‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 80 sur 229 · LXXXVIU ARTHUR HANNEQUIN ET SON ŒUVRE · texte numérisé non relu

LXXXVIU ARTHUR HANNEQUIN ET SON ŒUVRE

mais s'il est déjà V « idée de nos idées, la raison de notre raison 1 ».

Quelque consistantes et légitimes que soient ces grandes vérités — et Kant allait jusqu'à dire qu'elles sont « infaillibles », — Dieu et Tâme restent pourtant des croyances. Philosophes, n'oublions déjà pas cela. Les croyances positives dont les religions se réclament, plus nombreuses, plus précises, plus consolantes si l'on veut, par cela même qu'elles sont situées dans un domaine encore plus écarté et où la connaissance ne réussit même plus à faire arriver la projection de ses postulats, seront donc, qu'on le veuille ou non, des croyances au second degré, des croyances de croyances. Que les hommes qui ont une foi religieuse à faire vivre du dedans, ou à défendre du dehors, se le disent. Non pas du tout que la foi des Eglises soit jamais création spontanée, pur mysticisme, chose tout en l'air ; elle invoque, elle peut invoquer certaine orientation de notre pensée, des besoins pressants de la vie, des expériences individuelles ou sociales^ des témoignages de l'histoire, des inspirations, des vérifications de toutes sortes qui n'ont peut-être de pleine valeur que pour le croyant, mais qui en ont une très réelle et très suffisante pour lui. L'élan qui emporte l'âme religieuse reste parfaitement défendable, même quand il dépasse prodigieusement les inductions philosophiques les plus hardies. La surnature ne mène pas d'elle-même à un surnaturel, mais elle empêche encore moins d'y aller. Seulement à ceux-là, — Hannequin n'en était pas, — qui se décident à une pareille démarche, on a le droit de rappeler que ce n'est pas en se réclamant uniquement d'une démonstration scientifique. L'apologiste qui s'attarde à la démonstration d'une rehgion perd son temps. Kant avait bien réfléchi au problème quand il proclamait la nécessité, en ces matières, de <( supprimer le savoir pour y substituer la croyance ».

Cette solution du problème religieux atténuerait momentanément le conflit entre ceux qui croient et ceux qui ne croient plus. L'homme de science qui ne croit pas, — et dont l'attitude reste encore, même aux yeux du croyant, respectable et rationnelle^ — qu'il sache pourtant à l'occasion que ce n'est pas sa science seule qui l'a décidé à prendre parti, et qu'elle ne l'autorise aucunement en tout cas à juger de la croyance d'autrui. Le médecin, disait Hannequin, qui cherché^ à expliquer une guérison de Lourdes est dans son droit

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