléographiques ; malheureusement pour lui, ces considérations manquent de solidité.

Ce qui a davantage excité ses soupçons, ce sont, paraîtil, les initiales « peintes avec tant de richesse et d'élégance »; on ne voit pas d'exemple d'un luxe pareil dans les copies des poètes classiques faites au treizième siècle, tandis qu'on en trouve des exemples fréquents dans celles du quinzième. Mais, nous allons le voir plus loin, M. Baehrens qui, avec M. Lucien Miiller, veut dater le Ncapolilanus du quinzième siècle, est contraint d'avouer que les initiales de ce manuscrit ne ressemblent guère à celles qui étaient d'usage en Italie, à cette dernière époque : j'ajouterai que les termes de richesse et d'élégance, choisis par M. Lucien Miiller, ne s'appliquent pas très heureusement aux initiales du Neapolitanus, dont le dessin est plutôt sobre et la coloration vigoureuse. De plus, M. Lucien Millier ne dit rien de la couleur verte, tombée en désuétude vers 1220, comme je l'ai rappelé plus haut. Personne enfin ne conteste précisément que ces initiales n'oflrent l'aspect de celles que l'on peignait au treizième

1. Ne savons-nous pas aussi que Ralliicr, évoque de Vérone, lisait Catulle en plein moyen âge, vers le milieu du dixième siècle? Voy. R. EUis, Cat^ carm., l'rœf.,p. 7 sq. not.; Baehrens, Cat. liber, Prolegom., p. 5; E. Rcnoist, Conuneni. cril. et explic. sur le texte de Cal., p 350, 351.

siècle; elle fait que rapplicalion de ces ornements à la copie d'un poète classique soit exceptionnel, ne peut prévaloir contre les caractères généraux du 'manuscrit et contre le caractère particulier des initiales elles-mêmes. •Après le luxe des lettres coloriées, deux autres particularités ont attiré Fattention de M. Lucien Millier.

Certaines corrections, dans des passages vicieux, sont faites de la même main que le contexte, et de la même encre; mais on en trouve d'autres d'une encre beaucoup plus noire, et cependant les lettres y sont tracées tout à lait de la même manière que dans le reste du manuscrit; on y reconnaît la main d'un homme expert dans les imitations d'écriture. Il est exact, en effet, que certaines erreurs ont été corrigées, que des lettres ou des mots trop pâles ont été retouchés à l'encre noire S et il n'y a rien d'invraisemblable dans l'hypothèse que ces retouches aient été faites postérieurement par quelqu'un qui s'est appliqué à imiter l'écriture du manuscrit. Gela ne suppose, de la part du correcteur, ni beaucoup d'expérience, ni aucune espèce de ruse ; le procédé est à la fois facile et naturel. En tout cas, si l'on peut en conclure que, dans un siècle plus récent, on a imité sur le Neapolitanus l'écriture du treizième siècle, ce ne peut être que pour des corrections ou retouches, et non pour l'ensemble du manuscrit.

Enfin M. Lucien Mùller signale, comme venant confirmer ses soupçons, les petits traits obliques placés sur les i lorsqu'il y en a deux de suite; il dit que ceci a moins d'importance ; il ne s'explique pas autrement. J'avoue ne

1. Yoy. planche 1, où la presque totalité des deux derniers vers elle dernier mot du troisième, en comptant du bas, sont retouchés de cette manière, sans doute parce qu'ils avaient pâli au point de devenir presque illisibles.

pas comprendre quel avantage il veut en tirer, puisque, pour ma part, j'y vois un motif de plus d'attribuer le manuscrit à la fin du douzième ou bien au commencement du treizième siècle.

Aucun des arguments de M. Lucien Mûller ne peut donc me convaincre que le Neapolitanus ait été rédigé (( au quatorzième ou plutôt au quinzième siècle par un copiste soucieux d'imiter l'écriture d'un siècle antérieur, le onzième par exemple, et peut-être induit à cela par le respect du modèle » . Gomment d'ailleurs M. Lucien Mûller et ceux qui adoptent son opinion peuvent-ils expliquer la parfaite continuité de l'imitation jusqu'à la fin du manuscrit, jusque dans ces dernières pages où l'écriture devient de plus en plus rapide et négligée * ? L'imitation se trahit toujours d'une manière ou d'une autre par une étourderie, par une hésitation, par l'empire de l'habitude, qui de loin en loin détourne tout à coup la plume du copiste ; elle se trahirait certainement dans ces soixante et onze feuillets, surtout, je le répète, dans les derniers, écrits à la hâte et par une main évidemment lassée ^.

Le système de M. Bcchrens est tout difiërent de celui de M. Lucien Mûller. Il ne prête pas à une longue discussion; il a pour mérite la simplicité, une simplicité qui tient quel* que peu à l'oubli des obstacles.

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