‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie; avec une préf. de R. Thamin, et une introd. de J. GrosjeanChapitre 117 sur 170 · Gerh. Phil., I · texte numérisé non relu

Gerh. Phil., I

172 ÉTUDES d'histoire de la philosophie.

Leibnilz n'est point le premier qui ait, à cette époque, songé à rapproclier la doclrine de l'esprit de la doctrine du mouvement. C'est même le trait saillant de la doctrine cartésienne d'avoir, en ramenant les lois du mouvement à n'être en quelque sorte que des pensées de Dieu, préparé entre les mouvements des corps et les pensées des âmes une si parfaite convenance que leur correspondance s'en trouvait assurée pour toute la suite des temps. Cependant s'il y a loin d'une telle doctrine à celle qui, dépassant ce point de vue cartésien d'un pur parallélisme, semble chercher dans le mouvement tantôt la condition immédiate et déterminante du sentiment et de la conscience, tantôt tout au contraire, comme l'expression et comme la suite également immédiates des pensées de l'esprit, on ne peut dire que Leibnitz, qui a fait l'un et l'autre, se soit directement inspiré de Descartes. Et le maître qu'il suit dans cet effort qu'il fait pour expliquer géométriquement, comme il le dit lui-même, la nature de l'âme, est le même que celui auquel nous avons vu qu'il avait emprunté sa doctrine du mouvement. Ullypothesis pJiysicu nova prouve, en effet, tout entière, dans la partie mathématique comme dans la partie physique, avec quel soin il avait lu le De Corpore de Hobbes ; et il est impossible qu'il n'y ait point remarqué cette théorie profonde de la conscience qui y est développée et dont les traits principaux se retrouvent dans sa propre doctrine. Hobbes est, en effet, le premier, à notre connaissance, qui, tirant enfin parti de cette observation vulgaire, qu'un homme qu'on supposerait « oculis quidem Claris caeterisque videndi organis recte se habentibus composilum, nullo autem alio sensu praeditum », et aussi « ad eamdem rem eodem semper colore et specie sine ulla vel miniina \arietate apparentem obversum » ne verrait en réalité pas plus « quam ego videor mihi pcr Tac-

LA PREMIÈRE PHILÛSOF'IIIE DE LEICMTZ. 17'

lus organa senlire lacerlorum meorum ossa i », en concluait d'abord que c'est ne rien sentir que sentir toujours la même chose 2, et par suite qu'on ne sent vraiment que ce qui change et qui, dans le changement, offre un contraste sans cesse renouvelé. Puis comme le changement même passerait inaperçu si Ton n'était capable sinon de persister à sentir ce qui n'est plus, du moins, selon la remarque expressive de Hobbes, de sentir qu'on l'a senti, et comme d'autre part sentir qu'on a senti n'est autre chose que se souvenir 3, il en résulterait qu'à ses yeux la mémoire apparaissait comme le fondement et comme l'essence du sentiment ou de la conscience. Quant au changement lui-même, Hobbes, qui voyait dans le corps ou mieux dans ce qu'il appelait les accidents de cette unique substance, dans la grandeur et le mouvement, le fond de toute réalité, ne pouvait point manquer de le ramener au mouvement, en sorte que la conscience trouvait sa condition objective et première dans le mouvement, et n'en était en quelque sorte qu'un résultat et qu'une suite. Encore n'en était-elle qu'une suite lointaine, car tant s'en faut qu'un mouvement uniforme, lequel n'est à tout prendre qu'un état persistant d'un unique mobile, produise le contraste requis par la conscience, qu'on ne peut concevoir d'opposition réelle qu'au point et au moment où concourent au moins deux mouvements opposés ; à peine est-il besoin, d'ailleurs, de rappeler qu'en ce point et en ce moment ces mouvements ne s'opposent que par leurs conatus, en sorte qu'il ne saurait y avoir de conscience que dans l'opposition d'au moins deux conatus, ou, ce qui revient au même, d'une action et d'une réaction 'i. Bien plus, à moins de soutenir, contre toute vraisemblance, l'existence

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