PREFACE
Il n'existe point, à l'heiire acluellc, d'hisloire générale Je l'empire byzjmtin, j'entends une histoire vraiment scientifique et rpi! soit au courant dos |)ins récentes recherches : et aussi bien, cette histoire est-elle, pour l'instant, peut-être impossible à écrire. Troj) de |)roblémes essentiels restent encore sans solution, trop de périodes importantes demeurent encore enveloppées d'obscurité, trop d'aspects caractéristiipies de la civilisation byzantine se dessinent encore en traits Irop vagues sur le fond des événements, pour qu'on puisse sans imprudence se risquera présenter uu tableau d'ensemble et à formuler des idées générales: le vouloir faire serait s'exposer de gaité de cœur à être faux, incomplet, inexact. Il faut donc pendant quelques années encore nous résigner bravement à des recherches |)lus particulières, à des aperçus moins ambitieux : de ces travaux jiréparatoires et nécessaires l'n'uvre sortira en son temps.
On sait tout ce que les Jcihrbùclu'r de Munich ont apporté de lumière et de précision dans la connaissance de l'histoire d'Allemagne : je voudrais que, pour combler les trop nombreuses lacunes qui existent encore dans la suite des annales byzantines, on nous donnât des monographies de cette sorte, tri-s précises et très scientifiques. Kntre le vf siècle, où j'ai taché de faire une élude attentive du grand règne de Juslinien, et le x'', qui est assurément, grâce aux travaux de
Rambaïul et do G. Schliimbcrger, la période la mieux connue de l'histoire de l'empire grec, il y a un grand trou sombre, qu'éclairent à peine ici et là de brèves lueurs. Entre la mort de Basile II et la prise de Constanlinople par les croisés, en dehors du livre ile Bréhier sur le schisme du xi' siècle et de celui de Chalandon sur le règne d'Alexis Comnéne, il en va à peu près de même, et le xn° siècle en particulier, la plus glorieuse époque de la dynastie des Comnènes, est à peu prés inexploré. Enfin le xiv" et le xv*' siècles sont à étudier presque complètement, et la négligence qu'on v a jusqu'ici apportée est d'autant plus surprenante que pour cette période les documents abondent, l'histoire de Bvzance se trouvant alors étroitement mêlée à celle des Turcs, des Slaves du Sud et des peuples de l'Occident '.
L'histoire des institutions de Bvzance est peut-être plus mal connue encore cpie l'histoire politique de l'empire grec. Assurément, le jour est fort éloigné encore où nous aurons pour Bvzance l'écpiivalent de ce qu'est pour Rome le Manuel de jMommsen et Marquardt : du moins faut-il s'appliquer à hàler ce jour par des études approfondies sur l'administration byzantine, études difficiles sans doute, mais que leur nouveauté doit rendre particulièrement séduisantes. Tout, en effet, ou presque, est à faire ici, et de bonnes monographies sur le gouvernement intérieur de tel ou tel basileiis jetteront sur l'histoire administrative de Bvzance, sur sa vie économique et sociale, d'un mot, sur sa civilisation, des clartés inattendues.
Le mémoire de M. A. Lombard sur le règne de Constantin V est une de ces monographies auxquelles j'ai encouragé mes élèves. On sait quelle est dans l'histoire bvzantine l'importance de la période des empereurs iconoclastes, et combien
I. J'ai dressé le bilan, aussi exact que possible, des résultats acquis actuellement, et esquissé le programme, tel que je le conçois, des recherches futures dans un article sur les études H'hhtoire byzanline en 1901. (^lievue de synthèse historique, oct. 1901, p. 177-225 )
leur œuvre a été diversement jugée. Parmi eux, Constantin V, si maltraité par ses contemporains, si exalté par ses modei'ues panégyristes, mérite, ce semble, une particulière attention. Grand homme de guerre, il a victorieusement défenilu les frontières et assuré aux armes romaines un prestige nouveau. Politique avisé, il a nettement compris le rôle de l'empire grec ilans le monde oriental, et son administration intérieure a singulièrement contribué aux |)rogrès de l'iiellénisme. Théologien enfin, et plus encore croyant sincère, il a tenté un énergique effort pour relever le niveau intellectuel et moral de son peuple. Et malgré les haines dont il fut l'objet, son œuvre a duré, en somme, et coiitiibué à la renaissance de Bvzance.
Il m'a semblé ([ue le j)ublic savant trouverait c[uelque intérêt à voir expli(|uer ces choses dans une élude complète, attentive, conduite avec une méthode rigoureuse et une critique sévère, et que le grand empereur iconoclaste \ aj)paraitrait peut-être sous un jour assez nouveau et plus vrai. 11 m'a semblé, en outre, qu'il v aurait avantage à montrer sans taider ti'o[) ce que peut proiluire le séminaire d'histoire bvzantine que nous tâchons de constituer en Sorbonne. D'autres travaux s'\ préparent en ce moment même, sur le règne de l'impératrice Irène, sur le gouvernement de Basile I, sur le gouvernement de Léon VI, sur la géographie historique et les institutions administratives de la Morée franque. Ainsi, peu à peu, je l'espère, nous donnerons à l'histoire bvzantine des bases plus solides, et nous conti'ibuerons jiour notre part aux progrès de la science dont notre Ducange fut, jadis, le fondateur.
Cn. DiKHh.