Nous n'avons pas pu faire l'identificaiion
canton de Vézelise, arrondissement de Nancy ; mais l'identification est loin d'être certaine. Le duc Thierry aida seulement de ses deniers à construire l'église. Il abandonna les cens qu'il levait sur quelques-uns de ses alleux, et notre charte nous énumère quels étaient ces alleux; ils se partagent en deux groupes : l'un autour de Nancy, l'autre autour de Sierk ; ce sont les noyaux des deux bailliages futurs de Nancy et d'Allemagne. Un serf habitant sur chaque alleu doit rassembler ces redevances et les apporter aux moines.
La charte est souscrite par trois personnages. D'abord Walterius advocatus. Il est assez malaisé de dire ce qu'il faut entendre ici par advocatus. S'agit-il d'un voué laïque, chargé de protéger les biens d'un monastère ou d'une église? S'agit-il, au contraire, d'un véritable chef de la ville de Nancy, comme cet advocatus civitatis Leucorum qui, dans un diplôme contemporain, est opposé aux voués des deux monastères de Saint-Evre et de Saint-Mansuy, situés en cette ville'.'' Cette dernière hypothèse nous séduit beaucoup; bien entendu, dans notre pensée, ce voué de Nancy était nommé par le duc. Sur le second personnage, Odelardus, nous n'avons aucun renseignement. Quant au troisième, Drogo ou Dreu, nous le retrouvons dans l'acte suivant où il porte le titre de sénéchal. Le sénéchal sera plus tard l'un des grands officiers du duc de Lorraine; il ne semble pas qu'au XP siècle cette dignité ait déjà eu dans notre région une telle importance, puisque la souscription de Drogon ne se trouve ni ici ni dans l'acte suivant au premier rang. Au xii^ siècle, un certain nombre de chartes mentionnent un sénéchal qui porte le nom de « Drogo de Nanceio ^ ». Il fut l'un des bienfaiteurs de l'abbaye cistercienne de Beaupré où il se retira en i 177. Peutêtre ce Drogon est-il le fils de celui qui souscrit les chartes de Molesme. La famille de Lenoncourt revendique Drogon de Nancy comme son ancêtre'; mais ses prétentions généalogiques ne nous paraissent pas fondées.
//. Le duc de Lorraine, Thierry /^% décide que la nouvelle église construite à Nancy et donnée à Notre-Dame de Molesme paiera chaque année à ce monastère un cens d'un marc d'argent, tant qu^elle restera prieuré. Le prieuré ne pourra devenir abbaye que du consentement de l'abbé de Molesme, et en ce cas il appartiendra à l'abbé de Molesme de nommer l'abbé de Nancy et de le déposer, s'il n'obéit pas à ses justes remontrances. Qjac si
1. En 1072. A coté des voués des deux abbayes on cite Henriciis advocatus, Dom Calmet, 1 '"^ édition, t. I, preuves, col. 474. Or, dans un diplôme précédent de 107 t, le même Henri porte ce titre S. Henrici advocali civitatis Leucorum et, à côté de lui, on cite des scabins. Odelricus de Nanceio, cité plus haut, porte aussi dans une charte le titre de advocatus de Nanceio. Peut-être Walter lui a-t-il succédé.
2. Ces mentions ont été relevées par M. Léon Germain, dans son article : Restitution au duc Mathieu /er d'une charte attribuée au duc Mathieu II [Journal de la Société d'archéologie lorraine, 1894, p. 2 56). Drogon de Nancy se retirant à Beaupré en 1177 ne saurait être le même que le Drogon qui, à la fin du xi*-' siècle, approuve la donation du prieuré Notre-Dame à Molesme.
3. Histoire manuscrite de la maison de Lenoncourt, citée par Dom Calmet, 1'''^ édition, col, I io5.
l'abbê de Molesme vient à Nancy, le supérieur de Nancy lui devra céder sa place (vers 1090).
i^r cartulaire de Molesme, p. 90. Cette charte a été publiée déjà par [Jérôme Vigniei] : La véritable origine des irès illustres maisons d'Alsace, de Lorraine, d'Autriche, de Bade. Paris, M.DC.XLIX, p. 112. Corrigez à la ligne 2, ad construendam ecclesiam, au lieu de ad continendam ecclesiani ; à la ligne 7, au lieu de quia ipse de suis cum consilio tinientium Doininum débet eligere, lisez : quia ipse de suis [cum] consilio tantum dominum débet cligere. Dans les souscriptions, au lieu de Ano de More, lisez Aimo de More. Vignier qui a habité l'Oratoire de Nancy, installé à partir de 161 8 dans l'ancien prieuré Notre-Dame, n'a pas trouvé ce document dans les archives de celte maison ; il lui a été communiqué, comme il nous l'apprend en marge, par le R. P. Pierre de Sainte- Catherine, feuillant. Un peu plus loin, p. 118, Vignier publie une seconde charte, datée de 11 58, par laquelle le duc Mathieu I^r céda au prieuré Notre- Dame l'Hôtel-Dieu situé devant Nancy. La publication, dit-il, a été faite ex cartulario Molismensi. Cette pièce ne se trouve pas dans le cartulaire ; mais elle existe en original aux archives de la Côte-d'Or, H 288.
Observations. — Cette charte a dû être conférée quelque temps après la précédente, dans les dernières années du xi^ ou les premières années du xii^ siècle. Elle précise la situation du prieuré de Nancy vis-à-vis de la maison-mère. Les souscripteurs sont Simon, fils du duc, son précepteur Annuntius, le voué Waltcr et Drogon dont il a été question plus haut (ici celui-ci porte le titre de sénéchal), Widric de Sierck,Aimon de More, Oy lard de Blainville (Blainville, au canton de Bayonj, et Albéric, sans doute le curé de Nancy dont il sera question au n° IV,
///. Le duc de Lorraine, Thierry I^', confirme à l'abbé Widon de Molesme la possession de l'église Notre-Dame située devant la ville de Nancy ( i 1 1 1 - 1 i 1 5j.
Quoniam labilis est humanx mentis intencio, et oblivioni multocies obnoxia, quamdam largitionem Deo et Sanclx Marix Molismensi factam volumus litterali menwrix comniendare, ut ad posterorum noslrorum noticiam valeat perdurare, quatinus, si quis diabolico instinctu quod sollempniter actum est aliqua dolositale voluerit pervertere, his apicibus et subscripiis convictus testibus, vires nocendi non habeat, et utilitas ecclesix inviolaia permaneat. Ego igitur Theodoricus, Dei gratta dux Lotharingix, credens miscricordix operibus cuncta peccatorum incendia facde restingui Dominique gratiam talibus hostiis benignius promereri posse, cupiens etiam ex iniquo Man}mona aniicos mihi in futuro prxparare, trado cl concéda sanctx Dei gcnitrici Marix et fratribus sibi in canobio Molismensi scrvientibus ec^ clesiam qux estcoram Nanciaco Castro meo cuni omnibus appcndiciis suis, quam de meis redditibus ad utilitatcm et proficuum prxdicix ecclesix Molismensis xdificare
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disposui, tam pro salule corporis mei cl animx mex el uxoris et fiUoruin nieorum
quam eliam pro remedio palrls el mairis el omnium parenlum meorum, laudanle
uxore mea el omnibus liberis meis, concedenle eliam donino Pibone episcopo Tul-
lensi, cujus concessionis evidenlissima conslanl indicia, quod sua gtalia meis implo-
ralus precibus allaria ejusdem ecclesix cum cimeterio consecravil, presenk domno
Slephano Tullensi archidiacono. Hanc Iradilionem sive concessionem lempore
domni Koberti primi Molismensis abbalis primo feci et iterum lempore domni
Widonis abbalis secundi renovans confirmavi el subscriptis lestibus atque fîdelibus
tradidi roborandum. S. ducis Theodorici. S. Theodorici advocali. S. WUdrici
fratris ejus.
I !<''■ cartulaire de Molesme, p. io8.)
Observations. — Robert de Molesme était mort en 1 1 lo, le 21 mars, c'està-dire en nouveau style 1 1 1 1. {Gallia chrisliana, IV, col. 732.) Il eut pour successeur l'abbé Widon, sous le gouvernement duquel cette charte a été faite. Comme Thierry I^r mourut en 1 1 1 5, elle date des années i i i 1-1 i i 5. Quelques mots de la charte nous montrent que le duc de Lorraine avait été pendant un certain temps brouillé avec les moines de Molesme. En effet, il avait voulu établir dans le prieuré de Châtenois, possédé par les disciples de Robert, les religieux de Saint-Evre de Toul et il avait imploré l'appui du pape '. Cependant, les deux abbayes s'arrangèrent à l'amiable : Saint-Evre garda le prieuré, mais donna en indemnité à Molesme les deux villages de Ville ' et d'Issey 3. Pascal II confirma cet accord par une bulle datée de Bénévent, le 24 mai 1 1 1 5 '. A la suite de ces démêlés, Thierry le'' se réconcilia avec les moines de Molesme et leur confirma la possession du prieuré de Nancy, pour qu'il ne fut pas un jour enlevé de leurs mains, comme Châtenois.
La charte nous apprend sur notre prieuré de Nancy quelques nouveaux détails. Nous savons par elle que l'évêque de Toul Pibon, en présence de l'archidiacre Etienne (voir charte n° IV), avait consacré les autels de l'église Noire-Dame. Les prélats voyaient, en général, avec déplaisir que des maisons religieuses de leur diocèse fussent soumises à d'autres maisons situées en un autre diocèse, el voilà pourquoi on insiste ici sur le consentement donné par l'ordinaire de Toul '. Peut-être Riquin, qui avait succédé en 1108 à Pibon sur le siège de Toul, se montrait-il au début moins favorable que son prédécesseur aux moines de Molesme. Pibon n'a pas seulement consacré les autels de l'église Notre-Dame, mais un cimetière, et c'est un renseignement intéressant. Nous savions déjà que dans l'église pouvaient se célébrer des services funéraires ; nous apprenons qu'autour de l'église on établit un cimetière. Ce cimetière du prieuré Notre- Dame a servi depuis la fin du xi'' siècle jusqu'en l'année 1774. La rue qui le