DANS LE ROYAUME FRANC DE L'OUEST
Par Edouard FAVRE
Les empereurs carolingiens, pour s'assurer la tranquille possession de leurs conquêtes dans des régions lointaines, y établissaient des comtes francs et leurs familles \ Ces comtes conservaient leurs alleux et leurs bénéfices dans leur pays d'origine et, lorsque l'Empire fut partage, ils se trouvaient posséder des biens fort éloignés soumis à d'autres souverains qu'eux-mêmes. Souvent, quelques membres de la famille restaient, quelques cadets revenaient dans les régions où se trouvaient ces biens qui leur constituaient parfois une belle fortune. Aussi arrive-t-il à l'historien de rencontrer, jouant un rôle dans leur pays d'origine, des personnages qu'il ne peut rattacher à aucune famille, et ce n'est qu'en allant chercher au loin qu'il peut trouver leur parenté.
Dans la seconde moitié du ix e siècle, deux familles franques, transplantées en Italie, jouent un rôle important : celle du duc Gui de Spolète et celle de Bérenger, marquis de Frioul ; l'histoire de la première, originaire des bords de la Moselle, a été minutieusement étudiée 3 ; il y subsiste, néanmoins, encore quelques obscurités 3 . La
i. Dfimmler, Geschichtt des ostfrmnkischen Rekhs, Leipzig, 1 887-1 888, 3 vol. in-8, t.- I, p. an.
a. Voy. Waitz, Ueber das Htrkommtn des Markgrafen Wido von Spoleto, dans les Forschungen lur deutschen Geschichtc. t. III, p. 149 et suiv. ; — Wûstenfeld, Vtbtr dit Htrzoge von SpoltlOj ibidem, t. III, p. 383 et suiv., t. IX, p. 414 et suiv.
3. Ainsi la parenté de Foulques, archevêque de Reims, avec Gui de Spolète n'a pas encore été expliquée; voy. Dûmmler, Gesta Btrengarii imperatoris, Halle, 1871, in-8, p. 16-17; — Edouard Favre, Eudtt comte dt Paris et roi de Franct (881-898), (99e fasc. de la Bibliothèque de l'École des Hautes Études), Paris, 1893, in-8, p. 8a, n. 1.
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famille de Bérenger a fait l'objet de nombreuses recherches l ; nous croyons cependant pouvoir compléter sur quelques points ce qui a été dit et rattacher à cette race deux personnages qui ont joué un rôle sous le règne du roi Eudes : Rodolphe, abbé de Saint-Bertin et de Saint-Vaast, et un comte Hucbald sur lequel deux diplômes qui nous ont été récemment communiqués ont attiré notre attention.
Un comte Unroch est mentionné à l'époque de Charlemagne comme un grand personnage de la cour 2 ; en 806, il est missus dominicus 3 ; il était très riche ; ses biens étaient situés pour la plupart dans les contrées qui environnent la Meuse 4 ; à la fin de sa vie, il se retira dans l'abbaye de Saint-Bertin où il se fit moine 5 . Ces quelques traits de la vie d'Ûnroch, les seuls que nous connaissions, sont importants à noter ; sa richesse, sa piété, l'intérêt qu'il portait à Saint-Bertin, se trouvent chez ses descendants.
Il eut trois fils : Bérenger 6 , marquis de Toulouse, qui mourut jeune (835); Adalard, abbé de Saint-Bertin 7 ; enfin Evrard, duc ou marquis de Frioul 8 .
Adalard fut nommé abbé de Saint-Bertin en 844 9 , cette abbaye lui fut enlevée en 859 parce qu'il avait favorisé l'invasion de Louis le
1. Dûmmler, Gesta Berengarii, p. 1 2 et suiv. ; — le même, Gesch. des ostfrmnkischen Reichs, passimr, — Wenck, Die Erhcbung Arnulfs, Leipzig, in-8, p. 68 ; — le même, Das frxnkische Reich nach dem Vertrage von Verdun, Leipzig, 1 8 5 1 , in-8, p. 3 5o.
a. Einhard, Vita Karoli, chap. 3a ; — Einhard, Annales, ann. 811, dans les Mon. Germ., SS., t. I, p. 198.
3. Mon. Germ., LL., 1. 1, p. 1 37 ; — Histor. de Fr., t. V, p. 69a ; — Wenck, Die Erhtbung Arnulfs, p. 69 n.
4. C'est ce qu'on peut conclure de rénumération des biens de son fils Evrard contenue dans son testament, voy. ci-après.
5. Fol quin, Chartularium Sithiense, éd. Guérard (Documents inédits), p. 1 10 : ■ Hunrocus, • in monasterio Sithiu comam capitis deposuit, monachicumque habit um, jugo se Christi <x submittens, assumpsit ; et, quia cornes erat ditissimus, hereditatis sue maximam partem pre- <( fato monasterio est largitus. »
6. Wenck (Die Erhcbung Arnulfs, p. 69 n.) a prouvé que Pertz avait à tort corrigé le texte de la Vita Ludovici ch. 57 et que seul le texte donné par les manuscrits est exact : e Beringarii, Hunroci quondam comitis filii. ù Voy. sur Bérenger, Manille, le royaume d'Aquitaine et ses marches sous les Carlovingiens, Toulouse, 1870, in-4, p. 33 ; il fait encore et à tort de Bérenger un fils d'Hugues comte de Tours.
7. Folquin, Chartularium Sithiense, éd. Guérard, p. 9a et 1 10 : « Hujus autem |Adalardi] pater Hunrocus ». — Schrœrs (Hinkmar Erzbischof von Reims, Fribourg en Brisgau, 1884, in-b, p. 565), fait a tort de cet Adalard un neveu d'Evrard. La parenté de l'abbé Adalard et du comte Adalard, le rival de Hugues l'Abbé, n'est qu'une vraisemblance, mais n'a pas été prouvée encore. Kalckstein, Abt Hugo, dans les Forschungen zur deutschen Geschiehte, t. XIV, p. 40 n° 4 ; — Wenck, Das frznkischc Reich, p. 3 5o, n° 1.
8. Translatio S. Calixti,c. 3, dans les AA. SS. BolL, Oct.,t. VI, p. 444 et dans les Mon. Germ., SS., t. XV, p. 419: « Ea igitur tempestate fuit vir nobilissimis Francorum natalibus « oriundus nomine Evrardus ducatum Foriiulensis sub glorioso principe Lotbario... nobiliter « administrabat. » — Sedulius (Mon. Germ., Poetse latini medii arW, t. III, p. aai) appelle Evrard: c Hunroci proies»; Dûmmler, Gesta Btrtngarii, p. 17, et Gtschichte des ostfrmnkischen Reichs, t. I, p. 119.
9. Annales Blandinienses , dans les Mon. Germ., SS., t. V, p. a 5.