Gerh., I, p
ment la pierre qui existe remporterait en perfection sur rhomme seulement possible, ou la douleur présente sur le plaisir absent ; elle consiste dans la bonté intrinsèque de Fêtre réalisé : « non esse, sed bene esse perlectio est i. » Bref, pour qui se rend compte qu'il n'y a d'existant que cç qui fut d'abord possible, et qu'à la richesse intrinsèque du f possible ou de l'essence l'existence n'ajoute rien, mais que seulement elle l'actualise, il est clair que l'esprit ne saurait rien saisir de plus dans l'existant que dans le pur possible. L'être tout parfait possible est donc égal en perfection à l'être tout parfait existant ; et de l'idée que nous avons de la toute perfection, nous ne saurions tirer ce qu'elle no contient pas, à savoir l'existence.
Il y a donc un intérêt majeur à dégager la preuve cartesienne d'une notion qui la rend précaire et qui, au surplus, est tout à fait inutile. Dieu en effet ne nous apparaît pas seulement comme l'être tout parfait ; nous le connaissons aussi comme l'être dont l'essence implique l'existence ; et ridée de perfection n'avait même d'autre objet, dans la pensée de Descartes, que de nous faire saisir la liaison indissoluble, dans la nature de Dieu, de l'essence et de l'existence. Mais si nous y échouons, par cet intermédiaire, qu'avons-nous donc besoin aussi d'y recourir ? De l'être dont l'essence implique l'existence, ou de l'être par soi (ens a se, ens necessarium), nous n'avons pas moins la aotion, opposée à l'idée de l'être par autrui, que nous n'avons celle de l'être tout parfait ou infini, opposée à l'idée de l'imparfait et du fini. Omettons donc l'idée de perfection 2, inutile à la preuve, et raisonnons de la manière suivante :
Ens, de culus esseniia est exisienlia, necessario existit ;
Deus est ens, de culus essentia est existentia ;
I 1. Ibid., p. 221. Voir l'exposé très exact et complçt de toute cette
(discussion dans la thèse latine de M. MaJailieau, De perlectione apud Leibnitium, Paris, 1881, p. 4, sqq.
2. Cette omission de l'idée de perfection, Leibnitz la réclame à , maintes reprises : voy. Gerhardt, I, p. 213 (1677), IV, p. 359 (un
i peu avant 1692), p. 402 (1700), etc.
Ergo Deus necessario exisiii.
On a fait honneur à Leibnitz, non sans raison assurément, d'avoir remarqué la nature synthétique du jugement qui affirme l'existence nécessaire de l'être tout parfaite Est-ce à dire qu'il y ait vu, comme il semble qu'on ait été aussi tenté de le soutenir, le fondement véritable de la preuve ontologique, fondement qui serait resté inaperçu de Descartes et qu'il aurait le premier solidement établi ? L'exposé qui précède rend cette thèse difficile à défendre. Car à quoi tend tout l'effort de Leibnitz ? non à coup sûr à concentrer la preuve dans cette première synthèse, mais au contraire à l'en débarrasser, comme d'un élément qui ne peut qu'en ruiner la force démonstrative. La vraie démonstration, c'est l'opinion bien conn\ie de Leibnitz, n'emploie que des propositions analytiques ou identiques : et aussi bien, quand il exclut de la preuve la notion cartésienne de la perfection pour y substituer celle de l'Être par soi, sa correction n'a d'autre effet que de rendre analytique au suprême degré l'argument cartésien, et d'en faire disparaître, du moins en apparence, toute trace de synthèse.
L'argument de Descartes avait donc ce défaut, que^ même en démontrant la non-contradiction de l'idée du par», fait, on ne passait point d'emblée à la conclusion de son existence. Les choses sont maintenant disposées de telle sorte qu'au contraire le passage s'effectue de lui-même, pourvu qu'on établisse la non-contradiction de l'idée de l'Etre par soi. La preuve de l'existence de Dieu revêt ainsi une forme saisissante : pour prouver que Dieu existe, c'est assez de démontrer seulement qu'il est possible ; et, comme dit Leibnitz, nous disposons ici de l'unique modale^ qui jouisse du privilège d'atteindre l'existence. Il y a plus, la présomption est telle en faveur de la possibilité soit de l'Être par soi, soit de l'Être tout parfait 2, qu'il faut presque prouver l'impossibilité de Dieu pour croire qu'il n'est pas.