I. Courbe, Les nus de Nancy, t. I, p
invenlioiiis ipsius fcslo\ Xll hujus nostrx monelx denarii noininc censiis a prscdicto priore prxsententur, quo et vobis jure gentium fïrmclitr possessio el auctori bonorum jure Dei digna reformetur gratiarum actio. Si qua ergo eccksiaslica secularisve persona hanc nostram donationem seu prxscriplant super ea ordinalionem scienler dissohere aui in aliquo prxsumpserit violare, nos aucloritate Spiritus Sancti et nosira eum condempnanuts et anathematis maledictione innodamus, donec ad emendationem veniat, et eccksix quam leserit satisfaciat ; conservanlibus aulcm hxc pax et vita detur xterna. An-ien. Poslulo in carilale Domini ut annuatim dies noslri apud vos cekbretur anniversarii. Ego Kiquinus episcopus signo et coufvmo. S. Pétri abbatis S. Apri. S. Stephani p'-iniiccrii, etc.
(2<-' canulaire de Molesme, fol. 140 v". Copie moderne, H 144, fol. 2S1.)
Observations. • — Un fragment de cette charte a été publié par M. Léon Germain dans le Journal de la Société d'Archéologie lorraine, 1888, p. 167. Il avait été copié par M. Duvernoy à la Bibliothèque nationale, Collection Baluze, t. 40, fol. 181. Il comprend seulement l'adresse, l'exposé depuis frater in Chrislo jusqu'à 1/1 perpetuam donavimus possessionem, et les souscriptions.
Riquin a été évêque de Toul de 1 108 à 1 1 26. Widon a été abbé de Molesme de iiii à ii32 {Gallia christiana, IV, col. ySS). Notre charte date par suite de la période comprise entre iiii et 11 26. Mais il est possible de préciser encore davantage. Elle est souscrite par Pierre, abbé de Saint-Evre de Toul. Or, Widric, abbé de Saint-Evre, prédécesseur de Pierre, souscrit encore en II 18 une charte de Riquin en faveur de Saint-Mansuy de Toul {Gallia christiana, XIII, instrumenta, col. 484). Notre charte a donc été écrite entre 1 1 18 et II 26.
Par cette charte, l'évêque Riquin cède à l'abbaye de Molesme et par suite au prieuré Notre-Dame de Nancy, l'autel paroissial de Nancy. Cet autel ne se trouvait pas dans l'église du prieuré, comme il résulte d'une lecture attentive de la charte; il y avait par suite sur le territoire de Nancy, dès le début du Xii^ siècle, une autre église qui servait de paroisse et qui ne saurait être que Saint-Evre. De même que Pibon avait cédé aux religieux du Breuil, installés dans un fau* bourg de Commercy, l'autel paroissial de cette ville, ainsi Riquin abandonna aux religieux de Notre-Dame, habitant en dehors de Nancy, l'autel paroissial dans l'intérieur de la cité.
Quels droits étaient liés à la possession de l'autel paroissial? Notre charte nous les énumère d'une façon très nette. D'abord, le possesseur de l'autel a le conductus, c'est-à-dire le droit de nommer le curé de la paroisse, ce qu'on nommera plus tard le droit de patronage. Et nous savons, par des documents postérieurs, que le prieur de Notre-Dame est resté longtemps en possession de ce droit. Le i3 mai 1843 seulement, par une bulle du pape Clément VI, la cure de Nancy fut unie à la collégiale Saint-Georges qui venait d'être
1. La cathédrale de Toul est placée sous le vocable de saint Etienne. La fêle de l'invention du corps de saint Etienne se célèbre le 3 août.
L'ABBAYE DE MOLESME ET LES ORIGINES DE NANCY lo,,
créée dans cette ville par le duc Raoul et qui la fit desservir par un vicaire '.
En second lieu, le possesseur de l'autel jouissait des dîmes sur le territoire de Nancy. En vertu de notre acte, deux parts étaient faites de la dîme : un tiers était laissé au curé, les deux autres tiers devaient revenir aux moines du prieuré, qui en disposeraient à leur bon plaisir. Quand la collégiale Saint-Georges reçut la cure de la ville, elle n'obtint que le tiers de la dîme, affectée auparavant au curé; les deux autres tiers restèrent au prieuré Notre-Dame \ Il les garda jusqu'en 1593 où plusieurs paroisses furent établies à Nancy et où fut faite une nouvelle répartition de la dîme. Notons que dans notre document il n'est question que des dîmes du territoire de Nancy; le village de Saint-Dizier aux portes de la ville avait alors une existence civile et spirituelle tout à fait indépendante ; ce n'est qu'en 1212 que les religieuses de Bouxières cédèrent leurs droits sur l'église Saint-Dizier au prieuré Notre-Dame ', et que les moines levèrent sur le village, comme à Nancy, les deux tiers de la dîme. C'est plus tard aussi, dans des circonstances qui nous sont inconnues, que la dîme de Laxou a été confondue avec celle des bans de Nancy et de Saint-Dizier. Nous ne croyons pas du tout, avec les historiens de Nancy, qu'à l'origine ces trois localités aient formé une seule et unique grande paroisse.
A l'autel étaient attachés un certain nombre de terres et de biens dont le curé percevait les revenus. Il touchait des sommes déterminées pour les messes de mariage et pour les cérémonies d'enterrement [sepidturx): il recevait les rentes que divers particuliers avaient léguées à l'église pour fondations d'anniversaires (oblaliones). Or, il fut stipulé que les deux tiers de ces revenus seraient abandonnés aux moines de Notre-Dame ; le curé qui avait toute la peine ne devait toucher qu'un tiers. Par exception, si le curé célébrait une messe sur la demande toute spéciale d'un tiers, il pourrait garder tout le prix payé. On laissa aussi le curé de ce temps, Albéric, en possession des droits qu'il possédait avant cette convention ; celle-ci ne devait être valable que le jour de sa mort, ou si luimême, de bon gré, voulait se soumettre aux conditions de l'acte et renoncer à ses droits antérieurs. Le prieuré de Notre-Dame garda les deux tiers des oblations, même après que le curé fut nommé par les chanoines de Saint-Georges 4 : il ne perdit ses revenus qu'en i SgS, au moment de la nouvelle division ecclésiastique de Nancy.
Les droits que Riquin céda aux moines de Molesme ne lui appartenaient pas auparavant. Ils étaient le partage des ducs de Lorraine. Déjà Thierry I^r, mort en II i5, avait abandonné au prieuré Notre-Dame « les deux tiers des dîmes
1. La bulle a été publiée par MM. l'abbé Grand-Eury et Louis Laliement, L'églist Sainl- Epvre à Nancy dans les Mémoires de la Sociélé d'archéologie lorraine, i85S, p. 342.
2. Accord du 6 novembre 1347 entre l'abbé de Molesme et le prieuré Notre-Dame d'une part, le chapitre Saint-Georges d'autre part, analysé par MM. Grand-Eury et Louis Laliement, /. /.. p. 264.
3. Archives de Meurthe-et-Moselle, H 402. Nous publierons prochainement cet acte dans les Mémoires de la Société d'archéologie lorraine.