‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 127 sur 319 · LA CRITIQUE DE LEIBNITZ · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE DE LEIBNITZ

Des diverses critiques dirigées par Leibnitz contre la philosophie de Descartes, l'une des plus remarquées est celle qu*il a faite de la célèbre preuve de l'existence de Dieu, développée dans la cinquième Méditation. Ce n'est pas que cette preuve lui parût manquer de force : dans sa philosophie définitive on peut dire au contraire qu'elle occupe le premier rang, et que toutes les autres, sans elle (notamment la preuve a contingentia mundi), resteraient incomplètes ou même sans valeur. Mais dès qu'il en eut pris connaissance, lors d'une première lecture approfondie qu'il fit à Paris des œuvres de Descartes, s'il fut frappé de ce qu'elle renfermait d'excellent, il le fut en même temps d'un défaut radical qu'il prétendait y voir, et qu'il a maintes fois relevé en ces termes : la première condition pour que de l'idée d'un être souverainement parfait on puisse légitimement déduire qu'il existe, c'est qu'une telle idée n'enveloppe aucune contradiction, ou, ce qui revient au même dans la pensée de Leibnitz, c'est que Dieu soit possible 2.

1. Extrait de la Revue de Métaphysique et de Morale, numéro de juillet 1896.

2. Voy. notamment Colloqmum cum Eccardo de 1677, Gerhardt, Philos. Schriilen, t. 1, p. 213 sqq ; — diverses pièces contre le cartésianisme, IV, p. 293, 359, 402 sqq ; — enlin Meditationes de Cognilione...^ p. 424.

En un tel sujet, moins qu'en aucun autre, un préjugé favorable, tiré de l'apparente clarté de la notion du parfait, ne saurait suffire : et Leibnitz à ce propos cite les notions en apparence très claires, et pourtant contradictoires, du « plus grand de tous les cercles » et du « mouvement de la dernière vitesse i ». De la possibilité de Dieu, c'est donc une preuve en règle qu'il fallait apporter : et c'est ce dont Descaries, abusé par le critère insuffisant de la clarté de nos idées 2, a commis la faute grave de ne point se soucier.

De là vient que sa démonstration a pu passer pour un sophisme aux yeux de quelques-uns. L'accusation est excessive. Tout ce qu'on en peut dire, c'est qu'elle est imparfaite 3.

Mais en y ajoutant le complément nécessaire, on peut en outre la débarrasser d'une complication qui la rend vulnérable sur un autre point, et lui donner à la fois plus de simplicité et de solidité. Descartes raisonne ainsi : l'être dont j'ai l'idée est l'être tout parfait, c'est-à-dire un être dont la nature enveloppe toutes les perfections ; or l'existence en est une ; donc à la nature d'un tel être appartient l'existence. Mais, devançant ici la critique de Kant, Leibnitz demande dès 1677* la preuve de la mineure, et la déclare impossible : à moins d'aller jusqu'à soutenir, comme semblent l'avoir fait certains cartésiens, et notamment Eckhard, l'interlocuteur (en 1677) et le correspondant de Leibnitz, que l'existence est la perfection même et le néant l'imperfection {ens perlectum est ens pururriy quod nullo modo est non-ens)^y il faut renoncer à saisir aucun lien d'identité, aucun lien analytique entre l'être et le parfait. La perfection n'est pas, ainsi que le dit Leibnitz en une formule frappante, dans le fait brutal d'être ; autre-

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