‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 147 sur 340 · LA POLOGNE ET LE SAINT-SIEGE · texte numérisé non relu

LA POLOGNE ET LE SAINT-SIEGE

DU X^ AU Xlir SIÈCLE

Par Paul FABRE

La Pologne était à peine chrétienne que des relations d'un caractère tout particulier s'établissaient entre elle et le Saint-Siège.

Une curieuse Notice des droits temporels de l'Eglise romaine, compilée au temps de Grégoire VII sur les documents originaux alors conservés dans les archives pontificales', contient la mention suivante :

Item in alio tomo sub lohanne XV papa, Dagome judex et Ote senatrix et filii eorum Misica et Lambeitus, nescio cuius gentis homines, puto autem Sardos fuisse quum ipsi a un iudicibus regantur, leguntur beato Petro contulisse civitatem in integrum que est Schinesghe cum omnibus suis pertinentiis infra hos affines sicuti incipit a primo latere longum mare fine'sî Bruzze usque in locum qui dicitur Russe et fines Russe extendente usque in Craccoa et usque flumen Odere, recte in locum Alemure et ab ipsa Alemura usque in terram Milze et a fine Milze intra Odere et exinde ducente iuxta flumen Oddera usque in predictam civitatem Schinesghe ^.

Cette géographie a paru bien insolite au rédacteur de la Notice : (( J'ignore, dit-il, à quelle nation appartiennent ces personnages ; je

1. Sur cette notice, voy. mon Etude sur le liber Censuum de l'Eglise Romaine, 1892, p. 21.

2. Imprimé par Martinucci, dans son édition de la Collectio canoiium de Deusdedit (Venise, 1869), p. 3 19: mais le texte en est fautif, et j'emprunte ma citation directement au ms. Vat. lat. 383 3. — Cf. Bielowski, Mon. Polonix historica, I, p. 148 ; Hasselbacli, Cod. Pomeranise diplomaticus, n" 5o3; Giesebrecht, dans les Baltisclie Studien, vol. IV, fasc. I, 1845 (XI* année); Zeissberg, dans VArchiv fiir oesterreichische Geschichte, t. XXXVllI, p. iio.

De la collection canonique de Deusdedit ce document est passé, avec le chapitre dont il fait partie, dans les Gesta pauperis scholaris Albini, d'où il est entré dans le Liber Censuum de Cencius. C'est d'après Cencius que Muratori l'a publié [Antiquit. ital. medii xvi, t. V, col. 83 1 C).

i64 PAUL FABRE

croirais volontiers que ce sont des Sardes, puisque les Sardes ont en effet quatre princes à leur tête ». Mais à la fin du siècle suivant les clercs romains étaient mieux renseignés. En 1189, le cardinal Albinus insérant dans sa collection canonique la Notice grégorienne ne songe plus à placer en Sardaigne les pays dont il est ici question : il sait qu'il s'agit de la Pologne, et il le dit '.

Le passage de la Notice peut donc se traduire ainsi : « Dans un autre diplôme sur papyrus, du temps du pape Jean XV, on lit qu'un prince nommé Dagome, sa femme Ota", et leurs enfants Misica et Lambert ont donné à saint Pierre une cité qui s'appelle Gnesen 3, avec toutes ses dépendances , dans les limites qui suivent : d'un côté le littoral, de l'autre la Prusse "^ jusqu'au pays dit Russie et la Russie jusqu'au pays de Cracovie et jusqu'à TOder ; au delà de l'Oder, la contrée dite Alemura et la terre de Gœrlitz et de nouveau le cours de l'Oder jusqu'à la hauteur de la cité de Gnesen. »

Il y a ici plusieurs difficultés. Le pays d' Alemura nous est à peu près inconnu 5, et, ce qui est plus grave, le nom de Dagome est étranger à l'histoire de Pologne. Le texte de la Notice est cependant formel : l'acte qu'il analyse est du pontificat de Jean XV, c'est-à-dire des années 985-996. En ce temps-là, il y a eu en Pologne une princesse nommée Oda ou Ota^, femme en secondes noces ^ du duc Mieszko,

1. Après le mot « Schinesghe », il ajoute : « de provincia Polanorum ». Les Gesta pauperis scholaris Albini, contenus dans le ras. Ottob. lat. SoSy (Bibliothèque Vaticane), sont encore inédits; je crois savoir que M. von Ambros se prépare à en donner une édition — Sur la collection d'Albinus, ses sources, sa composition et sa date, voy. mon Etude sur k Liber Censuuin de l'Eglise romaine, p. 10-19.

Le Liber Censuum porte en marge la rubrique « In Polonia » .

2. Il est à peine besoin défaire remarquer que le titre de « judex » donné à Dagome et celui de « senatrix » appliqué à Ota sont des titres tout romains ; ils ne signifient rien autre chose que «prince» ou « princesse ».

î. J'écris sans hésiter Gnesen, bien qu'Hasselbach, voulant tout ramènera la Poméranie dans son Codex Pomeraniae diplomaticus, veuille voir dans « Schinesghe » la ville de Stettin. — Je ne saurais dire d'ailleurs si par le mot littoral il faut entendre le rivage même de la Baltique ou seulement la région voisine de la mer, c'est-à-dire la Poméranie ; la Poméranie tout entière a donc pu se trouver en dehors des limites tracées par l'acte de donation.

4. Le ms. de Deusdedit porte « Bruzze »; mais les autres textes dans lesquels la Notice nous est parvenue donnent tous « Pruzze » (ms, Vat. lat. 1984, polyptyque du chanoine Benoît, collection d'Albinus, Liber Censuum de Cencius).

5. Dans un mémoire sur « l'Inscription tumulaiie de Boleslas Chrobry », lu à l'Académie de Cracovie le i5 juin 1896, M. Ch. Potkainski propose de voir dans ce pays d' Alemura les confins de la Bohême septentrionale, habités par les Lemuri.

M. Potkainski juge d'ailleurs que la frontière marquée dans la Notice grégorienne est tout à fait conforme aux divisions ethniques. Longeant d'abord la Mazovie, elle sépare ensuite, à la hauteur de la rivière Chotcza et de la ville actuelle de Przedborz (sur la Pillica), la terre de Sieradz de celles de Cracovie et de Wiziica; elle atteint ainsi l'Oder, qu'elle coupe vers la ville de Brieg et le mont Sobotka, touche la Bohème aux Riesen Gebirge, et, laissant à l'ouest le pays de Gœrlitz, suit la vallée de la Bober, pour aboutir de nouveau à l'Oder aux environs de Crossen.

6. Elle était fille de Thierry, margrave de Brandebourg, et elle quitta le couvent pour épouser Mieszko (Voy. la chronique de Thietmar, liv. IV, cap. 36).

7. La première était morte en 977 (Cf. AnnalistaSaxo, ad ann, 986).

LA POLOGNE ET LE SAINT-SIÈGE DU X« AU XIII» SIÈCLE i65

à qui elle donna trois fils : l'un s'appela Mieszko, comme son père; un autre Sventopulk ; le nom du troisième ne nous est point parvenu'. Avec Ota apparaissent dans notre document deux de ses fils : Mieszko (sous la forme latinisée Misica) et Lambert, qu'on peut supposer être le fils dont le nom manque à la chronique de Thietmar, à moins qu'on ne préfère voir dans ce vocable une transcription germanique du nom de Sventopulk, ou simplement un surnom". En l'année 992, le duc Mieszko P"" meurt et il est remplacé par son fils Boleslas Chrobry-\ né d'un précédent mariage ; celui-ci réunit sous sa main toute la succession paternelle, et expulse sans merci ses frères et sa belle-mère '. C'est donc seulement entre 985 et 992 que peut se placer l'acte analysé par la Notice ; mais alors il faut, de toute nécessité, voir dans le Dagome des documents romains le duc Mieszko I*^'-.

Ce duc Mieszko est le premier prince chrétien de la Pologne. Converti par l'influence de sa femme Dobrovca, fille du duc de Bohême*^, il a dû être rapidement initié à une pratique déjà vieille dans l'histoire de l'Europe occidentale : la recommandation à saint Pierre et au

1. « Haec genuit viro suiraet très filios Mizeconem, Suentepulcum et... » (Thietmar, IV, 36).

2. Voy. Giesebrecht, Wendische Geschichte, 1843, 1. 1, p. 232-233. — Dans un récent ouvrage ['W . Abraham, Organizacya Kosciola w Po/sce, Léopol, 1893, p. 36), on a émis l'hypothèse que le nom de Lambert pourrait bien n'être qu'une forme germanique du nom de Mieszko. On lit en effet dans les Annales capituli Cracoviensis, a propos de l'avènement de Mieszko II, fils de Boleslas : « Primus Boleziaus rex Magnus obiit. Lambertus filius ejus succedit. >> Miezko II est donc appelé ici Lambert {Mon. Germ. Script., t. XIX, p. 586).

On voit en tous cas le nom germanique de Lambertus pris comme surnom par les Polonais (Lantpertus = glorieux dans son pays). En 1061, le prêtre Zula étant devenu évêque de Cracovie, « tune cognominatus est Lambertus » {Annales capituli Cracoviensis, Mon. Germ. Script., t. XIX, p. 587, cap. 20).

3. Voy. Nécrologe deFulda.ad ann. 992 (Mon. Germ. Script., t.Xin,p. 206).

4. Thietmar, VI, 36 (Mon, Germ. Script., i. III, p. 784,!. 26-28).

5. Le nom même de Mieszko n'était peut-être lui-même qu'un surnom, donné à celui que nous appelons Mieszko 1er. La forme latine Miecislaus donnée par Jean Dlugosz au nom de Mieszko n'apparaît jamais dans les documents ou les récits antérieurs à Dlugosz, qui semble l'avoir imaginée. Cf. Oswald Balzer, Genealogia Piastow (in-4°, Cracovie, 1895, p. 18).

Dans son Mémoire cité plus haut {Bulletin de l'Académie de Cracovie, i5 juin 1896), M. Potkainski noie que l'usage de traduire les noms propres d'une langue dans l'autre, était alors général. Aussi rapproche-t-il le radical allemand Dag (clai{, rayonnant, glorieux) du radical slave Mieszko qui paraît avoir eu la même signification.

M. Balzer dans saGenealogia Piastow (p. 25, note 3) me paraît faire fausse route par excès d'ingéniosité. Il explique la naissance du nom de Dagome par les deux premiers mots de l'acte ; il suppose qu'on y lisait Ego me... (comme c'était ordinairement le cas dans les serments d'hommage), et que la lettre D est une simple déformation du chrisme qui précédait le texte !

Au reste, l'interprétation de notre Notice a souvent exercé, durant les cinquante dernières années, la sagacité et surtout la fantaisie des critiques.

6. Cf. le récit de la Chronica Polonorum (Martinus Gallus), qui est aujourd'hui considéré comme l'expression la plus probable de la vérité sur ce point {Mon. Germ. Script., t. IX, p. 428). — Cf. Annales capituli Cracoviensis {Mon. Germ. Script., t. XIX, p. 585, 1. 28-29): Annales Polonorum [Mon. Germ. Script., t. XIX, p, 6i5, 1. 45-5o). Voy. làdessus l'article de Zeissberg Meseco der Erste, dans VArchiv fur oesterreichische Geschichte, t. XXXVHI, p. 47 et suivantes.

i66 PAUL FABRE

Saint-Siège'. C'était à la fois un acte de suprême déférence envers l'apôtre et un acte de légitime sauvegarde. Les terres dont on concédait au Saint-Siège le domaine éminent entraient, par le fait même, sous la protection de l'Apôtre ; toute violence, tout dommage était un attentat à la propriété de l'Apôtre lui-même et devait être puni par lui. Le paiement au Saint-Siège d'un cens récognitif marquait ordinairement le droit éminent de l'Eglise romaine : c'était le signe extérieur des relations réciproques de dépendance et de protection que la recommandation entraînait avec elle.

Ainsi en fut-il pour la Pologne, et il est intéressant de noter comment ce pays, qui devait être dans l'Europe orientale l'infatigable champion du Saint-Siège, s'est trouvé, dès l'origine, rattaché à l'Eglise romaine par des liens d'une nature toute particulière.

Jusque-là, à ma connaissance, c'étaient seulement des établissements ecclésiastiques (abbayes ou diocèses) qui se recommandaient au Saint-Siège et mettaient leurs biens sous la protection de la plus haute puissance morale qui fût au monde. La Pologne semble avoir été le premier État à entrer dans une voie qui allait être désormais suivie par plus d'un royaume.

Du cens payé par le duc de Pologne en raison de la donation faite de ses terres à l'Apôtre Pierre, nous avons deux témoignages, qui nous montrent que Boleslas Chrobry, successeur de Mieszko I",se considéra comme lié par l'engagement de son père et y resta fidèle.

En 1008, l'archevêque Bruno de Querfurt écrivait à l'empereur Henri II, à propos de Boleslas : « Sanctus Petrus, cujus tributarium se asserit ' ; et, cinq ans plus tard, Boleslas lui-même informait le pape Benoît VIII que les menées de l'empereur l'empêchaient d'acquitter le cens promis au prince des Apôtres ^

1. Dans son récent travail sur « l'Inscription tumulaire de Boleslas Chrobry» {Bulletin de l'Académie de Cracovie, juin 1896), M. Ch. Potkainski a émis une hypothèse qui mérite d'être retenue.

L'inscription tombale dont il est question date de la fin du xii« ou du commencement du xiu* siècle. On y lit : « Prxcidem comam septennii tempore Romam », ce qui signifie vraisemblablement que lorsque Boleslas, fils aîné de Mieszko ]«', eut atteint l'âge de sept ans (vers l'année 974) on lui coupa les cheveux pour les envoyer à Rome. Cette cérémonie symbolique avait un sens très précis, et ce n'était pas la première fois que Rome recevait ainsi la chevelure de princes qui se remettaient à son patronage et entraient dans sa sujétion.

Peut-être l'envoi de la chevelure de Boleslas accompagnait-elle un premier acte de Mieszko, par lequel le chef polonais se plaçait lui, son fils et ses terres sous la protection de l'Apôtre.

En ce cas on s'expliquerait pourquoi Boleslas n'est pas mentionné dans l'acte du pontificat de Jean XV, dont le résumé nous a été conservé. Si nous ne voyons apparaître dans la notice grégorienne que les enfants du second lit, cela tient, selon M Poikainski, à ce que Boleslas avait déjà figuré dans une première donation qui n'a pas laissé d'autre trace.

2. Dans Giesebrecht, Geschichte der deutschen Kaiserzeit, t. II (v= édition), p. 704 ; Mon. Pol. historica, t. I, p. 227.

3. « Insuper antea domno papae questus est per epistolae portitorem ut non liceret sibi propter

LA POLOGNE ET LE SAINT-SIÈGE DU X" AU XIIl» SIÈCLE 167

Cependant la hiérarchie ecclésiastique s'était constituée en Pologne. Il n'y avait eu d'abord qu'un évêque missionnaire, sans circonscription fixe, qui résidait à Posen '. Mais, dans les premiers mois de l'an looo, l'empereur Otton III vint à Gnesen prier sur le tombeau du grand apôtre saint Adalbert, et, d'accord avec Boleslas, il établit à Gnesen un archevêque avec trois sufTragants : à Cracovie, à Breslau et à Colberg; l'évêché de Posen ne fut pas compris dans la nouvelle province". Le pape Silvestre II fut évidemment consulté, mais il ne reste aucune trace de son intervention directe^.

Au moment où la Pologne paraissait ainsi définitivement entrée dans la vie chrétienne, une violente réaction païenne éclata, à la mort de Mieszko II, successeur immédiat de Boleslas, et l'interrègne sembla remettre en question toute l'organisation ecclésiastique du pays. L'évêché de Colberg disparut pour toujours ', et la primatie de Gnesen, qui était le signe et comme la garantie de l'unité ecclésiastique de la Pologne, subit une longue éclipse que le règne réparateur de Casimir (1041-1058: fut impuissant à conjurer.

A défaut de Gnesen, c'est Cracovie que Casimir semble avoir choisie pour ressusciter, en la personne d'Aaron, un archevêqueprimat de Pologne -\ La tentative n'eut pas de suite'', mais elle marque le besoin et le dessein de restaurer la hiérarchie polonaise. Et

<i latentes régis insidias promissum principi apostolorum Petro persolvere censutn. » (Thietmar, lib. VI, cap. 56.)

1. On voit apparaître à Posen, dès 968, un évêque du nom de Jordan; l'empereur Otton i'^'' le rattacha à la province de Magdebourg (Thietmar, II, 14; Annalista Saxo, dans Mon. Germ. Script., t. VI, p. 622).

2. '< Nec mora, fecit ibi archiepiscopatum , ut spero, légitime, sine consensu tamen prefaii « praesulis, [Posnaniensis scilicet] cujus diocesi omnis haec regio subjecta est ; committens eun- « dem predicti martyris fratri Radimo, eidemque subjiciens Reinbernum, Salsae Cholbergiensis <c ecclesiae episcopum, Popponem Cracuaensem, Johannem Wrotizlaensem, Vungero Posna- « niensi excepto. » (Thietmar, IV, 28.) — Cf. Annales Magdeburgenses {Mon. Germ. Script., t. XVI, p. 159, 1. 5 3-56) ; Gesta episcoporum Magdebur gensium [Mon. Germ. Script., t. XIV, p. 390, 1. 25-27.

3. La présence de cardinaux dans la suite d'Otton III à Gnesen, est seulement probable ; Thietmar nous apprend que l'empereur, se rendant à Gnesen, fit son entrée à Ratisbonne accompagné de dignitaires de la Cour romaine et de plusieurs cardinaux, mais il ne nous dit point que ces cardinaux aient suivi Otton jusqu'en Pologne (Thietmar, IV, 28).

Il est certain toutefois qu'Otton III tinta Gnesen un synode ecclésiastique [Annales Altahenses et Hildesheimenses, dans Mon. Pal. Hist., t. II, p. 762 ; Vila Meinwerci, cap. 7, dans Mon. Germ. Script., t. XI, p. 109).

4. Il ne survécut pas à la mort de son unique évêque, Reinbern, qui périt, avant l'année toi 2, au cours de son apostolat chez les Ruthènes (Thietmar, VII, 52).

5. Voy. Annales Cracovienses compilati (Mon. Germ. Script., t. XIX, p. 587, I. 14) et Annales Polonorum (ibid., p. 620, 1. 18 et 621,1. 29) : « Aaron archiepiscopatus privilegio insignitur. >> — D'après les mêmes sources, le pape Benoit IX aurait donné son plein assentiment et Aaron aurait été consacré à Cologne.

Adam de Brème, à l'année io5 5, parle d'un évêque girovague qui ordinari meruit a quodam Polonias archiepiscopo [Mon. Germ. Script., t. VII, p. 340).

6. Les Annales Cracofienses compilati et les Annales Polonorum disent formellement que le successeur d'Aaron ne prit pas le titre d'archevêque.

i68 PAUL FABRE

en même temps Casimir rétablissait avec le Saint-Siège les rapports qu'avait créés la donation de Mieszko I^"" : l'imagination populaire en fut si vivement frappée, qu'elle attribua à Casimir l'institution même de la redevance: c'est la version traditionnelle chez tous les historiens à partir du xiii^ siècle \ Il semblait donc que l'étroite union avec Rome et le paiement du cens à l'Apôtre fussent comme la condition d'existence ou l'accompagnement nécessaire d'une Eglise nationale en Pologne.

Pourtant les efforts de Casimir furent vains. Grégoire VII écrivait encore en loyS au duc Boleslas II Smialy : « Episcopi terrœ vestrx,non habentes certiim metropolitanœ sedis lociim, nec siib aliquo positi magisterio, hue et illue pro sua quisque ordinatione vagantes, ultra régulas et décréta sanctorum patrum Uberi sunt et absoluti; deinde vero inter tantam hominum multitudinem adeo pauci sunt episcopi et amplœ singulorum parœchix, ut in subjectis plebibus curam episcopalis offîcii nullatenus exequi aut rite administrare valeant ~. » Et Grégoire envoyait en Pologne des légats pour réorganiser la malheureuse Eglise "\

Le duc d'ailleurs restait fidèle aux engagements de ses prédécesseurs. Dans la même lettre, le pape le félicite de son dévouement à l'Apôtre : saint Pierre lui saura certainement gré des généreuses offrandes qu'il lui a fait parvenir *.

Ces offrandes ne constituent, à ce qu'il semble, (pour me servir d'une expression usitée en Angleterre un siècle plus tôt) qu'une sorte

1. A commencer par la Vita minor de saint Stanislas, qui est de l'année i2 3o (cap. 24): « Denique papa Benedictus. . . ducem Kazimirum ad tenenda regni Polonias gubernacula « redire decrevit... ob cujus dispensationis benefîcium ac recordationis memorabile signum i< indictum est Polonis ut in tonsura rotunda conformarent se moribus religiosorum, Sta- « tutum est nichilominus ut censura solverent, quod vocatur Swatopetrse, beati Pétri ecclesias « Romae pro alendo lumine >» [Monuinenta Poloniœ historica, t. IV, p. 272 ; Mon. Gerin. Script., t. XXIX, p. 5o6, 1. 14-17). — Cf. Chronicon Polono-Silesiacum, Mon. Germ. hist. Script., t. XIX, p. 559; Chronica principum Polonix {Mon. Polon. historica, t. III, p. 446); Chronica Polonix majoris (Ibid., t. II, p. 285).

Dlugosz a naturellement suivi l'opinion traditionnelle.

2. Jaffé, Monumtnta Gregoriana, p. 196-197. — Jaffé-Lœwenfeld, Reg. pont. Rom., n" 4958.

3. « Pro bis igitur et aliis causis hos legatos ad vos direximus. » — Tout le monde est d'accord pour voir une faute de texte dans le chiffre XV donné par Lambert d'Hersfeld comme étant celui des évêques qui assistèrent au couronnement de Boleslas Smialy (Mon. Germ. Script., t. V, p. 253.

4. « In hoc cognoscimus quod excellentia vestra beatum Petrum principem sinceris affec- > tibus diligit et ad reverentiam ejus ardenti spiritu dilatatur, quoniam graluita devotione « vestris eum oblationibus honorantes, debitorem vobis fieri desiderasiis et, sicut in Domino « confidimus, promeruistis. »

Quelques-uns même ont pensé que les offrandes de Boleslas Smialy constituaient un tribut promis par lui en raison de son couronnement ; peu de temps auparavant le duc de Bohême Spitignée s'était engagé à payer une redevance au Saint-Siège en retour du droit qu'on lui concédait de porter la mitre (Etude sur le Liber Censuum, p. u3).

Page 1