‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 145 sur 229 · De Corpore, IV, ch. xxv, §§ 10 et · texte numérisé non relu

De Corpore, IV, ch. xxv, §§ 10 et

2. Il en est de même des autres sens à l'aide desquels nous recevons les conceptions des différentes natures ou qualités des objets. » Nature humaine, II, ch. m, p. 195.

3. « Comme dans la vision, l'image, composée de couleur et de figure, est la connaissance que nous avons des qualités de l'objet de ce sens, il n'est pas difficile à un homme d'être dans l'opinion que la couleur et la figure sont les vraies qualités de l'objet, et par conséquent que le son ou le bruit sont les qualités de la cloche ou de l'air. Cette idée a été si longtemps reçue que le sentiment contraire doit paraître \in paradoxe étrange ; cependant pour maintenir cette opinion, il faudrait supposer des espèces visibles et intelligibles allant et venant de l'objet ; ce qui est pire qu'un paradoxe, puisque c'est une impossibilité. » Nature humaine, II, ch. IV, p. 199.

11 faut rejeter, dit encore Hobbes, les « species visihile$, audihiles, intelligibUes » de la scolastique péripatéticienne, en s'appuyant sur cette observation que les phantasmata et les ûensiones sont identiques ; c'est-à-dire, en d'autres termes, que la sensation se suffit à elle-même et n'a pas sa cause en uhe image qui n'est que la sensation même. Léviathan, I, i.

et directement, le son perçu directement et par Técho. Or le même objet ne possède pas deux couleurs ou deux sons qui puissent être fixés en deux lieux différents : il n*est pas en deux endroits à la fois. Mais, dira-t-on, il possède au moins une couleur, sinon toutes celles que nous lui attribuons ; non pas même, répond Hobbes ; car il suffit de presser le globe de l'œil pour voir deux fois le môme objet ; or quelle est, de deux images, celle qui est inhérente à Tobjetî

b) Quand nous voyons un objet dans un miroir, Tobjet n'est pas derrière le verre.

c) Erreurs de la vue *.

C'est ce qui explique la direction de l'image, déterminée par celle des rayons dans le cas de la vision directe, comme dans celui des miroirs.

4" On peut étendre l'expérience sur les autres sens, on arrivera à la même conclusion ^ -. variabilité des sensations.

Conclusion ^ Il est intéressant de relever aussi dans les propres termes

1. Dans toute grande agitation ou concussion du cerveau, telle que celle qui arrive lorsqu'on reçoit & Tœil un coup qui dérange le nerf optique, on voit une certaine lumière ; mais cette lumière n'est rien d'extérieur, ce n'est qu'une apparence ; il n'y a de réel que la concussion ou le mouvement des parties du nerf optique. Expérience qui nous autorise à conclure que l'apparence de la lumière n'est dans le vrai qu'un mouvement qui s'est fait audedans de nous... » Nature humaine, II, p. 198 sqq.

2. « Si nous étendons l'expérience sur les autres sens, il sera facile de s'apercevoir que l'odeur et la saveur d'une même substance ne sont pas les mêmes pour tous les hommes, et nous en conclurons qu'elles ne résident pas dans la substance que Ton sent ou que l'on goûte, mais dans les organes. »

« La chaleur que nous éprouvons est ou un plaisir ou une douleur suivant qu'elle est douce ou violente, tandis qu'il ne peut y avoir ni plaisir ni douleur dans les charbons. » Nature humaine, II, p. 198 sqq.

3. « Il suit de là que tous les accidents ou toutes les qualités que nos sens nous montrent comme existants dans le monde n'y sont point réellement, mais ne doivent être regardés que comme des apparences ; il n'y a réellement dans le monde, hors de nous, que les mouvements par lesquels ces apparences sont produites. Voilà la source des erreurs de nos sens, que ces mômes

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où il les exprime les principes que Hobbes a voulu établir. C'est à savoir :

!• « Que le suiet auquel la couleur et l'image sont inhérentes n'est point l'ob/el ou la chose vue. »

2* « Qu'il n'y a réellement hors de nous rien de ce que nous appelons image ou couleur. »

3' « Que celte image ou couleur n'est en nous qu'une apparence du mouvement, de l'agitation ou du changement que l'objet produit sur le cerveau, sur les esprits ou sur la substance renfermée dans la tête. »

4^ « Que, comme dans la vision^ de même dans toutes les conceptions qui nous viennent des autres sens, le sujet de leur inhérence n'est point l'ob/et, mais l'être qui sent*. »

Avec de pareils principes, avec des vues comme celles qu'il possède sur les lois fondamentales de la conscience et sur la vraie méthode psychologique, n'est-il pas vrai que Hobbes est un des principaux fondateurs de la psy* chologie moderne ?

Pour être complet, nous devrions ajouter des études particulières faites sur les perceptions de la vue et sur les particularités de certains phénomènes visuels qui ont intéressé les psychologues modernes. Voir, par exemple, ce qu'il dit de la perception du mouvement, de la grandeur apparente et de l'appréciation des distances.

Nous signalons aussi un passage en latin sur le toucher où le rôle de la mémoire dans la perception est relevé avec une grande perspicacité. Le voici, du reste, en partie :

« Tactus enim in puncto fît aliquando, sèd asperum, laeve, quantitas et figura, non sentiuntur sine fluxu puncti, id est, sine tempore ; tempus autem sentire memoriae opus est. » De Corpore, IV, xxix, § 18.

sens doivent corriger ; car de même que mes sens me disent qu'une couleur réside dans l'objet que je vois directement, mes sens m'apprennent que cette couleur n'est point dans l'objet, lorsque je le vois par réflexion. » Nature humaine, II, ch. x, pp. 204-205. 1. Nature humaine, II, ch. iv^^^p. 199.

Imagination

Nous passons à Télude de Vlmagination. On se douvienl que Hobbes distingue deux facultés de l'esprit : connaître et imaginer ; nous avons étudié dans la sensation l'origine de toute connaissance : car « originairement toute conception procède de l'action de la chose dont elle est la conception » ; c'est dire, en d'autres termes, qu'il n'y a rien dans l'esprit qui n'ait été primitivement dans le sens et qui ne dérive de l'expérience.

Mais, de même qu'un mouvement commencé ne s'anéantit jamais et se perpétue à l'infini dans l'espace et dans le temps, ou que les vibrations provoquées à la surface d'une eau dormante par un corps qui s'y enfonce se propagent jusqu'à la rive et se reproduisent indéfiniment, de même les images persistent dans l'esprit après la disparition de l'objet et l'exercice du sens. C'est ce pouvoir que possède l'esprit de retenir l'image après la disparition de l'objet qu'on appelle l'imagination i.

La représentation en présence de l'objet est la sensation (« sensio ») ; celle qui dure en son absence est la phantaisie (<pavTaff Cot) ou imagination. La même différence existe entre les <pavTà»|jLaTa et les «pavTa^îai 8.

L'imagination n'est qu'une sensation affaiblie ; elle existe dans le sommeil et dans la veille ; elle est commune au? hommes et aux animaux.

La cause de l'affaiblissement des sensations n'est pas dans l'affaiblissement du mouvement qui les produit ; il provient bien plutôt, dans l'état de veille, de ce que les objets réels tendent à éteindre les mouvements prolongés des organes en les contrariant par d'autres mouvements plus énergiques. Aussi est-ce à leur degré de force ou de faiblesse que nous distinguons pendant la veille la sensation de l'imagination ; c'est la distinction que s'efforceront

1. Léviathan, I, ch. n. — Nature humaine, pp. 196-197 et p. 205.

2, De ClSTpoTe, I, ch. xxv, § 7.

BANNEQUIN, I. ^2

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d'établir de la môme manière Hume entre les impressions^ et les idées, Spencer entre les phénomènes de l'ordre vif et ceux de Tordre faible. Cette cause d'affaiblissement dessensations explique, continue Hobbes, comment pendant le sommeil, alors que l'action directe des objets extérieursa à peu près complètement disparu, les imaginationsreprennent une vivacité égale à celle des sensations *.

Sommeil ^.

IlÊVES. — Les images des gens qui dorment sont lessonges : ils ont, d'après Hobbes, cinq principaux caractères » :

V ^incohérence ; elle provient de ce que l'esprit n'a plus le contrôle de la perception, qui n'est plus possible pendant l'état d'engourdissement qu'on appelle le som^ meil ; c'est même là ce qui distingue le mieux, lorsqu'on a retrouvé l'état de veille, le songe de la réalité ; pourtant, il ne faudrait pas trop se fier à ce caractère de distinction,, vu que, pendant le sommeil, nous avons rarement con-r science de cette incohérence, et dès lors qui sait si nous ne rêvons pas lorsque pendant l'état de veille nous croyons à l'ordre de nos conceptions ? et, d'un autre côté, parfois la réalité nous apparaît comme incohérente et incompréhensible.

2* Nous ne nous étonnons pas en rêve des visions des lieux, ni des événements les plus étranges.

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