‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 46 sur 319 · vol. 1" Section, ch. 1. De philosophia · texte numérisé non relu

vol. 1" Section, ch. 1. De philosophia

3. Cette préoccupation de la méthode est commune à toutes les écoles du xvir siècle : les philosophes de ce temps pressentent Que la pensée philosophique a besoin d'être dirigée par l'attention fixée sur un but unique poursuivi, comme si l'on voyait nettement déjà que la réflexion et la volonté sont au fond de toute certitude.

4. « Philosophia est effecluum sfve phaenomenàiv («te) ex conceptis eorum causis seu generationibus, et rursus generalionum quae esse possunl ex cognitis effectibus per rectam ratiocinationem acquisita cognitio. ■ Logica^ § 1.

ÉTUDES d'histoire DE LA PHILOSOPIIIE.

précise et définitive, car il la reproduit en plusieurs endroits de ses œuvres. Au premier abord, elle paraît concorder difficilement avec l'idée qu'on se fait d'ordinaire de la philosophie ; il n:y est parlé ni de premiers principes ni de premières causes, et c'est une omission sans aucun doute volontaire : elle caractérise dès le début l'empirisme et le matérialisme de Hobbes, qui prétend, comme son aîné et contemporain Bacon, et comme les positivistes modernes, s'en tenir aux phénomènes et à leurs explications physiques. A la métaphysique de l'antiquité et du moyen Age, les fondateurs de la philosophie anglaise inclinent visiblement à substituer une physique.

Toutefois, si Hobbes eut, avant Auguste Comte, l'idée que la philosophie doit devenir de plus en plus une science identique aux autres sciences, et ayant pour objet les plus hautes généralisations de la science i, la définition que nous venons de rapporter est remarquable en ce qu'elle renferme des traits qui caractérisent la recherche philosophique et la distinguent de la connaissance purement empirique et scientifique.

D'abord la connaissance des faits, abstraction faite de leurs causes ou plutôt de leur explication, ne saurait constituer la philosophie : la sensation et le souvenir, communs aux hommes et aux animaux, sont, si l'on veut, des connaissances, mais n'entrent point dans la philosophie, parce qu'ils sont des données immédiates fournies à l'esprit par la nature, et qu'ils ne sont point acquis par l'exercice de la raison et du raisonnement ^ ; pour la même raison, V expérience, qui n'est que la mémoire indéfiniment pro-

1. V. Léviathan, I, eh. ix, De scientiarum dislributione. Hobbes \ définît la science la connaissance des conséquences, par opposition à l'expérience qui n'est que la connaissance des faits ; et la philosophie, dit-il, est la réunion des sciences, leur synltiôse : « Clonscriplio ejus (scientiae) appellari solet Philosophia. »

2. « Ad quam défini tionem intelligendam, considerare oportet primo sensionem atque memoriam rerum, quae communes homini sunt cum omnibus animanlibus, etsi cognitiones sint, tamen quia dalae sunt stalini a natura, non ratiocinando acquisitae, non esse Philosophiam. » 1" vol. 1" section, Logica\ I, § 2.

LA PHILOSOPHIE DE HOBBES

longée, la prudence, qui n'est que la prévision de l'avenir, ne font point partie de la philosophie. Il en faut donc exclure Y histoire, tant naturelle que politique, parce qu'elle est affaire d'expérience et non de raisonnement, Vastrologie et toutes les sciences du même genre ^, Pour une raison inverse, la philosophie exclut toutes les sciences qui cherchent une explication de leurs objets en dehors des causes naturelles, et qui ne peuvent dès lors rendre compte de leur genèse ou génération (« generatio »), par exemple la théologie, dont l'objet. Dieu, est inexplicable (« in quo... nulla generatio intelligi potest »), et la doctrine sur les anges *.

Ce qui constitue la philosophie, c'est le raisonnement ; (« ratiocinatio » — « Philosophia est per rectam raliocinationem acquisita cognitio ») — et le raisonnement n'est pas autre chose que le calcul (« computatio » — sive logica), avec ses deux procédés essentiels, addition et soustraction, appliqué non seulement au nombre, mais encore à la grandeur, au corps, au mouvement, au temps, aux degrés de la qualité, aux rapports, voire aux concepts eux-mêmes, aux idées, aux mots 2. Juger, c'est additionner deux ou plusieurs idées. Exemple : Vhomme est un animal raisonnable, n'est que l'addition des trois idées suivantes : corps + animé + raisonnable. Raisonner, c'est additionner plusieurs jugements. Philosopher, c'est, par une série convenable de calculs, refaire la somme représentée par les idées qui se rapportent aux êtres de la nature, véritables effets et véritables phénomènes, en additionnant les termes simples qui s'y trouvent totalisés : ce sont ces termes simples qui sont la raison des êtres, comme les parties aliquoles d'une somme sont la raison de cette

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