‹ Études critiques sur Properce et ses élégies: ouvrage contenant le fac-similé de six feuilles duChapitre 80 sur 192 · D. Carutti, Prop. Cynth.y p · texte numérisé non relu

D. Carutti, Prop. Cynth.y p

auteurs classiques. Cependant nous lisons dans Properce II, 28, 49 :

Sunt apud infemos tôt milia formosarum :

Pulchra sit in superis, si iicet, una locis.

c Les belles se comptent par milliers dans les enfers ! qu'il en reste une, s'il se peut, sur la terre. »

M. Weber ne reconnaît point ces vers pour authentiques; je combattrai plus loin cette opinion. M. Carutii*, qui ne les rejette point, observe que, locis se lisant dans le pentamètre, il est naturel de supposer locos sous-entendu avec infernos. Il n'en est pas de même pour II, 1, 37 ; là, en effet, nous ne trouvons pas le mot locus dans la phrase, et si nous en croyons M. Carutti ^ : « Ce sont les théologiens chrétiens qui emploient substantivement infernos pour inferoSy non les poètes du siècle d'Auguste ; Forcellini l'avait déjà dit. » J'ouvre Forceliini et je lis ce qui suit^: « Pris absolument, Infernus se dit du lieu même des enfers : "a^dç, et il est employé fréquemment par les théologiens chrétiens. Il est douteux cependant qu'il ait jamais été usité antérieurement : bien qu'il ne soit pas contraire aux habitudes de la langue latine, car locus se sous-entend facilement. » Et

1. D. GaruUiyOUvr. cite, p. 23. Cette note de M. Carutti est rédigée de la manière la plus bizarre : « Infernos : refer ad locos pentametri. » Il y a locis, et non locosy dans le pentam^re ; sans doute on devine ce que veut dire M. Carutti, mais encore vaudrait-il mieux le dire que de le faire deviner.

2. Ibid., p. 64 : c Infernos pro inferos a christianis theologis usurpari, non a poeiis sœculi Augusti, jam monuerat Forcellinius, »

3. I Absolute Infernus dicUur de ipso loco Inferorum : ''A8y); : et fre^ quenter tisurpatur a Cliristianis theologis. Dubium est tamen, utrum ab antiquioribus dictum sit unquam : tamelsi contra Latinam consuetudinem non est, cum locus facile subintelligatur» »

m ÉTUDES SUR PROPUCE.

trois lignes plus bas ' : € Infemiy ce sont les eeSen eux-mêmes. » Suivent, présentés à Tappui, les deux vers de Properce II, 1 , 37 et 11, 28, 49. On le voit, M. Carutti n*a pas lu jusqu'au bout l'article de Forcellini; il lui fait dire pour infemi ce qu'il ne dit que pour InfemuSj et encore, quant à l'emploi de ce dernier mot dans le sens absolu, Forcellini s'exprime -t-il avec circonspection , . étant même d'avis que cet emploi convenait au latin classique.

Le premier argument tourne donc à la pétition de principe: pour démontrer que les vers 11, 1, 37 et II, 28, 49 sont apocryphes, on affirme que le mot infemi n'a jamais été pris substantivement par un auteur de l'époque d'Auguste ; mais pour avoir le droit d'affirmer ce fait, il faut commencer par tenir pour apocryphes les deux vers en question. Le point d'appui fait défaut.

2* Dans le pentamètre, hic désigne le nom le plus éloigné {Theseus)^ ille le nom le plus rapproché (A chilles) .

La règle qui veut le contraire n'est pas sans exception*.

11 est vrai qu'ici on ne peut alléguer chez l'auteur aucune arrière-pensée réagissant sur la forme syntaxique; mais les exigences de la prosodie suffisent, sinon à justifier, du moins à excuser l'infraction commise, d'autant plus que le sens de la phrase rend toute confusion impossible : il est évident que ce n'est point Achille qui atteste Pirithoûs, que ce n'est point Thésée qui atteste Patrocle.

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