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CONTRE LA CRITIQUE DE LEIBNITZ

PRÉ F A CE

La Faculté des lettres de Lyon a été, pendant une vingtaine d'années, une vaste amitié. C'est au nom de ces amis aujourd'hui dispersés que j'ai mission de rendre hommage au plus unanimement, au plus profondément aimé. Quant à mes sentiments personnels, ils feront c[[ort pour s'elfacer et se (ondre dans l'hommage collectil. Voulant honorer la mémoire d'Hannequin, ses amis n'ont rien trouvé de mieux que de publier des pages de lui, les unes inédites, les autres déjà parues, mais éparses i. M. Chabot a pris pour lui toute la peine de cette publication. Mais ils ont tenu à ce que, en tête de ces pages, fût évoqué.^ par l'un d'eux la noble figure du penseur dont elles donnent l'imparfaite mesure. L'étude, qu'on lira plus loin, de M. Grosiean, l'élève, puis l'ami et le confident d'Hannequin dans les dernières années de sa vie, étude si complète et, en même temps, d'un accent parfois si touchant, nous dispensera de nous étendre sur le détail de ses doctrines et de ses travaux. Nous nous boimerons à en marquer la direction et l'esprit, et à les replacer dans l'histoire si une, finalement si douloureuse, de sa courte vie.

Arthur Hannequin naquit le 29 octobre 1856, dans un village de la Marne, Pargny-sur-Saulx, où son père était instituteur. Sa fidélité envers le sol natal et envers les amis de son enfance fut une de ses premières vertus. Ses succès scolaire au collège de Vitry vouèrent ce fils d'instituteur à la carrière de l'enseignement. On l'envoya au lycée

1. Rappelons cependant qu'une souscription entre élèves et amis d'Hannequin a abouti à la fondation d'une bourse « Hannequin », bourse de voyage à l'étranger en faveur d'un étudiant lyonnais.

PRÉFACE

de Reims, puis à Louis-le-Grand, où il attira^ par la vigueur de son esprit unie à toutes les qualités de caractère particulièrement chères aux ieunes hommes, V attention et la sympathie de tous ses camarades.

Il n'entra pas à VEcole normale, alors que tous ceux qui le connaissaient savaient qu'il eût pu y entrer haut la main. Et pour comprendre tout ce que ce dédain de la route commune représentait de courage, il faut se souvenir que les chemins à côté n'étaient pas alors tracés. Mais, comme on l'a dit avec délicatesse sur sa tombe, « à Vâge où, chez la plupart, le caractère moral est à peine formé, il avait donné la mesure de son âme. D'un instinct sûr et calme, d'une volonté inébranlable, malgré les préjugés explicables de ceux qui l'entouraient, il était allé tout droit vers ce qui fait la joie et la vérité de la vie ; négligeant le succès l'intérêt, toutes les misères auxquelles rêvent les ambitions mesquines, il suivit la douce mais nette impulsion de son cœur, et au lieu, de chercher une situation, il se lit un loyer ». Mistral a écrit une page pleine de Iraicheur sur ces amours « de la prime jeunesse » : « L'un comme l'autre nous avions douze ans, l'âge de Béatrix lorsque Dante la vit, et c'est celle vision de la jeune vierge en [leur qui a fait le Paradis du grand poète llorentin. Il est un mot, dans notre langue, qui exprime très bien ce délice de l'âme dont s'eiuvrent les couples dans la prime jeunesse : nous nous agréions. Nous avions plaisir à nous voir. Nous ne nous vîmes jamais, il est vrai, que dans l'Eglise ; mais, rien que de nous voir, noire cœur était plein i » Ce jut là toute l'histoire sentimentale d' Mannequin. Mais elle dura toute sa vie et répandit sur elle un pur parlum d'idylle.

Aussitôt reçu licencié, Ilannequin se marie donc. Il a 21 ans. Le jeune ménage va de collège en collège, à Revel, à Wassy. Puis Ilannequin obtient une bourse d'agrégation. Il lut le premier boursier d'agrégation pour la philosophie. L'administration avait eu la main heureuse. Au bout de deux années, pendant lesquelles il reçut les leçons d'un maitre qu'il n'oublia jamais, Carrau, Ilannequin (ut reçu premier agrégé (1882). Un autre maître prit sur lui,

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