d., II, vm
LA PHILOSOPHIE DE HOBBES
qui occupe un lieu, ce qui a de la grandeur, c'est le corps ; ce qui change de lieu, et par conséquent ce qui dure en •se mouvant, c'est le corps. Donc, la grandeur et le mouvement sont de purs accidents du corps, qui laissent leur trace dans notre imagination sous les formes générales de l'espace et du Temps. Donc encore, le lieu des choses, leur grandeur, qui est une fonction du lieu, et le changement de lieu, voilà les seules choses qui doivent intéresser l'intelligence humaine, parce que ce sont les seuls accidents essentiels du corps, c'est-à-dire de l'être, susceptibles d'être déterminés de mille manières diverses. Lieu et grandeur, 'Changement de lieu, tel est, pourrait-on dire, le côté des choses, le côté de la réalité. Or, si l'on examine le côté de la pensée, qui se représente les choses, on s'apercevra que sous les mille formes diverses qu'elle prête à la réalité, et qu'elle lui attribue comme des accidents, se cachent des changements de lieu ou des mouvements ; si on peut dire que le mouvement est changement de lieu, inversement il faut dire que tout changement, de quelque ordre •qu'il soit, est mouvement et se rapporte au lieu, et partant au seul être qui puisse l'occuper et qui soit, au corps i. Tous les accidents des êtres, couleur, son, goût, saveur, -chaleur se ramènent au mouvement 2 ; la sensation même -et la pensée sont des mouvements imperceptibles des parlies internes du corps 3 : « Mutatio motus est. »
Ainsi, le mouvement dans les corps est identique au changement ; mais que serait le changement, sinon la transformation d'une qualité en une autre qualité, ou, pour parler le langage de notre philosophe, d'un accident en un autre accident? En d'autres termes, le changement des corps par rapport au lieu, ou le mouvement, voilà la réalité en soi ; le changement de leurs accidents aux ijeux de Vêtre sentant et pensant, voilà la réalité telle qu'elle nous <ipparatt ^.