‹ Études d'architecture civile, ou, plans, élévations, coupes et détails nécessaires pour élever, distribuer et décorer une maison et ses dépendancesChapitre 29 sur 59 · EXEMPLES DE PLAFONDS, PARQUETS, LAMBRIS, ETC · texte numérisé non relu

EXEMPLES DE PLAFONDS, PARQUETS, LAMBRIS, ETC

Les chambres du premier étage, destinées aux personnes qui viennent passer quelques jours à la campagne, peuvent s'isoler ou se communiquer à volonté. Un parquet de frise, un lambris d'appui et une tenture de papier peint, collé sur toile clouée sur des châssis, ou, tout au plus, une tenture de toile peinte, sont la seule décoration qui leur conviennent. Le carreau mis en couleur, des frises peintes sur le plâtre, avec plinthe et cymaise en bois peint, et du papier collé sur le mur, suffisent aux chambres du second étage; toute autre dépense serait superflue.

Nous aurions donc dù supprimer la majeure partie des planch

qui semblent se rapporte r à ces chambres. Cependant nous avons cru rendre un service aux élèv.

2 leur offrant quelques esquisses de parquets, plafonds, lambris, alcôves, et encadrements de glaces, pour les mettre sur la voie de varier leurs compositions, suivant les occasions qui peuvent se présenter.

Ainsi l'on ne doit considérer les lettres de renvoi de ces dessins aux chambres, que comme moyen de grouper les dessins d'une même pièce qu'on aurait à décorer, et non comme appartenant aux pièces du pavillon.

Nous avons varié les compartiments des parquets, plafonds et lambris, ainsi que les moulures des corniches, chambranles et cadres. Ces dessins seront facilement compris, si l'on compare les profils de grandeur d'exécution avec les portions d'ensemble auxquelles ils se rapportent.

Dans la composition des boiseries, nous évitons en général, par motif d'économie, l'emploi des bois épais, et, pour la même raison, nous préférons, autant que possible, les ferrures les plus simples (1); enfin nous supposons que chaque dessin, qu'il conviendrait de modifier pour la grandeur et pour l'usage de chaque pièce qu'on voudra lambrisser, serait exécuté avec ou sans ornements.

On reconnaitra que la pl. 95 offre un exemple de lambris dont les moulures et les listels sont en bois, d'une couleur qui tranche avec les champs et avec les panneaux: ceux-ci, par exemple, seraient

en noyer blanc; lés champs en bois de chêne, débité sur la maille, et les listels en bois d'acajou ou

d’amarante.

D'autres combinaisons de lambris, faits en bois de couleur différente, avec des listels de couleur opposée, mais incrustés, sont indiquées sur les pl 98 et 99. Ici les panneaux sont supposés faits en étoffe 6rnée de peinture en coloris, imitant la broderie.

Cette dernière planche suppose qu'on a supprimé l'alcôve et qu'on l'a remplacée par un lit en stalle, avec ciel et rideäux, montés sur des tringles. On voit ici deux esquisses de ces sortes de lits.

Le plus fréquemment, pour plus de salubrité et d'agrément, on préfère les lits isolés, couronnés par un pavillon ou baldaquin appendu au plafond: ailleurs une flèche porte les rideaux. On peut encore, ainsi que nous l'avons fait exécuter, appendre les rideaux à deux flèches ou thyrses, montés sur des potences mobiles en fer. Les deux flèches étant appliquées l'une sur l'autre durant le jour, les rideaux draperaient le derrière du lit; et en ouvrant le soir ces flèches, de manière à former deux côtés d'un triangle équilatéral, les rideaux envelopperaient le lit; alors le ciel du lit, composé de deux pièces, de forme triangulaire, se trouverait tendu entre le mur et les deux flèches dont les pointes seraient croisées.

Pour mieux se rendre compte de l'effet que devra produire le lambris d’une pièce principale, il convient d'en tracer au moins une partie sur le mur. On fait même quelques bouts de profils de corniches, de cadres, etc., que l'on fait peindre et que l'on place aux diverses expositions de la lumière ; on juge mieux alors de leur effet que sur le di

in, surtout lorsqu'on veut dorer une partie des moulures et des ornements. Il pourra résulter de ces essais des corrections qui tendront à perfectionner l'ouvrage.

La peinture d'impression, toujours faite à l'huile pour les dehors, et souvent à la colle dans les intérieurs, recouvre ordinairement les murs, les plafonds et toutes les boiseries de nos maisons. Elle concourt beaucoup à l'agrément de nos logements; elle y réfléchit la lumière et varie l'aspect des pièces, que la similitude de leurs usages ne permet guère de différencier autrement que par la teinte ou couleur que l'on adopte, selon l'exposition d'où ces pièces tirent le jour, et selon qu'elles sont plus ou moins éclairées.

Cette teinte étant ainsi déterminée, on la modifie souvent par des réchampissages d’autres nuances, appliqués sur les champs et sur les cadres, de manière à diversifier les parties du lambris et à faire

(1) I suffit de dire que la serrurerie, qui ne peut trouver place dans nos planches, doit être aussi bien soignée que l'exige une menuiserie bien exécutée.

cr

valoir les draperies et les meubles. Il est essentiel, pour plus de succès, d'étudier la concordance des couleurs (1).

Ainsi , les transitions qui auront lieu d'une pièce à une autre banniront la monotonie qui naïitrait de l'adoption d'une peinture monochrome, appliquée sur le lambris de toutes les pièces qui s'avoisinent et se communiquent ordinairement.

On s'aperçoit que nous n'avons considéré ici que les lambris de hauteur proprement dits, dont l'avantage est incontestable pour l'assainissement des pièces d'habitation, et surtout de celles qui sont au rez de chaussée, et que la nitrification des murs rend souvent très humides. Mais depuis qu'on a perfectionné la fabrication des papiers peints , et qu'on s'est contenté de l'apparence qu'ils offrent en imitant les toiles peintes, le drap, la peinture de décor, les plus belles étoffes et leurs riches

bordures, l'on n’emploie, le plus fréquemment, que les lambris d'appui, et l'on recouvre les par-

ties supérieures de châssis garnis de toile, sur lesquelles on applique le papier. Par ce moyen on

varie facilement l'aspect de toutes les pièces d'un appartement, et quand ces papiers ont perdu leur

fraicheur , on les renouvelle, et l'on rajeunit le lügement au gout du jour.

A l'égard des pièces principales, et dont les usages sont sensiblement différents, on a pour les caractériser , lorsqu'on veut en faire les frais, d'autres ressources que celles des lambris ordinaires et du papier. Telles sont le choix des formes particulières, le choix des matériaux réels ou factices, enfin la décoration proprement dite, branche de l'architecture qui embrasse tous les moyens d'embellissement, dont les principaux sont la sculpture d'ornement et la peinture de décor. Nous avons essayé de donner des exemples de ce genre dans l'appartement du rez de chaussée, et dans quelques unes des pièces que nous avons supposé devoir être décorées.

Les ornements continus ou comptés, sculptés ou peints, ne sont, pour la plupart, que de pure convention, ef rien moins que significatifs; mais ils ont l'avantage de dissimuler la répétition obligée des compartiments et des moulures, et de réunir l'agréable à l'utile en récréant au moins la vue. Ce qu'on peut faire de mieux est, autant qu'il est possible, de rendre les décorations symboliques; mais il faut que les pensées qu'on exprimera par ce moyen puissent être facilement comprises; il faut

que les attributs et les emblèmes n'offrent pas d'énigmes dont on ait trop de peine à deviner le mot;

alors on prendra plaisir à reconnaitre le sens et l'artifice de l'allégorie qui caractérisera la pièce, en désignant distinetement son usage et le rang qu'elle occupe dans l'opinion, parmi les autres pièces.

Depuis qu'on a imaginé de‘mouler les ornements en carton, et surtout en pâte, pour les appliquer sur les moulures poussées pour les recevoir, sur les champs et sur les panneaux, et qu'en les couvrant de peinture ou de dorure ils imitent à moins de frais la sculpture, le gout de la détoration s'est propagé. Ce goût à souvent reçu des architectes une bonne direction; mais d'un autre côté on voit souvent ces ornements banaux, aussi mal appropriés que ridiculement prodigués, dans les places qui les comportent le moins.

On doit, en général, être sobre de ces sortes d'ornements. Ceux que nous avons indiqués sur nos dessins ne désignent que les places où l'on pourrait en mettre et non leur choix, qui exige une étude spéciale pour chacune des pièces que l'on veut décorer; car ces objets d'embellissement doivent non seulement s'accorder par leur style avec la grandeur et le aractère du lieu, mais encore doivent varier

dans leur mode, selon qu'ils s'exécutent, soit en sculpture, soit en ciselure ou en peinture; chacun de ces arts ayant des ressources particulières.

La peinture de décor, la plus communément en usage dans les appartements, s'attache à limitation des substances minérales riches de couleurs variées, telles que les porphyres, granits, marbres, brèches, poudings, albätres, agates, chaux fluatées , ete., de même qu'à limitation des bois de toutes les couleurs, veinés, satinés, moirés, mouchetés ou roncés, de l'écaille, de la nacre, etc. On parvient ainsi à produire une illusion plus ou moins complète ; mais il faut que l'architecte ordonne précisément le choix et les nuances de détail de ces objets, et qu'il dirige les peintres de ce genre, sans les perdre de vue, pour obtenir l'accord et l'harmonie de leur ouvrage. L'expérience ne prouve que trop

souvent la nécessité de sa surveillance.

D'autres peintres imitent les ornements sculptés et le bronze; exécutent les sallis-d'or, les rehaussés d'or, jaune ou verdâtre: les doreurs s'occupent de ce genre d'industrie. Enfin, des peintres décorateurs , figuristes et ornemanistes, et des peintres d'architecture et de paysage, chacun dans le genre qu'il cultive, imitent tous les produits de la nature et des arts, et les font concourir à l'embellissement de nos intérieurs.

Rien ne nous parait produire un contraste plus choquant que la nudité des plafonds unis et blanchis, comparés aux lambris ornés, aux tentures, draperies et meubles recherchés que l'on voit

(1) Voyez la théorie et la table des couleurs de G. Grégoire, et l'échelle chromatique de Mérimée; tome II de la Physiologie végé-

tale de Brissau-Mirbel.

dans les appartements. Notre vue, qui se porte naturellement vers le ciel, aimerait à rencontrer sur le plafond des objets qui pussent l'occuper et lui plaire. Cela peut se pratiquer même dans les modestes logements qui n'ont que peu de hauteur, à l'aide de quelques compartiments diversement teintés et relevés de filets de lumière et d'ombre, ou mieux encore formés de moulures, de listels encadrant quelques ornements , le tout réchampi sur des fonds agréablement nuancés.

Dans les pièces plus élevées, plus décorées, les plafonds recevraient des embellissements proportionnés, par de plus riches compartiments, des imitations de toiles tendues et ornées, des ciels, etc.

C'est surtout dans les compositions des genre arabésque et grotesque, employés sur les panneaux, et principalement sur les grands espaces qu'offrent les plafonds, que l'architecte homme de goût peut, non seulement par la variété des formes et par la grâce du dessin souvent original et fan-

tastique que ces genres permettent, mais encore par le charme du coloris, contribuer à l'embel sement des habitations. Son œil exercé aux affinités des couleurs, les lui fait allier selon leur sympathie. Il oppose et fait contraster heureusement celles qui diffèrent le plus; il produit par leur jeu l'effet pittoresque qu'on peut attendre de la combinaison des teintes douces ou tranchantes, gaies et vives, graves ou sombres; les fait briller au besoin par l'opposition de leur éclat; et cependant,

à l'aide des tons intermédiaires, il adoucit les transitions trop subites; enfin, mariant par des gra-.

dations ménagées les lumières et les ombres, les couleurs et leurs nuances, il les rend toutes amies, et produit l'harmonieux accord du coloris et du clair-obseur, qui se joignent à la composition et au dessin pour flatter la vue et l'esprit.

On a des exemples de ce genre de décoration, moins sévère que le style architectural proprement dit, à Pompéi et surtout aux bains de Titus, où les anciens ont poussé jusqu'à l'abus l'emploi de l'ornement; mais on en trouve de plus sages et de magnifiques modèles dans les loges du Vatican, ouvrage de Raphael et de ses élèves, et dans un grand nombre de palais d'Italie, où souvent les murs, aussi nus que les plafonds sont ornés, semblent attendre l'embellissement qui leur manque.

Si l'architecte associe les talents des sculpteurs d'orneménts à ceux des peintres décorateurs, et les dirige dans l'esprit d’une composition bien conçue, il obtient le succès le plus satisfaisant.

Il est évident que nous n’entendons parler ici ni de l'art du statuaire , ni de l'art de la perspective des plafonds, ni de la peinture d'histoire, exclusivement réservés pour les édifices du premier ordre, tels que les palais et les monuments publics. Mais alors même il doit encore exister entre les trois arts d'imagination et d'imitation une association intime, sans laquelle des disparates rompraient l'accord si désirable des parties qui composent l'ensemble; il faut enfin que le tout paraisse être la pensée et l'œuvre d'un seul auteur.

Il faut ajouter que les ouvrages du tapissier, du fabricant de meubles, du lustrier, etc., doivent être dirigés, assortis et mis par l'architecte en rapport avec l'usage, le degré de simplicité, d'élégance ou de richesse, adopté pour chaque pièce; on aurait grand tort de se livrer aux choix hasardés des personnes entièrement étrangères à l'art, choix qui rarement s'accorderont avec l'ensemble, le plus souvent blesseront la vue, et déplairont au plus grand nombre.

Ces généralités, et plus encore l'examen réfléchi des appartements où tout à été bien ordonné, guideront plus sûrement les élèves que ne le feraient de longs raisonnements sur observation des convenances ; principe fécond en conséquences, et qui est la loi fondamentale de tous les arts.

IL n’est que trop vrai qu'une grande puissance est souvent d'avis opposé; c'est la mode : souveraine absolue qui ne connaît d'autre loi que le caprice, d'autre règle que de n'en suivre aucune; qui voue au ridicule ce qu’elle a commandé naguère: mais sa versatilité ne peut convenir qu'aux choses éphémères.

Les objets durables doivent s'établir d'après ce que le goût, éclairé par la raison, approuve; alors, si ce goût, sentiment fin et délicat de l'agréable, tact net et précis du beau, vraie pierre de touche de l'art de plaire, prend le nom de mode, il sera de toutes la moins passagère. Ÿ

PLANCHES 101 «à 104.

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