‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 252 sur 319 · Gerh., PhiL, I · texte numérisé non relu

Gerh., PhiL, I

2. «< ...Quacque alia multa spero me demonstralurum in iis, qme molioi., Elementis de Mente. » Ibid., I, 73.

3. « Mcine Elomenta philosophica de Mente (denn wir bishehr nùr philosophiam de Corpore habenj... verlangen ùnterschiediiche Irefïliche Leut au.sgeinacht zu schen. » t^aris, 20 mars 1673. IhkL, I, 67.

ÉTUDES d'histoire DE LA PHILOSOPHIE.

résultat, qui restera le propre de la philosophie de Leibiiitz à toutes les époques de sa vie, sauf les modifications internes de la doctrine, à savoir : 1° qu'il n'y a rien dans le mouvement, et par conséquent dans le corps, lequel n'est autre que le mouvement, dont il ne soit possible de rendre rigoureusement compte par des raisons géométriques, d où suit précisément la nécessité d'une Phoronomia elementalis ; et pourtant 2^ que le mouvement postule, avant de se réaliser dans l'espace, des causes qui dépassent toute géométrie, parce qu'elles sont supérieures à la pure étendue. El la raison en est que Leibnitz pressentait déjà, quoique confusément, que si le développement de toute réalité aboutit pour nos sens à une certaine détermination de l'espace et trouve ainsi dans l'ordre des phénomènes comme il dira plus lard, une expression géomélrique exacte et rigoureuse, il s'en faut cependant qu'on soit dispensé par là de chercher le réel au delà de l'idéal, ou au delà de l'expression l'origine de ce qui s'y exprime. Et de là vient, selon nous, celte liaison intime de la doctrine de l'esprit à la doctrine du mouvement, dès lors qu'aux yeux de Leibnitz, ce dont l'action réelle s'exprime dans le mouvement n'est, comme on va le voir, rien d'autre que l'esprit.

A le considérer d'un premier point de vue, nul n*a le droit cependant de relever dans le mouvement un élément quelconque qui ne soit géométrique, et ce serait notamment tomber dans une grave erreur, produite par la signification équivoque d'un mot, que de prêter d'emblée au conalus de la Theoria molus abslracli, comme esl tenté de le faire un lecteur inallenlif, le rôle qu'aura par exemple l'appélition, l'énergie ou l'effort, dans la Monade de la doctrine future. Pour le rappeler brièvement, de même que le mouvement n'est rien que « mutalio loci ou spalii », ce qui conduit Leibnitz, trompé, comme il le remarquera lui-même, par sa tendance abusive à ne voir dans le mouvement que ce qu'y peut saisir le géomètre, à n'y considérer que la vitesse, de même le conatus n'est encore

LA PREMIÈRE PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ

loo

qu'une vitesse, considérée dans un instant plus court que toute durée donnée : « Velocilas sumpla cum direclione, écrira-t-il encore en 1695 *, conalus appellatur » ; du conatus au mouvement, il n'y a donc pas d'autre différence que du point à la ligne, de la ligne à la surface, de l'instant à la durée, bref que de l'indivisible ou de l'inélendu à retendu, ou, pour parler le langage des modernes, de la différentielle à l'intégrale, et de l'élément à la somme des éléments. Dans cette réduction du mouvement à ses éléments différentiels, où nous trouvons le premier et remarquable emploi de l'analyse infinitésimale par Leibnitz, qui s'inspire d'ailleurs directement de Hobbes et de Cavalieri, ce serait donc méconnaître entièrement sa pensée que de voir un passage, ou du moins un passage direct et immédiat, du géométrique au métaphysique. Différentier la vitesse, c'est définir encore une vitesse, quoique infiniment petite ; et, à le prendre dans sa signification précise, le conalus n'est rien encore qu'un mouvement, par lequel seulement est parcouru un chemin plus petit que toute longueur donnée dans un instant plus court que toute

durée finie.

Cependant le passage que l'analyse toute seule ne saurait franchir, il faut pourtant reconnaître qu'elle nous y prépare et qu'en quelque manière elle nous y contraint. Si, d'une part, en effet, il faut dire du mouvement qu'il est dans le temps ce qu'est dans l'instant le conatus, et s'il se trouve ramené, par la vertu même de l'analyse différentielle, à n'être qu'une somme de vitesses élémentaires, comme toute durée finie est une somme d'instants, c'est, d'autre part, la définition môme d'une vitesse élémentaire de ne pouvoir durer au delà d'un instant : « nuUus conalus sine motu durât ultra momenlum^. » En tant qu'indivisible, et en tant qu'il n'est qu'une étendue infiniment petite parcourue dans un temps infiniment petit, en tant, en d'autres termes, qu'on est tenu de n'y voir que ce qui y

Page 1