Cf. Hertzbcrg, Prop. El. T. /, Quœst , p
<i. C*est ce que fait M. Heydenreich, ouvr. cité, p. 8.
l'LESSIS. 1 1
Lyncée d'écrire des vers élégiaques ; il le persuade de céder à Tamour ; il se donne lui-même en exenîple et s'imaginanl une vie idéale de poète erotique, il se représente, dans les festins, le front couronné de fleurs, régnant au milieu des femmes grâce à ce génie élégiaque au nom duquel on prétend le rabaisser*, c A Virgile, s'écriet-il alors, de pouvoir dire les rivages d'Actium, Apollon protecteur et César triomphant » ; c'est-à-dire : c Que moi je mette mon plaisir à vivre au milieu des femmes et à chanter mes amours ; que Virgile, dont le génie est différent, ceigne son front du laurier épique, b Je ne vois pas de lacune dans la pensée.
6° Le panégyrique tout entier, dit enfin M. Heimreich, est composé maladroitement avec des passages dé Vii^ile. L'ignorance de l'auteur s'y trahit par plusieurs erreurs.
Tu canis umbrosi subter pineta GalsBsi Thyrsin et aUritis Daphnin arundinibus.
« C'est toi qui chantes, à l'ombre des pins du Galèse, Thyrsis et Daphnis jouant sur des flûtes usées par leurs lèvres ^. »
Or il est certain que Virgile, quand il composa les Bucoliques, était à Andes près de Mantoue. L'auteur, en écrivant ces vers, a obéi à une réminiscence d'un passage bien connu des Géorgiques IV, 125-148 : Virgile dit avoir vu près de Tarente, sur les bords du Galèse, un vieillard
i , Me juvet hestemis positum langitere corollis Quem tetigit jactu certus ad ossa deus.
Actia VergiliOf etc.
2. C'est ainsi que Ton traduit généralement. Voyez ce que je dis à ce sujet un peu plus loin.
qui vivait heureux dans son jardin où les fleurs et les fruits abondaient en leur saison. On voit l'ignorance du faussaire : il confond les Bucoliques avec les Géorgiques, le vieillard dont Virgile raconte l'histoire avec Virgile lui-même.
Tel est l'argument le plus spécieux de M. Heimreich. On peut y répondre de deux manières;
Virgile, au moment où Properce écrivait cette élégie (environ 25/729), devait être en Campanie '. Il travaillait à l'Enéide ; il avait achevé les Géorgiques depuis cinq ans,* et auparavant il avait voyagé du côté de Tarente et visité les bords du Galèse, comme le prouve l'épisode du vieillard d'Œbalie ; quant aux Bucoliques, elles étaient terminées depuis 37/717'^. Serait-il surprenant qu'à douze années de distance Properce se fût trompé, qu'il eût cru les Bucoliques ou certaines d'entre elles écrites dans le sud dé l'Italie, alors qu'elles avaient été composées près de Mantoue? S'imagine-t-on que, chez les anciens, les biographies des vivants étaient répandues comme elles sont aujourd'hui? et même de nos jours, qu'y aurait-il d'extraordinaire si quelque poète, célébrant Lamartine, croyait une Méditation écrite à Saint-Point, alors qu'elle a été écrite à Paris ou à Ischia ?
Bien que cette explication soit satisfaisante, ce n'est pas la meilleure. J'ai traduit le distique 67-68 comme on le fait généralement en rapportant umbrosi subter pineta Galœsi à Virgile; mais au point de vue grammatical, ce membre de phrase peut aussi bien se rapporter à Thyrsis et à Daphnis : « C'est toi qui chantes Thyrsis et Daphnis
1. Cf. E. Benoist, Œuvres de Virgile, l. I, Notice sur Virgile, i* édit., p. 122.