‹ Études d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 7 sur 42 · II. — LES ÉCRITS D'ARISTOTE · texte numérisé non relu

II. — LES ÉCRITS D'ARISTOTE

L'histoire de la conservation des écrits d'Aristote est peu connue. Selon Strabon et Plutarque, les écrits d'Aristote et de Théophraste, après la mort de ce dernier, seraient venus aux mains de Néleus, qui les emporta chez lui à Skepsis, en Mysie. Là, ils auraient été cachés dans une cave. A l'époque de Sylla ils auraient été découverts par Apellicon. Puis, Sylla les aurait fait transporter h Rome. Quoi qu'il en soit de ces anecdotes, lés textes qui s'étaient conservés furent revus et classés, au premier siècle avant Jésus-Christ, par Andronicos de Rhodes, philosophe péripatéticien , qui en donna une édition complète vers 60-50 avant Jésus -Christ. C'est cet Aristote, plus ou moins remanié, que nous possédons. Notre collection contient vraisemblablement tout ce qui subsistait d'authentique au temps d'Andronicos, et Ton a sujet de tenir en général pour apocryphes les ouvrages absents de cette collection qu'énumère Diogène Laërce. Mais, vraisemblablement aussi, tout ce que contient l'édition dite d'Andronicos n'est pas d'Aristote ; et les œuvres authentiques elles-mêmes n'y sont pas exemples d'additions et de changements. De plus, nous connaissons les titres d'ouvrages certainement authentiques qui

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manquent dans noire collection et qui étaient apparemment perdus dès lepoque d'Andronicos. Toutefois il paraît bien que les œuvres les plus importantes pour la connaissance de la philosophie et de la science aristotélique nous aient été conservées.

Quels sont, parmi les ouvrages que nous possédons, ceux qui doivent être écartés comme inauthentiques ? La question ne peut, dans bien des cas, être résolue avec précision et certitude. Voici les résultats auxquels arrive Edouard Zeller, dans sa Philosophie der Griechen, t. III, 3'^ édition. Est, soit inadmissible, soit très douteuse l'authenticité des ouvrages suivants : De Xenophane, Zmone et Gorrfia ; De animafitmi motu; De plantis: De colorions ; De audibilibus ; De mitabilibus audilis : Physiognomonica ; Mechanica problemata ; De tndivisibdibm lineis ; De mundo ; De respiratione ; De vtriiifibm pt rifii,; Œcùnomica ; Bhetonca ad Alexandnnn. Les Moralia Eudemea et les Moralia tnagna sont des remaniements de la Morale à Nicomaqne, Les fragments de lettres que nous possédons sont très mêlés d additions et d'altérations.

Les écrits laissés par Aristote peuvent vraisemblablement être rangés dans les trois catégories suivantes : 1" Les livres d'enseignement et de science proprement dite : c^étaient les résumés et traités dont il se servait pour ses cours. I! ne les publia pas, mais les communiqua seulement à ses élèves.

2*» Les écrits publiés : ceux-ci étaient destinés au ^rand

public. Ils étaient écrits, nous dit-on, avec abondance et avec charme. Une partie avait la forme de dialogues.

On a souvent, d'après des expressions empruntées à Aristote lui-même, donné aux écrits non publiés la dénomination ^'acroamatiques ou acroaùqiies^ et aux écrits publiés la dénomination à'exotériqiicfi. Il est certain que ces expressions répondent à une distinction capitale dans la philosophie d'Aristote. Il y a, selon lui, deux modes d'enseignement, proportionnés aux deux degrés de la connaissance. Ce qui est connaissable comme nécessaire et absolument certain est affaire de démonstration proprement dite; ce qui n'est connaissable que comme vraisemblable est affaire de dialectique . Dans ses cours, Aristote enseignait la science achevée : il démontrait ; l'élève n'avait d'autre rôle que celui d'auditeur. Mais, en dehors de ces cours, Aristote dirigeait des entretiens dialectiques où l'on raisonnait d'après les vraisemblances, d'après des considérations plus ou moins extérieures à l'objet en question, et où étaient admis, non seulement les élèves, mais aussi les gens du dehors. Telle est la valeur des mots acroamatique et exotérique selon la pensée d'Aristote. Lui-même ne les applique pas à ses ouvrages, mais ils s'y appliquent assez bien.

3° A ces deux catégories il faut en ajouter une troisième, savoir : des notes destinées à l'usage personnel d'Aristote. On peut appeler ces derniers écrits hypomnématiques.

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Enfin, Aristole avait laissé des discours, des lettres et des poésies.

De ces trois sortes d écrits nous ne possédons que les premiers. Des seconds et des troisièmes il ne nous reste que des fragments. Parmi les écrits perdus, les plus importants sont : dans la première catégorie : le Trailé desplanlex, VAnatomie, les Théorèmes astrologiques; dans la seconde : les Dialogues et Y Histoire de la rhétL rique; dans la troisième : des extraits de quelques ouvrages de Platon et des écrits sur les pythagoriciens et sur d'autres philosophes. C'est sans doute dans cette troisième catégorie qu'il faut ranger les institutions (-oX'.TÙa..; , où se trouvaient des renseignements de toute sorte sur 138 cités helléniques et barbares, recueil perdu, dont nous possédons' beaucoup de citations fort intéressantes. Le traité De la constitution des Athéniens a été récemment retrouvé sur un papyrus, et publié en 1891. On peut classer de la manière suivante les écrits scientifiques proprement dits, ou écrits non publiés, que nous possédons, et qui représentent, d'une manière vraisemblablement complète quant à l'essentiel, l'œuvre philosophique d'Aristole :

y Ecrits logiques, réunis à l'époque byzantine seulement sous le nom d'ôpyavov : Karv.oo-la-. (catégories-, en parties altérées et augmentées; zs.^l ip.uy.v.ia,- (du discours ou des propositions) : cet ouvrage paraît être l'œuvre d'un péripaléticien du m' siècle avant Jésus- Christ ; .\v:<À.T..>ck T:poTspa (premiers analytiques), traitant

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du syllogisme; àva).jT'.xà ûxrspa (derniers analytiques), traitant de la démonstration ; To-'.xà (topiques), traitant de la dialectique ou raisonnement en matière vraisem-

blable. Le IX^ livre de cet ouvrage est d'ordinaire donné comme un ouvrage spécial sous le titre : Y\zf\ to'^'.ttixwv £)i«\''/(ov (des arguments sophistiques\

â° Ecrits de philosophie naturelle : 'fjo-'-xr, àxpoaT'.; (physique;, en huit livres, parmi lesquels le YIP, quoique rédigé d'après des notes aristotéliciennes, ne paraît pas être d'Arislote; r^i^X yîvstcw; xal '^Qopi; (de la génération et de la destruction' ; r.ssl oOcavoû (du ciel); jjL£T£(i)poÂoY'.xà (méléorologie) ; r.tzX '}jy/l«; (de l'âme), et divers opuscules qui s'y rattachent, appelés : parva nnhiralia ; Tiepl Ta !^wa l<jTop'la'- (histoire des animaux), en dix livres, ouvrage très altéré, dont le X"" livre est inauthentique ; Tiepl Çwwv tjLopitov (les parties des animaux) ; ttcoI -opsia; î^wtov (des organes moteurs des animaux) ; tzîo'I Çtôwv Y£viT£(o; (de la génération des animaux), ouvrage gravement altéré.

3' Ecrits dits métaphysiques, traitant de ce qu'Aristote appelle la philosophie première (TrpwT/, '^»Ao70'.p'laj : L'ouvrage appelé métaphysique, en quatorze livres, est une collection faite vraisemblablement peu de temps après la mort d'Aristole, et comprenant tout ce qui se trouvait dans ses papiers de relatif à la philosophie première. Ces écrits doivent leur nom actuel [-zk usTà Ta cpjTixà) à leur position après la physique, dans l'édition d'Andronicos. Ce qui en fait le fond, ce sont les livres I, III,

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IV, VI à IX, X (numéros de Fédilion de Berlin). Le livre II et le livre XI à partir du chapitre vni, 1065 à 26, sont inauthentiques.

i"" Ecrits relatifs aux sciences pratiques : y.Otxà N'xo- {xiyc'.a (morale adressée à Nicomaque) ; -oÀiTuà (politique), ouvrage inachevé. Selon Ed. Zeller, les livres VII et VIII de la Politique doivent vraisemblablement être intercalés entre les livres III et IV; Tsyvr. or.Top'.xr; (rhétorique) ; 7.3^1 tto-t^tix-;;,- (poétique).

La question de chronologie n'a, relativement aux ouvrages didactiques, qu'une médiocre importance. Tous ces ouvrages, en effet, ont été composés dans les douze dernières années de la vie du philosophe (335- 322) : ils renvoient les uns aux autres, et nous offrent dans leur ensemble le système achevé, sans aucune marque de progrès. Autant qu'on en peut juger par les très faibles indications que Ion peut tirer des témoignages historiques et de l'examen des ouvrages en eux-mêmes, Aristote a composé d'abord les écrits logiques (excepté les notes d'après lesquelles a été rédigé le ttsoI £p;jLr;..-:a;, lesquelles paraissent postérieures au iztzi IjyJ,^). Puis ont été composés les écrits de philosophie naturelle ; puis les ouvrages physiologiques et psychologiques, puis les ouvrages relatifs aux sciences pratiques; enfin, vraisemblablement, et en tout cas, postérieurement à la physique, la collection dite métaphysique. Aristote paraît donc êlre allé de 1 abstrait au concret, et, dans le domaine du concret, de l'être changeant à l'être immuable.

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