ROCHER, GROTTE ET PAGODE
On a vu sur le plan général, et dans sa description, que la source qui coule le long d’une allée disparait dans un massif pour reparaître dans une grotte. Celle-ci est pratiquée dans un rocher factice.
Ces sortes d'imitations ne produisent d'illusion qu'autant qu'on y dissimule mieux la main de l'art, On les construit en matériaux bruts, réunis solidement et d'une manière pittoresque. Un bassin, formé de roches brutes, reçoit le produit de la source; l'eau s'épanche ensuite par un ruisseau tortueux, et, de chutes en chutes, arrive à la pièce d'eau de la prairie. La source donnant 2 pouces 6 lignes d’eau, la première chute peut avoir 5 pieds de hauteur; la nappe d'eau aura 2 pieds 6 pouces de largeur et environ 1 ligne d'épaisseur, ce qui suffit pour produire un bon effet.
On pourrait augmenter cet effet péndant quelques heures, si l'on formait près de la source un bassin où l’eau, retenue pendant vingt-quatre heures par une vanne, serait abandonnée ensuite à son cours.
Sur le plateau que forme le dessus du rocher s'élève une fabrique d'architecture chinoise, de l'espèce de celles qu'on nomme pagodes; sorte de temple ouvert, à plusieurs étages élevés en retraite l'un sur l'autre, et couverts d'une manière aussi élégante que singulière.
Ces sortes de fabriques sont imitées des dessins que les voyageurs ont apportés de la Chine et du Japon; elles diffèrent sensiblement selon les provinces où sont exécutés ces édifices, qui le plus ordinairement sont en bois. Celles qu'on a exécutées dans quelques jardins de la France y produisent un agréable effet, par la légèreté de leur forme, par l'éclat des couleurs vives et tranchantes dont elles sont peintes, et par les ornements bizarres et dorés qui les enrichissent.
Nous n'avons que des idées vagues de l'architecture chinoise, et surtout de l'art de bâtir de ce peuple; art assujetti aux espèces de matériaux de la contrée et à l'industrie des ouvriers. Nous n'offrons ici que des esquisses ; nous observeror s
ulement que les sablières sur lesquelles s'appuient les arêtiers non contenus par des enrayures, doivent être armées d'équerres en fer pour consolider leurs assemblages, parceque ceux-ci sont fortement sollicités à se disjoindre, tant par le poids en porte à faux qu'ils supportent, que par la poussée au vide, et par l'action que le vent peut exercer sur les étages supérieurs.
Nous supposons que les colonnes sont en pierre dure d’un seul bloc, ainsi que les appuis placés entre elles; que les étages et les combles sont en menuiserie ; que la couverture est en plomb taillé en écailles et à grains d'orge ; enfin que le tout est peint de couleurs brillantes et opposées.
PLANCHES 120 sr 121.
e PONT ET CABANE RUSTIQUES.
Ces deux fabriques sont en bois bruts; les culées du pont sont établies sur des plate-formes : si le sol igeait elles seraient portées par un grillage posé sur des pilots. L'appareil à redens qui rend les as-
solidaires contre la poussée du pont ne serait nécessaire que s'il devait porter de fortes charges ; mais ici le pont ne sert que de passerelle; ses
arde-corps sont en bois de branchages fourchus(r). Le sol du ruisseau et de la nappe qu'on lui a fait produire en l’élargissant et en le soutenant à une certaine hauteur par une vanne, conserve l’eau sans le secours de Fart; mais il n’en est pas de même
du terrain que parcourent les ruisselets du bocage et de la prairie, ni de celui où sont établis les bas-
sins du jardin fleuriste et du haut du potager: ces derniers ouvrages peuvent étre construits avec de doubles murs séparés par un corroi de glaise, leur fond glaisé et pavé, ou mieux encore le tout peut être fait en maçonnerie avec mortier de chaux hydraulique et de sable.
On peut aussi coustruire ces bassins et les ruisseaux à moins de frais par un procédé employé à la construction d'anciens bassins de la Malmaison, près Ruel. Il consiste à former sur le sol déblayé, selon l'objet qu'on se propose, un bon corroi de glaise de 12 à 15 pouces d'épaisseur, à y ficher l’un près de l'autre des cailloux ou des éclats de pierre dure de la grosseur de la main ; cet empierrement étant terminé au maillet et dressé à la dame, on remplit de gravier les intervalles des pierres ; on garnit ensuite de gazon plaqué le bord des eaux qu’on enferme ainsi. Le poisson, par son mouvement, ne les trouble pas en délayant la glaise. Nous avons figuré cet empierrement sous le pont, et nous le citons comme l'ayant pratiqué de nouveau, en grand et avec autant de succés que d'économie, pour contenir les eaux de bassins rivières et rüisseaux factices.
La cabane élevée dans l'ile est construite en bois bruts dont l'intervalle est rempli en bauge ou torchis, elle est couverte en roseau et offre l'apparence d’un abri à l'usage d'un pécheur ; la planche r2r donne l'idée de son intérieur, décoré dans le gout moresque (2).
C'est dans les ouvrages publiés sur l'architecture étrangère qu'il faut copier les détails du genre qu'on veut reproduire; alors on doit faire un bon choix, et être servile imitateur des formes, des moulures et des ornements en usage dans la contrée à l'époque qu'on a choisie. Si l'on agit autrement, on allie les choses les plus hétérogènes, on dessine des anachronismes, et par de telles pastiches on détruit l'illusion qu'on avait l'intention de produire.
Rien, sans doute, n’est plus discordant que l'extérieur et l'intérieur de cette petite fabrique; mais ces piéges, tendus pour la surprise, ne tirent point à conséquence, et nous paraissent pardonnables quand ils atteignent le but auquel on visait.
Un abri pour les canots, servant aussi d'embarcadaire, est élevé à la pointe de l'ile; il est couvert en roseau, ses poteaux sont en bois brut; ils pourraient être des arbres aquatiques.
(1) Un semblable pont est exécuté avec quatre fermes dans le parc de M. de N. à Romainville, il y passe des voitures pesamment chargées.
(2) Cette cabane est exécutée dans le jardin de M. du T. à Versailles.
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