De Corpore, IV, ch. xxv, § 8. . ... «^ «,„ii
6. « Experienlia aulem est phantasmalum copia orta ex mullarum rerum sensionibus. « De Corpore, IV, ch. xxv, § 8.
LA PHILOSOPHIE DE HOBBES
Association des idées
Il arrive fort souvent que l'imagination (et c'est ainsi que se la représentent le plus souvent les philosophes) enfante une multitude de fictions sans lien, comme une eau agitée par des forces multiples prend des figures et des mouvements divers^.
Mais, quoi qu'on en dise, dans cette variété et cette succession d'images très semblables ou très dissemblables, il y a de l'ordre : car les mouvements des diverses parties du corps sont liés par la continuité ; un mouvement réveille des images, qui reviennent dans l'ordre où la sensation les a données autrefois *.
Les conceptions de l'esprit, ou images, ou idées, constituent ainsi une série ordonnée^ continue et indélinie qu'on pourrait appeler discours mental {discursus menialis, par opposition au discursus verbalis)^.
Ce n'est pas au hasard que les idées se suivent ; toute séquence de deux pensées dans la mémoire a été donnée telle au moins une fois dans l'expérience ; la raison en est que toutes les images sont des mouvements internes, et ces mouvements s'engendrent toujours dans le même ordre, « propter cohaesionem materiae motae » ; mais comme l'expérience a donné après telle pensée tantôt une pensée, tantôt une autre, il est difficile de dire en chaque cas donné laquelle va suivre.
Or il existe deux sortes de séries de conceptions, l'une irrégulière, « séries cogitationum irregularis », où l'esprit n'est dominé par aucune idée, aucune passion, aucun but. Les idées suivent alors ou paraissent suivre au hasard, comme dans le sommeil ou la rêverie ; pourtant il se cache sous cette irrégularité apparente une méthode et un ordre ;