Logica, I
3. « Non ergo putandum est computationi, id est ratiocinationi în numeris tantùm locum esse..., nam et magnitude magnitudini, corpus corpori, motus motui, tempus tempori, gradus qualitatis gradui, actia actioni, conceptus conceptui, proportio proportioni, oratio orationi, nomen nomini (in quibus omne philosophiae genus continetur) adjici adimique potest. » Logica, I, § 3.
124 ÉTUDES d'histoire de la philosophie.
somme : idée analogue, au fond, à celle de Descartes, qui s'efforçait de retrouver par l'analyse les élément^ ou « natures » simples qui constituent les composés ou les êtres, et de reconstruire par la synthèse de ces éléments simples, mis en relation les uns avec les autres en une complexité croissante, toutes les réalités de Tunivers^. Remarquons seulement que l'identification de la synthèse à une addition arithmétique, telle qu'elle est présentée par Hobbes, n'est pas exempte d'une certaine grossièreté, mais qu'elle est une conséquence inévitable du nominalisme de notre philosophe, qui considère exclusivement dans le jugement et le raisonnement la juxtaposition extérieure des moiSy au lieu d'y voir la pénétration intime des idées K
Cette théorie de la « ratiocinatio » égale à la « computatio )x jette une grande clarté sur la définition de la philosophie, que nous sommes à présent en état de comprendre. Le but de la philosophie est de comprendre les êtres, d'en rendre compte, de les expliquer ; et s'il est vrai que comprendre et expliquer impliquent la connaissance des causes et de la génération des êtres, il faut distinguer entre leur explication historique et leur explication philosophique : rhistoire suit l'être dans son évolution entière, dont elle est chargée de décrire les phases successives, et l'histoire n'est pas philosophique 3 ; la philosophie le c(5n- (idère comme un tout, comme une somme, qui se trouvera expliquée quand on en aura retrouvé les parties composantes, les éléments ; pour une pareille œuvre, ce n*est plus à l'histoire qu'il faut recourir, c'est à V analyse, puis à la synthèse qui, avec les éléments, reconstruira l'être.
Dès lors, la cause de l'être est bien plus semblable à la « nature simple » de Descartes, représentée dans une idée simple, qu'à la cause physique telle que la comprennent et la recherchent les savants modernes ; elle ne signifie pas