Crit. de là R. pure, trad. Barni, II, p
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principe logique d'idenlité, qu'il est possible : il faut en outre qu'il ait, en vertu du principe de raison suffisante, une réelle raison d'être. Et ainsi les possibles semblent lutter entre eux pour l'existence, et trouver hors d'euxmêmes, en même temps qu'en eux-mêmes, certaines conditions qui les font triompher ; hors d'eux-mêmes, disonsnous ; car, s'ils avaient en eux toutes leurs raisons d'être, nous n'apercevrions plus, semble-t-il, aucune raison qui pût les empêcher d'exister. Mais à y regarder de près, la raison d'être d'un possible est tout entière en lui et ne peut être qu'en lui : la lutte même que nous venons de dire serait inexplicable si le premier élément n'en était la présence en chacun d'une tendance à être, tendance qui, à moins de n'être point fondée, ne saurait l'être qu'en lui, et qui ne peut se mesurer que sur le degré même de sa réalité. C'est dire qu'il tend à être dans la proportion même où il mérite d'être, ou encore qu'il y tend par ce qu'il y a en lui de perfection positive, relativement seulement, quand elle est relative, absolument et sans restriction, quand elle est absolue. En d'autres termes, la perfection fonde l'être, l'exige, l'appelle, non comme l'identique appelle l'identique, mais comme la condition ou raison suffisante appelle son effet ; et la nécessité de l'Être nécessaire n'apparaît plus à ces hauteurs que comme celle d'un être qui, ayant en lui-même toutes les raisons d'être, sans une seule hors de lui ni en lui de ne pas être, est par la force même de sa tendance à être ou par la plénitude de sa perfection.
La nature de ce lien, qui est un lien synthétique de convenance ou de raison, Descartes l'aurait-il donc méconnue à ce point qu'il y ait vu simplement le lien de l'attribution ordinaire ou logique? En vérité, la forme de l'argument que nous avons extrait de la cinquième Méditalion et qu'il a reproduit plus d'une fois dans les mêmes termes, ne permet guère, à première vue, d'autre interprétation. Mais le mérite des Obieclions, qu'il avait lui-même provoquées de toutes parts, fut de l'amener souvent à entrer davantage dans sa propre pensée ; et le service qu'elles lui rendirent
LA PREUVE ONTOLOGIQUE CARTÉSIENNE
ainsi ne fut jamais plus grand que dans le cas qui nous occupe. La lecture de ses Réponses aux secondes, aux quatrièmes, et notamment aux premières objections ne laisse à ce sujet subsister aucun doute : pour lui, comme pour Leibnitz, l'attribution de l'existence à l'Être tout pariait ne se fait point en vertu du principe d'identité, mais en vertu du principe de raison suffisante ; et le jugement qui l'affirme n'est point, comme nous dirions aujourd'hui, analytique ; il est nettement et franchement synthétique.
S'il était analytique en effet, que faudrait-il prouver? Non pas que l'existence convient au tout parfait ; car ce mot de convenance, signifiant aussi bien une convenance de raison qu'une convenance logique, laisse indécis précisément ce qui est en question ; mais que, si l'on s'attache d'une manière exclusive à vider le contenu de l'idée du parfait, parmi les éléments intégrants de l'idée, parmi les perfections distinctes dont elle serait la somme, on trouverait l'existence ; bref, il faudrait prouver que l'existence en est une, ou qu'elle est une partie de l'idée de perfection, à peu près comme trois, ou comme angle, constituent les parties de l'idée de triangle. Or d'une telle proposition, qui serait d'ailleurs stérile, on trouve sans doute plusieurs fois chez Descartes, ainsi que nous l'avons dit, l'énonciation fautive ; mais dans les passages plus importants de ses Réponses, quand il veut justifier la preuve ontologique, on n'en trouve même plus trace, et c'en est une tout autre qui s'y est substituée. C'en est si bien une autre et cette autre à son tour est si bien l'expression d'une synthèse irréductible, qu'elle supprime du môme coup toute démonstration, mais ne la supprime d'ailleurs qu'en la rendant inutile. On ne démontre pas, en effet, un jugement synthétique ; on le pose dans une définition ou dans un postulat ; témoin ce qui se passe en géométrie : on définit la droite, on postule que, par un point pris hors d'une droite, on ne peut à cette droite mener qu'une parallèle ; mais ni les postulats, ni les définitions ne se peuvent démontrer, parce qu'ils posent justement les premières
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synthèses ou les premières données sans lesquelles, ne s'appuyant à rien, l'analyse pure et la démonstration ne pourraient rien déduire.
Supposez à présent que la relation qui lie l'être à la perfection soit elle-même synthétique et qu'elle soit une synthèse absolument première, on peut la justifier, mais non la démontrer. Et c'est pourquoi, selon nous, toute démonstration, au sens strict du mot, de cette relation fondamentale disparaît des Réponses où Descartes la reprend i. Il l'a remarqué lui-même : « Je demande, dit-il à la fin des Réponses aux secondes obiections 2, que les lecteurs s'arrêtent longtemps à contempler la nature de l'être souverainement parfait : et, entre autres choses, qu'ils considèrent que, dans l'idée de Dieu, ce n'est pas seulement une existence possible qui se trouve contenue, mais une existence absolument nécessaire ; car de cela seul, et sans aucun raisonnement, ils connaîtront que Dieu existe. » Et plus loin : « La conclusion de ce syllogisme (savoir, le syllogisme qui remplacerait celui de la cinquième Méditation et dont voici la conclusion : donc il est vrai de dire que l'existence nécessaire est en Dieu, ou bien que Dieu existe) peut être connue sans preuve par ceux qui sont libres de tout préjugé, comme il a été dit dans la cinquième demande 3. » Ainsi la relation de l'existence nécessaire et de la perfection nous est donnée maintenant comme l'objet, non d'une démonstration, mais d'une simple « considération » ; et dans le syllogisme que nous venons de rappeler, ce qu'on prouve, c'est que Dieu existe, pourvu seulement qu'à sa nature appartienne l'existence ;
1. Voy. Bép. aux premières (Cousin, I, p. 389) et aux secondes obiections (p. -160), la nouvelle forme de l'argument : la majeure (énonce le postulat d'après lequel on a le droit d'allirmer de la chose ce qu'on affirme légitimement de la nature ; quant à la mineure, elle résume en un seul jugement ce que le syllogisme de la 5* Mf'^dit. prétendait prouver par un argument en forme : « Or est-il que l'existence nécessaire est contenue dans la nature eu le concept de Dieu. »