‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 184 sur 229 · Reg,, II · texte numérisé non relu

Reg,, II

JJi BIÉTHODE DE DESCARTE8* 213

les opérations qui lui sont propres, qui dominent tous les procédés arithmétiques ou géométriques, et qui en sont pour ainsi dire, comme de tous les autres procédés scientifiques, les conditions universelles, et vraisemblablement fort simples et fort réduites en nombre.

Ces conditions, en réalité, sont au nombre de deux, Vintuition et la déduction ; mais le fait est qu'on remarque bien plus souvent la seconde que la première. C'est une opinion commune, en effet, et d'ailleurs très vraie, que la méthode mathématique consiste « in consequentiis rationabiliter deducendis », c'est-à-dire dans la déduction ; mais pour que la déduction soit rationnelle, c'est-à-dire apodictique et démonstrative, encore faul-il qu'elle parte originairement d'un objet si pur et si simple (obiectum ita purum et simplex) qu'il force pour ainsi dire l'adhésion de l'esprit. Or l'opération par laquelle l'esprit donne son adhésion à un objet qui s'impose par le double caractère de sa pureté et de sa simplicité est l'intuition, et cette opération est rationnelle : elle ne relève ni des sens, ni de l'imagination, elle n'intéresse que l'entendement et môme l'entendement pur : « Per intuitum inlelligo, dit Descartes à la reg. IIH, non fluctuanlem sensuum fidem, vel maie componentis imaginationis judicium fallax, sed mentis purae et attentae tam facilem dislinclumque conceptum, ut de eo quod intelligimus nuUa prorsus dubitatio relinquatur; seu quod idem est, mentis purae et attentae non dubium conceptum, qui a sola rationis luce nascitur, et ipsamet deductione certior est. »

Ainsi l'intuition est plus certaine que la déduction ellemême : et sa certitude vient, d'abord de ce qu'elle est rationnelle (a sola rationis luce nascitur)^ privilège, on va le voir, qu'elle partage avec la déduction, mais en outre de ce qu'elle s'adresse à un objet plus immédiat que l'objet même de la déduction, à un objet si simple et si parfaitement distinct dans la représentation que nous en avons

1, Regulx (édition Adam), p. 10.

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{iam lacilcm distinctumque conceptum), qu'aucun esprit ne peut ni apprendre celte opération, ni la mal faire *, et que tout au plus peut-on comprendre qu'il en ignore les objets, si l'occasion lui a manqué de tourner vers eux son attention.

La déduction, de son côté, suppose le simple, et par conséquent une donnée intuitive, à son point de départ : Descartes la définit à plusieurs reprises l'opération qui « passe de l'un à l'autre », d'un terme à un autre terme qui le suit, ou mieux, qui s'ensuit immédiatement et nécessairement : « Deductionem,..y sive illationem^ puram unius ab aliero ^ » ; car la déduction dont il s'agit ici est telle que, le premier terme étant posé, le second s'ensuit nécessairement (necessariam deductionem) *, puis du second le troisième, du troisième le quatrième, et ainsi de suite. Lorsque la deductio ou Villatio n'omet aucun terme intermédiaire. Descartes affirme d'elle, comme de l'intuition, qu'elle peut m quidem onUiti^ si non videatur, sed nunquam maie fieri ab intellectu vel minimum rationali ^ ».

La déduction, à tous ses degrés, car nous allons voir qu'elle a des degrés, est donc, somme toute, aussi certaine que l'intuition : ce sont, au dire de Descartes, les deux opérations fondamentales de l'esprit, seules requises pour atteindre la certitude : « neque plures ex parte ingenii debent admitti® ». Toute intelligence, même « minimum rationalis », en est capable, ou les accomplit spontanément sans les apprendre :.qu'on ne dise pas que la méthode les fait naître ; car si notre intelligence, avant toute méthode, ne savait point s'en servir, elle ne comprendrait jamais les préceptes d'aucune méthode, fussent-ils les plus simples du monde '^. L'intuition et la déduction sont donc

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