‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 336 sur 340 · Dûment, 111', 272 (27 novembre · texte numérisé non relu

Dûment, 111', 272 (27 novembre

5. Cela ressort de l'exposition que Marini fit au roi de Hongrie en 1464 ([Kelcz] Epistolx Mathix Corvini, régis Hungarise, ad poiitifices, reges, principes, etc., Kaschau 1764,. pp. 64-9J et de la lettre adressée, en mars 1463, par les Vénitiens à Louis XI (voir plus loini.

6. Voir la réponse de Lelio, évêque de Feltre, nonce apostolique, dans Palacky, /. c, 299- 3oo. — Cette année et en 1464, il y eut aussi des négociations d'une nature plus pratique entie les deux rois. V. là-dessus: Froissarl-Lenglet, IV, 78-82 ; Markgraf, 291 et suiv.

ANTOINE MARINl ^55

sa race. Des lettres d'encouragement furent écrites à Podiébrad et à ses futurs alliés, les rois de Hongrie et de Pologne, le duc de Bavière'. Le projet fut cependant communiqué aussitôt au nonce pontifical, l'évèque de Feltre, et, par les ambassadeurs de Venise à la Curie, au pape lui-même '.

L'ambassadeur revint en Bohême \ mais pour recommencer ses pérégrinations, dès le commencement de l'année suivante. Avant de s'adresser encore une fois au roi de France, il fallait s'assurer des dispositions de Mathias Corvin. La position de ce dernier, qui avait vu en 1462 la Valachie envahie par les Turcs et qui craignait le même sort pour son propre pays, devait lui faire accepter avec reconnaissance toute offre de secours. Mais sa rupture avec le Saint-Siège avait fait perdre au roi Georges les sympathies d'un prince qui voyait dans le pape son plus ferme allié contre les Musulmans. La mort de la reine Catherine (fin de février) avait brisé les liens de parenté qui unissaient encore les deux princes ^ Marini fut reçu à Bude d'une manière glaciale. 11 révéla d'abord au roi le grand projet, son moyen d'action, que fournirait l'assemblée de Venise, et son but, qui était d'assurer la paix entre les chrétiens et la défense de la foi. Il assura que le roi de France était disposé à prêter son concours à cette œuvre sainte ; il engagea Corvin à " pardonner les injures », c'est-àdire à renouer les anciennes relations amicales avec la Bohême, et lui proposa, pour son propre compte, un nouveau mariage, sans doute avec quelque parente de Podiébrad.

Mathias fit observer au zélé médiateur que, tout en approuvant son projet, il s'étonnait que son beau-père eût cru devoir parler en son nom sans le consulter. Ils étaient, sans doute, comme père et fils, mais le fils avait son royaume, sa politique, ses conseillers, et ceuxci pouvaient lui donner leurs avis, s'il en était besoin, sans re-

1. Palacky, /. c, 290-2; Acta exlera^ IV, 197-8, 199-200. On retrouve, en janvier, des ambassadeurs Bohèmes à Venise (Sommersberg, Scripiores reriim Silesiacantm, Leipzig 1729, I, io3o).

2. Acta exlera, 200-2, 204-5; Palacky, /. c, 292 (les deux pièces y sont confondues"). On avait communiqué le projet au roi Matiiias aussi, qui l'ignorait encore.

3. Mariiii profila de son séjour à Venise pour se plaindre de ce qu'on ne lui payait plus, dès 1460, le revenu de ses inventions. Le croyant mort, le gouvernement vénitien avait cassé son privilège, renouvelé en 1456. Ce privilège fut confirmé, en ce qui concerne le <€ char » seul (îo mars), Antoine ayant fait de nouvelles offres à la République. Le lendemain, il cédait ses droits pour une pension de 1 5o ducats par an jusqu'au terme de sa concession. Archives d'État de Venise, Sen. misli (S. Terra). XVl, f" 87 v".

4. Catherine mourut cinq semaines avant le couronnement de Mathias 129 mars). Eu Bohême, ses (unérailles furent célébrées le 8 mars Kaprinii, Hungaria diplomatica temporibus Mathi9e de Hunyad, Vienne 1767, 450-1. C'est entre la mort de la reine et le couronnement que se place l'ambassade de Marini, ainsi que l'a très bien observé Kaiona, d'abord (/. c, VII, 712', puis M. Fraknôi (/. c. I, 64, note 1 . Le 14 avril, un traité fut conclu entre la Bohème et la Hongrie (Katona, 7i3-tS),

456 N. JORGA

courir aux étrangers. Le roi de France était, i! est vrai, le premier des rois chrétiens et c'est à lui qu'il appartenait de mettre en avant un projet si important •, il désirait entretenir avec la Maison de France les relations les plus cordiales, mais il fallait aussi consulter <( les chefs de la chrétienté, c'est-à-dire le Saint-Siège et Sa Majesté Impériale, » ainsi que l'exigeaient, du reste, « le commun devoir et l'honnêteté publique ». En outre, s'il ne s'agissait que de la lutte contre les Infidèles, il y avait pris sa large part, et ce n'était pas seulement pour la défense de son royaume qu'il s'épuisait dans la guerre contre les Turcs.

S'il repoussait l'idée d'un concile général, réclamé par les princes de l'empire, y avait-il rien là d'extraordinaire ? Ces assemblées ne font qu'accroître la discorde; c'est le pape seul qui pouvait réformer l'Eglise, dont le gouvernement lui est confié par Dieu. Quant au mariage, sa perte est bien récente et la décence exige qu'on n'en parle pas pour le moment '.

Animé de pareils sentiments, Mathias ne pouvait donner les pleins pouvoirs qu'on lui demandait pour Marini -, et les ambassadeurs que Podiébrad envoya en France le représentèrent seul. Le \6 mai, à Prague, des lettres de créance furent délivrées à Marini et au conseiller royal, Albert de Postupitz; le but de leur mission est indiqué d'une, manière assez générale : renouvellement des traités antérieurs et alliance contre les Turcs \ Un projet plus circonstancié développait l'idée de la ligue : les princes alliés, y était-il dit entre autres, devaient envoyer leurs représentants à des « parlements » qui siégeraient dans une même ville pendant cinq ans ""^ ; la première de ces assemblées destinées à juger les querelles entre les États chrétiens se réunira à Bâle.

Ce projet aventureux ne souriait guère à un prince tel que Louis XI. Il continuait à prodiguer les promesses de participation à la croisade et se faisait compter parmi les auxiliaires du pape, bien décidé, du reste, à ne rien risquer sans profit immédiat -\ Comme à Venise,

Page 1