Log., I
3. « Ratio enim... niliil aJiiid est pra^ter computationem sive additionem et substraclionem nominiim generalium, quae ad notationem sive significationem cogilationmn nostrarum recipiunlur ; nolationem, inquam, quando computamus soli ; significationem, quando aliis computationem nostram demonstramus. » Lcviathan, I, ch. v.
LA PHILOSOPHIE DE HOBBES. l^O
revient sans cesse : l'une non-scientifique, l'autre scientifique 1.
La première n'est que l'expérience des effets produits sur nous par les êtres extérieurs qui agissent sur nous ; elle est la connaissance du fait ou des faits, c'esl-à-dire la sensation 2. C'est la sensation, dont les données peuvent être désignées d'un mot propre : la connaissance.
La seconde n'existe qu'au moment où le raisonnement commence, c'est-à-dire au moment où l'esprit tire de propositions générales des conséquences par la voie de la démonstration 3.
Il est donc bien évident que la science est toujours relative aux prémisses posées, et qu'elle ne pose jamais d'une manière absolue telle ou telle vérité, mais seulement eu égard à la réalisation de ses conditions ^.
Nous pouvons donc considérer déjà comme acquis que la science est identique à la démonstration : mais quelles sont les prémisses primitives ou les propositions premières d'où partent la démonstration et la science ? Ce sont, dit Hobbes, les délinitions ; les définitions sont pour lui les propositions premières, opposées par la scolastique aux propositions non-premières 5.
Chercher et établir les définitions, principes premiers de
1. « L'une n'est que l'effet du sens ou la science originelle ou son souvenir. » Nature humaine, p. 212.
2. « Cognitio facti originaliter sensio est. » Léviathan, I, ch. vii.
3. « L'autre est appelée science ou connaissance de la vérité des propositions et des noms que l'on donne aux choses, et celle-ci vient de l'esprit. » Nature humaine, p. 212.
« Cognitio consequentiarum... scientia appellatur. » Léviathan, I, ch. VII.
« Scientia intelligitur de theorematum, id est de propositionum generalium veritate, id est, de veritate consequentiarum. » De Homine, X, § 4.
4. « Cognitio consequentiarum, quae scientia appellatur, scientia ahsoluta non est, sed tantum conditionalis, Nemo per discursum scire potest hoc vel illud esse, fuisse, vel futurum esse ; id quod est perfecte scire ; sed tantum si hoc sit, tum illud est ; si hoc luit, tum luit illud ; si hoc erit, tum. illud erit ; id quod est scire conditionaliter ; et scire non rei ad rem, sed nominis ad nomen consequentiam. » Léviathan, I, ch. vu.
5. Voy. Log., III, 9. Voyez aussi sur la définition Examîn. et emendatio mathemat. hod. t. I, p. 20.
ÉTUDES d'histoire DE LA PHILOSOPHIE.
la science, nous paraît être, pour Hobbes, l'œuvre de l'analyse ; tirer des délinitions les conséquences qu'elles renferment en les développant par le rapprochement avec d'autres dé{initions, telle est l'œuvre du raisonnement et de la synthèse. La méthode philosophique et scientifique se compose, en effet, pour lui, d'un double procédé i : résolution (« resolutiva ») division, soustraction, analyse d'une part — composition (« compositiva »), multiplication, addition, synthèse d'autre parts. L'analyse parvient à saisir les éléments derniers des choses, que la synthèse, œuvre de reconstruction par l'esprit, combine pour retrouver l'intelligibilité et l'explication des êtres.
Or qu'est-ce que la définition, sinon l'opération logique qui atteint les derniers éléments d'un être et en fait l'énumération ? La définition par excellence, dit Hobbes, est la définition résolutive ou analytique ; quand l'analyse est impossible, on a recours à la description qui est très imparfaite 3.
La définition est par essence le développement d'un mot, sa résolution en mots plus généraux et plus simples, comme lorsque nous définissons Vhomme en disant que c'est un corps animé, sentant, raisonnable ^.
1. Voyez dans la 1" partie de cette étude les explications que nous avons données de la méthode, en élucidant le sens de la définition de la Philosophie par Hobbes.