CHAPITRE PREMIER Atomisme
1 est vrai que, quand on entreprend d'expliquer la se et le développement progressif de la doctrine d'un >sophe, rien ne soit en général plus important, mais i plus laborieux que de démêler, parmi ses devanciers es contemporains, ceux dont l'exemple ou l'autorité formé sa pensée, jamais peut-être l'historien n'a uvé plus d'embarras qu'à rechercher les sources de la ►sophie leibnitzienne, et à suivre, pour ainsi dire à la i, les maîtres de Leibnitz. Ici, en effet, la difficulté est de : d'une part, lui-même s'est souvent proclamé autocte, libre de toute obligation de disciple ; de l'autre, se par une curiosité passionnée à s'informer des enîements ou découvertes d'autrui, il lut beaucoup dès ance, et, dans sa maturité, il entretint une correspone suivie avec les hommes les plus savants de son >s. Et cet autodidacte était ainsi fait que, plus disposé prouver la pensée des autres qu'à la critiquer, il ne mtentait pas d'effleurer une doctrine, il s'en pénétrait id. Dans son esprit se reflétaient, comme les objets un miroir, les images et, pour ainsi dire, les rayons i vérité, d'où qu'elle vînt. Aussi est-il malaisé de diser ce qu'il a tiré de lui-même et ce qu'il a reçu d'aud'autant qu'il n'a rien emprunté sans le transformer mettre sa marque. A dire vrai, il n'a été ni indépende toute école ni asservi à aucune^ et ceux-là se
trompent qui prétendent voir en lui un partisan de Descartes ou de tout autre. Mais quels sont, parmi les penseurs qui l'ont précédé, ceux qu'il a le plus estimés, et comment,, suivant l'objet de sa recherche, s'est-il tantôt rapproché, tantôt éloigné d'eux, voilà ce qu'il vaut à notre avis la peine d'étudier et ce que nous voudrions autant que possible déterminer.
Leibnitz raconte qu'après avoir lu avant l'âge de 12 ans, dans la bibliothèque de son père, la plupart des anciens, Cicéron, Quintilien, Sénèque, Pline, Hérodote, Xénophon, Platon, les écrivains de l'Histoire auguste et beaucoup de Pères de l'Église, tant grecs que latins, après s'être enchanté de la variété même de ces lectures, amené à l'étude de la Logique, il se joua si commodément et avec une telle ardeur à travers cette science « dont les épines faisaient horreur à tout le monde » qu'il ne trouvait pas, à peine âgé de plus de treize ans, moins d'agrément dans Zabarella, Rubius, Fonseca et les autres scolastiques. qu'il n'en avait trouvé chez les historiens, et qu'il lisait avec autant de facilité Suarès que les Contes Milésiens *. Et pourtant, dit-il, il ne s'arrêta pas longtemps « aux subtilités scolastiques ». Lorsqu'il entra à la Faculté de Leipzig (1661), réveillé des songes scolastiques par les ouvrages des modernes, il paraît avoir abordé une philosophie « meilleure » et plus haute- Lui-même s'exprime ainsi : « Interea féliciter accidit ut consilia magni viri Francisci Baconi, Angliae Cancellarii, de Augmentis scientiarum et Cogitata excitatissima Cardani et Campanellae et specimina melioris philosophiae Kepleri, et Galilaei et Cartesii ad manus adolescentis pervenirent 2 . » Quelle fut cette philosophie meilleure, on le reconnaîtra sans peine si on examine les noms cités dans ce passage. Ce sont ceux des hommes qui, d'une part, ramenant, d'un commun accord et par une sorte de conspiration, l'esprit humain du verbiage péripatétique à la nature, mettaient