Reg., II
LA MÉTHODE DE DESCARTES
les opérations qui lui sont propres, qui dominent tous les procédés arithmétiques ou géométriques, el qui en sont pour ainsi dire, comme de tous les autres procédés scientifiques, les conditions universelles, et vraisemblablement fort simples el fort réduites en nombre.
Ces conditions, en réalité, sont au nombre de deux, Vinluition et la déduction ; mais le fait est qu'on remarque bien plus souvent la seconde que la première. C'est une opinion commune, en effet, et d'ailleurs très vraie, que la méthode mathématique consiste « in consequenliis ralionabililer deducendis », c'est-à-dire dans la déduction ; mais pour que la déduction soit rationnelle, c'est-à-dire apodictique et démonstrative, encore faut-il qu'elle parte originairement d'un objet si pur et si simple (obiectum iia purum et simplex) qu'il force pour ainsi dire l'adhésion de l'esprit. Or l'opération par laquelle l'esprit donne son adhésion à un objet qui s'impose par le double caractère de sa pureté et de sa simplicité est l'intuition, et cette opération est rationnelle : elle ne relève ni des sens, ni de l'imagination, elle n'intéresse que l'entendement et même l'entendement pur : « Per intuitum inlelligo, dit Descartes à la reg. III*, non fluctuantem sensuum fidem, vel maie componentis imaginationis judicium fallax, sed mentis purae et attentae tam facilem distinctumque conceptum, ut de eo quod intelligimus nuUa prorsus dubitatio relinquatur ; seu quod idem est, mentis purae et attentae non dubium conceptum, qui a sola rationis luce nascitur, et ipsamet deductione certior est. »
Ainsi l'intuition est plus certaine que la déduction ellemême : et sa certitude vient, d'abord de ce qu'elle est rationnelle (a sola rationis luce nascitur), privilège, on va le voir, qu'elle partage avec la déduction, mais en outre de ce qu'elle s'adresse à un objet plus immédiat que l'objet même de la déduction, à un objet si simple et si parfaitemont distinct dans la représentation que nous en avons