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Conlessio nalurac, ibid., IV

180 ÉTUDES DHISTQUIE DE LA PHILOSOPHIE

en meltanl en éveil sa réflexion critique sur les principes de la science, les amène à ce point où ils ne sont, à ses yeux, en mesure de suffire à l'explication des phénomènes, qu'autant qu'Us trouvent eux-mêmes leur fondement dans l'esprit et en dernière analyse dans cet esprit suprême ordonnateur et gouverneur du monde qui est Dieu. Sans porter nulle atteinte à la rigueur de la science, mais au contraire en conduisant Leibnitz à en élucider et à en approfondir les principes, la préoccupation de l'immortalité de l'âme et de l'existence de Dieu est donc partout présente dans sa philosophie : et de même qu'elle en est l'un des principes de vie, de même îl s'est trouvé, par un retour naturel et par une sorte de compensation, que la doctrine de l'esprit, comme nous l'avons déjà vu, et la doctrine de Dieu, comme nous allons le voir, profitôrcul chez lui de tous les développements et de tous les progrès qu'il fit peu à peu dans la science de la nature. Même en ce qui regarde cette dernière, et pour qui croit que la philosophie de la nature est sinon le tout, du moins la principale parlie de la vraie philosophie, c'est donc faire une œuvre importante que d'étudier sur Dieu la pensée de Lcibnilz.

La première preuve en forme de l'existence de Dieu qui s'offre à nous dans ses œuvres de jeunesse, est celle qui se trouve en tôle de la Disserlalio de arle combinalona. Il faut noter, d'ailleurs, qu'elle ne se rattache en rien à ce qui fait l'objet de celte dissertation, et qu'elle y est ainsi, selon les propres termes dont se sert Leibnitz, comme un pur et simple « additamentum * ». Mais le fait mOmc qu'il so décide à l'imprimer en tête de la première œuvre de philosophie qu'il publie n'esl-il point justement la preuve suffisante qu'une telle démonstration le préoccupe, qu'elle s'est offerte souvent à ses méditations, et qu'il saisit comme op-

1. Synopsis dissertationis. « Additamentum : Demonstratio existenliae Dei. •» Gerh., P/iil., IV, 31.

LA PREMIÈRE PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ

portune la première occasion de la faire connaître ? C'est le temps où le mécanisme, sous la forme la plus simple, sous celle où il propose de rendre compte de toute la nature par la grandeur, la figure et le mouvement, a séduit son esprit ; et si à l'atomisme il donne son adhésion, c'est qu'il est l'expression et comme l'illustration la plus claire et la plus vraisemblable de ce premier principe. Reste à savoir seulement, et c'était pour l'esprit religieux de Leibnitz une question d'importance, si le mouvement qui, dans le monde, semble suffire à tout, n'y rendrait point l'action de la Divinité par là même inutile et du même coup son existence tout à fait illusoire. La preuve qu'il oppose à cette manière de \oir est remarquable à plus d'un litre : en premier lieu par la prépondérance qu'il n'hésite point dès lors ù reconnaître au mouvement : n'est substance, selon lui, que ce qui relève du mouvement, soit parce qu'il le produit, soit parce qu'il le subit : « Substantiam autem voco, énonce-t-il dans la définition 2, quicquid movet aut movetur *. » Mais en faut-il conclure, en vertu de l'axiome selon lequel dans la nature tout ce qui est mû l'est par un moteur étranger 2, que le mouvement ne suppose qu'une suite infinie de mouvements antérieurs, et qu'il suffise ainsi à soi comme à tout le reste par son éternité? Ce serait, selon Leibnitz, entrer en contradiction avec le principe même du mécanisme, énoncé dans l'axiome. Rattacher, en effet, le mouvement d'un mobile A au mouvement d'un mobile B comme ù sa condition, puis celui du mobile B à celui d'un mobile C, et reconnaître ainsi l'existence du mouvement dans chacune et dans toutes les parties de l'univers, sans exception, ce n'est point se dispenser de chercher le moteur du tout qu'elles constituent, et c'est tout au contraire, en vertu de l'axiome, s'obliger à le chercher en dehors de ce tout : il est donc une substance, puis-

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