À PARIS
CHEZ CARILIAN-GOŒURY, LIBRAIRE
DES CORPS ROYAUX DES PONTS ET CHAUSSÉES ET DES MINES, QUAI DES AUGUSTINS, N. 41.
D un
Désirant, en 1818, donner aux élèves de l'Ecole royale des Ponts et Chaussées une idée des études spéciales qu'exige la construction d'un simple bâtiment d'habitation, et leur présenter un exemple d'application de, quelques parties du cours que nous professions, nous mîmes sous leurs yeux les dessins d'un pavillon que nous avions projeté en 1792, d’après ün programme dont les conditions déterminaient sa position, ses dimensions, les principales pièces de chaque étage, leur destination, leur exposition, et la somme qu'on se proposait d'employer.
Pour épargner le temps des élèves, et leur éviter la peine de copier ces dessins, ils furent lithographiés et tirés à deux cent cinquante exemplaires.
Dans lé cours de notre carrière, nous’avons eu l’occasion d’observer combien sont incertains et chancelants les premiers pas de l'élève qui,- instruit au cabinet par les leçons de la théorie, veut essayer d'en faire l'application àla pratique.
Quand on n’a pas encore été éclairé par l'expérience, on pense n'avoir plus rien à faire si l’on a bien médité l'ensemble d'un projet, sous les rapports de la commodité et du goût, de la solidité et de l'économie: et l'on croit que quelques plans, quelques élévations et coupes, suffiront pour faire exécuter ce que l’on a concu : c’est une grave erreur, et en même temps la source d’un grand nombre de fautes.
Ce n'est que lorsqu'on est appelé à diriger des travaux dans l'intérêt de l'art et de sa propre réputation qu'on s'aperçoit de l'intervalle immense qui sépare la conception de l'exécution; c’est seulement alors qu'on apprend qu'il ne suffit pas d’avoir composé l’ensemble d’un projet, et d'en avoir étudié les principales divisions, mais qu'il faut encore en étudier tous les détails: et, ce qui n’est pas toujours facile, faire bien comprendre ses intentions aux divers ouvriers qui, avec des talents plus ou moins grands, sont chargés de les réaliser.
Sans doute on trouve dans lés grandes villes, et à Paris surtout, des entrepreneurs de maconnerie, dé charpente, de menuisérie, de serrurerie, €tC., qui ne manquent point d'habileté, et qui entendent à demimot; mais, malgré ces secours, nous en appelons aux architectes qui, selon la doctrine de Vitruve, sont vraiment dignes de cette qualification; qu'ils disent s'ils négligent aucune des études préalables à l'exécution: qu'ils disent s'ils ne sont pas dans l'usage de donner aux différents con-
structeurs non seulement les dessins d'ensemble, mais encore des dessins de grandeur d'exécution de toutes les parties qui exigent des soins particuliers : ils font même quelquefois dés modèles dé certains objets; et cependant, malgré ces moyens, et malgré la plus active surveillance, il en est bien peu d’entre eux qui n'aient été déçus dans leurs espérances, qui n'aient vu souvent leurs ordres mal exécutés, leurs pensées rendues en contre-sens, et qui n'aient éprouvé le déplaisir d'étre contraints à laisser subsister l'exécution infidèle de leurs dessins ou de leurs intentions.
Avant d'exposer sur la scène une œuvre lyrique, tous ceux qui ont séparément concouru à sa confection se réumissent, la font répéter sous leurs yeux, et peuvent corriger ce qui leur paraît défectueux, soit de leur part, soit de la part des exécutants. Mais en architecture cette ressource manque; les fautes qu'on à laissé commettre sont souvent irréparables; et il suffit d'une erreur pour compromettre la solidité, et les garanties qui S'y rattachent.
C'est afin de mettre l'élève à l'abri de ces dangers, que nous sommes entrés dans des détails qui peuvent paraître minutieux aux gens exercés, mais qui seront tout au plus suffisants pour les personnes à qui nous destinons notre ouvrage: pour les premiers nous en disons trop; nous craignons de n’en pas dire assez pour les autres. En décrivant ce pavillon, nous ne pouvons faire un cours d'architecture.
Bien que les élèves des Ponts et Chaussées et ceux du Génie militaire soient plus particulièrement chargés, les premiers’ des ouvrages relatifs aux communications par terre et par eat, aux ponts, écluses, travaux hydrauliques des ports, et aux établissements des arsenaux maritimes, et les seconds des fortifications et des bâtiments qui en dépendent, cependant les uns et les autres sont souvent dans le cas, par suite de leurs attributions, d’avoir à construire des maisons d’habitation : sous ce rapport donc, nous croyons que nôtre ouvrage pourra servir à compléter leur instruction. Nous pensons aussi qu'il pourra être utile aux élèves d'architecture qui débutent dans là carrière des travaux.
Nous avons dit que le pavillon dont nous donnons l'ensemble et les détails fut composé d’après un programme que nous avons essayé de remplir; on s'en apercevra, sans doute, à la gêne qu'il nous a imposée; mais cette circonstance existe presque toujours dans la réalité; et c’est à se tirer habilement des difficultés qué font naître toutes les conditions exigées que consiste le talent de l'artiste. Nous sommes loin de croire que nous ayons heureusement surmonté tous les obstacles; dans plusieurs occasions mêmé nous ferons notre propre critique : nous signalerons les imperfections de notre projet, et nous indiquerons les palliatifs qu'on
pourrait apporter pour les atténuer. Toutefois il ne faut pas se dissimuler que presque toujours les améliorations qu'on imagine ne sont qu'apparentes, et que souvent les perfectionnéments qui flattent la vue sur un plan sont achetés-par des inconvénients qui ne sont sensibles qu'à l’usage. Faire le mieux possible pour la solidité, la commodité, les yeux et la bourse, est un problème presque insoluble, et celui-là peut se flatter de l'avoir résolu, qui seulement s’en est approché de plus près.
Notre édition lithographiée a été rapidement épuisée, quoiqu'elle n'ait pas été mise dans le commerce. Nous avons long-temps résisté aux demandes qui nous ont été faites pour en faire une réimpression; mais enfin, stimulé par le désir d’être utile, encouragé par les sollicitations de nos camarades, et plus encore par la bienveillance de M. le directeur général des Ponts et Chaussées et des Mines, nous nous sommes déterminé à publier, sous ses auspices, une nouvelle édition. Puissent les soins que nous ÿ avons apportés n'être pas indignes de l'intérêt qu'on nous a témoigné!
Dans cette nouvelle édition nous ne nous sommes pas borné à corriger les nombreuses fautes qui s'étaient glissées dans la lithographie de la première; nous avons perfectionné un grand nombre de planches, nous en avons remplacé six par d’autres plus utiles, et nous en avons ajouté vingt.
Dans ces additions nous comptons le plan du jardin, les dessins des bâtiments domestiques, la serre jointe à l'orangerie, la glacière, les fabriques dans le jardin.
Quoique les cotes et les nombreuses indications qui sont sur les planches soient rigoureusement suffisantes pour leur intelligence, nous avons cru cependant qu'une succincte explication, qui développerait notre pensée, ne serait pas déplacée; car bien que les dessins soient l'écriture de l'architecture, cependant ils ne peuvent pas tou] sons qui ont fait préférer un parti plutôt qu'un autre; un mot d’explication met sur la voie, et peut faire naître une nouvelle pensée, une nouvelle combinaison, une amélioration : car on peut toujours voir et faire
ours exprimer les Wie
autrement.
Nous avons ajouté, sous forme d’appendice, quelques renseignements qui nous ont paru de nature à épargner beaucoup de recherches. Ils sont relatifs aux minéraux et aux bois tant indigènes qu'exotiques que l’on peut employer à la décoration.
Nous donnons aussi un tableau Dendrologique, d'après lequel on pourra choisir les arbres les plus convenables, pour produire les effets d'optique les plus agréables dans la plantation d’un jardin; et enfin les bases du devis, et des détails estimatifs des travaux du pavillon qui fait la matière de l'ouvrage.
Nous nous estimerions heureux si cette faible esquisse pouvait engager les habiles architectes de notre siècle, qui ont eu l’occasion de se livrer à une grande variété de compositions, à tirer de leurs portefeuilles les objets les plus utiles au progrès de l’art. On peut juger du service qu'ils rendraient aux élèves, par ceux dont on est redevable à MM. Percier et Fontaine, et aux artistes estimables qui nous retracent dans leurs ouvrages de nombreux modèles à imiter. Mais gardons-nous de copier servilement, et n'oublions pas que, comme l'a dit un peintre célèbre, celui qui s’'accoutume à suivre ne va jamais devant.