‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie; avec une préf. de R. Thamin, et une introd. de J. GrosjeanChapitre 148 sur 170 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

live pour cliaque conscience individuelle, ou comme la théorie du noyau substantiel et des mondes enveloppant d'autres mondes à l'infini, nous avons fait la preuve que, dans Vllijpoihesis, les germes tout au moins des théories futures se trouvaient déposés. Deux obstacles notables s'opposaient cependant à leur développement, que vont une fois pour toutes remcerser les progrès scientifiques accomplis durant le séjour à Paris. Le premier, qui venait du conflit des lois selon lesquelles le mouvement, et, pai'tant, les conatus eux-mêmes, s'annihilent dans la nature, €t des lois selon lesquelles ils durent dans l'esprit, allait être levé par le redressement des erreurs de Leibnitz relativement aux lois générales du mouvement. Nous avons déjà vu tout ce dont, à ce sujet, il est redevable à Huygens ; et nous n'y revenons que pour nous représenter quelle vive impulsion ce redressement dut donner à notre philosophe dans le sens de ses premières visions de la Monade.

Le second obstacle était d'un autre ordre ; il venait de la source même de toute la doctrine, et de l'abus géométrique où une fausse notion de l'infiniment petit devait conduire Leibnitz, même en ce qui regarde la nature de l'àme. On sait comment dans les lettres à Jean Frédéric son enthousiasme est si grand pour la méthode géométrique, qui lui donne d'ailleurs une si riche moisson en ce qui regarde l'esprit aussi bien que le mouvement, qu'il se vante d'éclaircir géométriquement la nature de l'âme et qu'il en fait un centre et, au sens ri-gourcux du mot, un point mathématique. Il se rend si peu compte qu'en faisant du conatus un élément de l'esprit, il passe de l'infiniment petit à une notion toute différente, qu'il s'obstine à n'y voir que cet infiniment petit et qu'une sorte d'élément absolu de l'espace. S'il en fût resté là, le passage si fécond dans sa philosophie de l'ordre du réel à l'ordre des phénomènes fût demeuré à jamais impossible et fermé ; et, Kl'un autre côté, le point mathématique, qu'au delà du point physique et sous le noyau de substance nous avons

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vu reparaîlic dans les lettres à Jean Frédéric i, eût apporté en somme moins de secours (juc d'obstacles au dé\ eloppement de ces états de perception, dont il se prête d'autant moins à représenter la multiplicité, qu'il en représente l'unité avec plus de rigueur. Le complet développement des monades substantielles n'était donc possible que le jour où Leibnitz aurait résolument limité à sa juste \alcur la réalité de l'espace et de ses éléments, quand, d'autre part, le seul moyen de laisser à ceux-ci en face de la substance une valeur quelconque, était de leur donner le l'ang de purs phénomènes, ayant dans les substances à coup sûr leur fondement, mais non point leurs parties.

Sur ces points capitaux de la pensée de Leibnitz, comme plus haut au sujet des lois du mouvement, ses progrès scientifiques, durant son séjour à Paris, devaient avoir une action décisive. Bornons-nous à noter qu'ils marquent le moment d'une révolution complète dans les idées de Leibnitz relativement aux infiniment petits de l'espace ou du mouvement. Tandis que dans ïlliipolhesis, en poussant à rextrèmc la conception de Cavalieri, il inclinait à voir dans ces, infiniment petits des éléments en acte et, en quelque sorte absolus, quelque soin qu'il ait })ris d'ailleurs de soutenir qu'ils n'étaient jamais des minima, toute dangereuse équivoque allait cesser d'emblée quand il allait comprendre que l'élément d'une courbe est toujours une courbe, l'élément d'une vitesse toujours une vitesse, mais susceptibles seulement de diminuer sans fin, ou, ce qui revient au même, d'être toujours plus petites que toute grandeur donnée. Ce ne sont donc pas des points, puisqu'au contraire ce sont toujours des grandeurs, limitées par des points, comme toutes les grandeurs. Et en \a'm chercherait-on soit dans ces différences d'clcnduc on de durée constamment décroissantes, soit dans le point et l'instant qui en sont les limites, mais qui

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