‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 212 sur 340 · Société de l'histoire de France, 1871, p. xlix et «uiv · texte numérisé non relu

Société de l'histoire de France, 1871, p. xlix et «uiv

4. Dictionnaire, au mot Clers : << Curieux mémoire, malheureusement bien suspect et récemment argué d'absolue fausseté. » La seconde partie, qui contient le récit de la négociation, « renferme des particularités qui auraient leur prix si l'auiheniiciié n'en restait douteuse dans le silence des auteurs contemporains sur la mission et sur l'auteur ». Plus loin, au mot Foulq^Ue Le Jeune, M. Port cite une charte où Hugues de Clers est mentionné avant i 1 25 et il ajoute : " Ce fait contredit directement une assertion, que j'avais acceptée, de M. Mabille, et la principale, contre la possibilité de son ambassade. »

3. Dans son édition de Rofaer/ de Torigny (Société de l'histoire de Normandie], t. II, p. 10, note i : « L'examen des prétentions des comtes d'Anjou à éire sénéchaux héréditaires du roi de France m'entraînerait trop loin. »

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Comme on sait, le traité se compose de deux parties: la première est un écrit dont le comte Foulques le Jérosolimitain (987-1040) est donné expressément comme l'auteur, et qui avait pour but de rappeler les dons que ses ancêtres avaient reçus du roi de France Robert, en particulier la charge héréditaire de maire et sénéchal de France. M. Mabille, après plusieurs autres, n'a pas eu de peine à montrer que ce récit, entaché des plus grossières erreurs, ne mérite aucune créance ; aussi n'est-ce pas sur ce point que peut porter la discussion.

Cet écrit, Hugues de Clers déclare qu'il l'a vu dans l'église du Saint-Sépulcre de Loches; il l'a copié, le tenant évidemment pour sincère, et à la suite il raconte les faits auxquels il a assisté, soit comme acteur, soit comme témoin oculaire et auriculaire, et qui à ses yeux justifient les prétentions des comtes d'Anjou à la sénéchaussée de France'. Pour Mabille, cette seconde partie n'a pas plus de valeur que la première " ; mais voyons ses arguments -^ :

1° (( En affirmant dès le début qu'il a vu et copié dans l'église du Saint-Sépulcre de Loches le prétendu récit de Foulque Nerra, l'auteur donnait une assez pauvre idée de sa perspicacité, sinon de sa véracité ». Distinguons : que Hugues de Clers ait fait preuve d'un médiocre esprit critique en acceptant pour vrai le récit du comte Foulques, je l'accorde ; sa crédulité est d'ailleurs un défaut commun à tous les chroniqueurs du moyen âge; mais en quoi peut-elle nuire à sa véracité ? Le raisonnement ne tient pas.

2° Hugues de Clers affirme qu'il fut chargé par le comte d'Anjou d'une mission de confiance auprès de Louis VI ; les détails très précis qu'il nous donne permettent de dater cette mission : elle est exactement de 1 1 19 ; or, nous dit-on, Hugues était alors « trop jeune pour exercer des fonctions auprès de Foulque » ; et la preuve, « c'est qu'il n'est pas fait mention de lui dans les chartes avant 1 1 48 ». Cette preuve est faible en soi et tombe devant une charte où Hugues est cité et qui est antérieure à l'année 1 125. Nous trouvons Hugues mentionné pour

1. Hugues de Clers a écrit après la m' rt de Geoffroi Piantagenet (7 sept, i i 5 i ) ; Robert de Torigny parait faiie allusion à son traité quand, à l'année i 164 (édit. L. Delisle, t. I, p. 352), il parle de Raoul de Péronne comme vassal du comte d'Anjou à raison de la sénéchaussée de France. A l'année i 169, le même chroniqueur résume l'écrit attribué à Foulques Nerra ; mais on ne saurait affirmer qu'il a connu celui-ci uniquement par le « faux » Hugues de Clers.

2. Mabille n'eit pas le premier qui ait mis en doute l'authenticité du De senescalcia, il renvoie lui-même au mémoire où Brial a discuté {Histoire littéraire de la France, t. XIII, p. 3 36 sq.), les objections qu'on avait déjà faites avant lui. Le plaidoyer de Brial me parait fort raisonnable.

3. Nous suivons le texte donné par Salmon {Chroniques des comtes d'Anjou, Soc. liist. de France), qui reprodyit le ms. lat. 3839 "> fo'- '4^ > Migne, d. Bouquet, Duchesne ont réédiié le texte publié par Sirmond, qui parait avoir eu un moins bon manuscrit.

la dernière fois en i i 70 ' ; si, comme il est probable, il mourut peu de temps après cette date, ne peut-on admettre qu'il naquit dans les dernières années du siècle précédent? En lui accordant quatre-vingts ans de vie, fait-on une hypothèse invraisemblable, et rien empèchet-il d'admettre la réalité d'une mission de confiance donnée à un homme de vingt à vingt-cinq ans ?

Le troisième argument de M. Mabille est au moins fort spécieux : « il n'existe aucun titre dans lequel les comtes d'Anjou aient pris la qualité de sénéchal des rois de France ' et il est certain qu'il n'est pas fait mention de cette prétention de la maison d'Anjou dans les écrits des chroniqueurs avant le règne de Henri II ; c'est à partir de cette époque qu'on en trouve quelque trace dans les historiens anglais qui, en inventant et en propageant cette fable, pensaient servir les intérêts de leurs princes ». On pourrait aussi bien expliquer le silence des chroniqueurs français par l'intérêt qu'avait le roi de France à taire les prétentions des comtes d'Anjou. Mais ce qu'il importe de savoir, c'est si les affirmations de Hugues de Clers sont en contradiction avec les faits constatés par ailleurs et cette enquête, que Mabille n'a pas faite, doit être entreprise ici.

En écrivant son traité, Hugues de Clers s'est proposé de montrer deux choses : \° Comment le comte Foulques le Jeune a fait reconnaître par le roi de France Louis VI les droits accordés à ses ancêtres ; et 2° dans quelles circonstances les comtes angevins ont exercé réellement les devoirs de sénéchal et en ont recueilli les bénéfices. Voyons successivement chacun de ces points.

Suivons le récit de Hugues d'aussi près que possible: le roi de France Louis VI étant en guerre avec le roi d'Angleterre Henri l^' \ requit le comte d'Anjou de venir à son service; le comte refusa parce que le roi de France, en donnant la mairie et la sénéchaussée de France à Anseau de Garlande ', Favait privé d'un fief qui lui appartenait et de l'hommage auquel il avait droit. Louis VI s'étant déclaré prêt à faire rendre justice au comte et ayant désigné, pour régler le différend, Amaury de Montfort, oncle de Foulques, Geolîroi, abbé de Vendôme, et Raoul de Beaugency ■', le comte assembla son conseil où

1. Pour ces dates, voir la préface de Mabille et le Diclionnaire de M. Port aux articles déjà cités.

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