Pilessis près Bordeaux selon P. Paris, Trad. f p
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Ainsi, nous n'avons point affaire à une querelle de races, mais à la rivalité de deux puissantes maisons féodales. Rien dans le poëme ne fait soupçonner l'antagonisme de deux nationalités. C'est une succession de vengeances privées. La faida n'est pas une lutte de races. C'est même exactement le contraire. Deux clans acharnés l'un contre l'autre empruntent des armes de toutes mains sans aucun souci de la nationalité de leurs alliés.
Nous pouvons donc, je crois, écarter la théorie ethnographique. Ceci fait, la principale raison en faveur de l'antiquité du cycle tombe d'elle-même. Puisque nous n'avons pas affaire à une lutte des Austrasiens et des Neustriens ou à la conquête de l'Aquitaine, inutile d'essayer de remonter au vu e et au vin* siècles. Nous y chercherions du reste vainement le plus léger fondement réel aux aventures de nos héros. Les événements sont, il est vrai, censés se passer sous les règnes de Charles Martel et de Pépin, mais je ne pense pas que personne, aujourd'hui, puisse attacher aucun poids à ces allégations. On pourrait objecter que s'il y avait anachronisme, il serait plus vraisemblable que les faits fussent mis sous le règne de Charlemagne ou de Louis. Mais l'anachronisme inverse n'est pas sans exemple. C'est ainsi que l'auteur de Gerart de Roussillon fait vivre son héros sous Charles Martel (au lieu de Charles le Chauve).
Il y a plus : contre l'hypothèse d'une origine ancienne, on peut faire valoir, si je ne m'abuse, le premier épisode des luttes de Garin contre Froment. Dans cette première guerre, je suis frappé de voir que la ligue contre le Lorrain, soutenu par son souverain, est formée par les Flamands, Vermandisiens et Amiénois. Or, ce groupement de forces ennemies contre le roi de France n'est pas un événement de pure fantaisie. Il s'est réalisé une fois et à la fin du xu° siècle. Le comte de Flandre, Philippe d'Alsace (1168-1191), par son mariage avec Isabelle de Vermandois, trouva réuni sous sa domination non seulement le Vermandois mais encore TAmiénois et le Valois. Il eut même pour vassaux le comte de Clermont en Beauvaisis et le sire de Couci ' .
Parmi la nomenclature des alliés de Fromont (1,162, 294) les seigneuries de Saint-Quentin, Ribemont, Montdidier, Chauni, Roie, Nesle et Marie figurent toutes dans le dénombrement du comté de
1. Dès le xi° siècle le sire de Couci était vassal de la Flandre, Kervyn de Leltenhove, Hist. de Flandre, I, 279. La vassalité du sire de Couci fut une des causes de la guerre de 1180. Warnkœnig, Hist. de Flandre, I, 200. Cf., traité de Senlis de 1 182 : « cornes Clarementis et Radulfus de Cusci rémanent ex loto in manu régis Francorum liberi ommino a comité Flandriae. » Voy. Radulfus de Diceto, Ymagines historiarum, an. 11 81, éd. Stubbs, 11, 10-11 (Coll. du Master of the Rolls).
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Vermandois, en 1 170, tel qu'il nous est donné par un contemporain, Gilbert de Mons \ Comme dans la réalité le comte de Clermont, le sire de Couci, le sire de Boves 3 sont vassaux ou alliés de la Flandre. Est-ce par une simple coïncidence que le comte de Boulogne est frère de Fromont de Lens, comme dans l'histoire Mathieu d'Alsace, comte de Boulogne, fut frère de Philippe, comte de Flandre? Est-ce par une simple coïncidence que les comtes de Hainaut et de Cambrésis sont les alliés de Garin et du roi de France, absolument comme dans la réalité, Beaudoin V fut, à partir de 1184, le défenseur fidèle de son gendre, Philippe-Auguste, contre les Flamands et les Vermandisiens? Pour ma part, j'ai peine à le croire et j'imagine que l'auteur de Garin a trouvé commode de s'inspirer du spectacle qu'il avait sous les yeux 3 , de même que pour l'onomastique il a pris les noms les plus répandus dans les maisons féodales du xn e siècle.
Mais si l'on adoptait cette théorie, les conséquences en seraient graves. Car si un épisode important, que dis-je, le groupement des adversaires, est une chose factice, il est à craindre qu'il n'en soit de même du reste du poëme, et il en résulterait que les Lorrains n'ont point de fondement historique.
Deux ou trois observations viennent à l'appui de cette hypothèse : 10 Tous les lecteurs du Garin ont été frappés de la précision de sa géographie 4 . Dans la succession de chevauchées d'un bout à l'autre
1. Mon. Germ. hist. Script., xxi, S 14. — On voit également Péronne et Ham (m, 59, 2o3) aux mains des « Bordelois ».
2. En 1184, Robert de Boves fut du parti de Philippe d'Alsace. Voy. Du Cange, Histoire des comtes d'Amiens, p. 3 36.
3. Je n'ignore pas que cette hypothèse n'est pas sans soulever de vives objections. Qu'il me soit permis d'en prévenir deux : la Champagne et la Bourgogne qui figurent au nombre des partisans des Lorrains et du roi furent dans la réalité ennemis de Philippe-Auguste, du moins jusqu'en 1 1 83 . Mais dans la pratique leur hostilité fut platonique et ne se traduisit pas par des actes. Voy. d'Arbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne, iv, 3-6.
4. Voy. notamment P. Paris, 1, xix-xx. Faisons remarquer à ce propos que la plupart des identifications de ce savant sont exactes. Quelques erreurs de l'édition sont corrigées dans sa traduction. Ainsi : i° Ordre (r, 164, 294) n'est plus identifié avec « Ordres », mais avec la Tour d'Ordre à Boulogne ; 2 il a également renoncé à proposer Meulan pour la forêt de Montméliant « qui a Cenlis | éd. celuij appent » (1, 12 3). Montméliant existe toujours, c'est un hameau de la commune de Plailly, arr. et cant. de Senlis (Oise); 3° Pour Biais (1, 188, 293) en revanche la traduction corrige bien mal à propos une note de l'édition. Biais n'est point le Béarn (trad., p. 373), mais un « village situé dans le Bourdelais (pays de Born), a une lieue de l'Océan et assez près de Belin » (éd., 1, 188, note 2). 11 s'agit évidemment de Bios (Landes, arr. Mont-de-Marsan, cant Mimizan), à 6 kil. de l'Océan, mais fort loin de Belin. — Remarquons en passant que dans Girart de Roussillon le cri de guerre des Gascons est Biez, mot que M. Paul Meyer (p. 83, note 4) déclare ne pas comprendre; 4 Germaise (il, 47) ou Garmaisse (u f 11 5) n'est pas « Gemersheim, petit village 1 une lieue de Philipsbourg », mais Worms [Wormatia); 5° Rivier (11, 164 ; ni, 191) n'est pas expliqué. On ne peut songer à « La Val de Rivier » qui figure dans d'autres chansons de geste et où M. Longnon {Raoul de Cambrai, 3 7 S) croit reconnaître le pagus Ripuarius, c'est-à-dire le territoire du diocèse de Cologne. En effet le seigneur de Rivier, Achart,est un Méridional. Il est nommé (1, i2o, 293) entre celui de Pierrelatte (Dr 6 me, arr. Montélimar) et celui d'Avignon. 11 pos-
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de la France qui constitue ce poëme, les itinéraires sont d'une exactitude remarquable. Oserai-je dire que cette circonstance, loin de témoigner en faveur de l'antiquité de la chanson, lui est défavorable ? Si le fonds remontait à une époque reculée, la géographie aurait forcément subi de graves altérations par la suite des temps. Elle n'est si bonne que parce que le poëme est en majeure partie une fabrication.
20 L'épithète de Bordelais donnée aux adversaires des Lorrains ne semble pas un indice d'archaïsme. Depuis les invasions normandes du ix e siècle, Bordeaux, presque détruit, tombe dans une grande obscurité. La ville ne recouvre un peu de prospérité et de célébrité qu'au xii c siècle, surtout après le mariage de Henri II avec Aliénor d'Aquitaine '.
3° Pour la plupart de nos chansons de geste, même les plus fantaisistes, les plus remaniées, on trouve un fond historique : ainsi non seulement de Roland, mais de Girart de Roussillon, de Raoul de Cambrai, d'Og/er, de Renaud de Montauban, du cycle de Guillaume d'Orange, etc. Telle vie de saint, tel fragment de chronique, nous atteste l'existence du poëme, souvent sous une forme très différente de celle qui nous est parvenue. Pour les Lorrains rien, absolument rien. Il n'est pas rare qu'une chanson renvoie à une autre par une brève allusion. Aucune mention de ce genre dans les poëmes anciens ne concerne les Lorrains a . Ce n'est que dans des textes du xm e siècle que nous trouvons pour la première fois des allusions à Gapn ou à Fromont 3 . Non seulement le Garin n'a rien fourni aux chansons de geste anciennes, mais encore il leur a emprunté.
sède évidemment l'une des cinq ou six localités du département de l'Isère qui portent le nom de Rivier qu'on ne retrouve point ailleurs. Etant rare, ce mot a été remplacé : au t. II, 164 par Viviers, correction qui s'explique fort bien, la capitale du Vivarais étant plus connue qu'une obscure localité du Dauphiné ; au t. I, 120 par Nevers.
1. Voy. Do m Devienne, Histoire de la ville de Bordeaux (éd. Lacaze, Bordeaux, 1862, 2 vol. in-4 ).
2. Ce fait avait déjà frappé Edelestand du Méril. Voyez sa Préface, p. lvii.
3. Ces textes ont été réunis par Reiffenberg dans son éd. de Philippe Mouskès, II, cclxiiicclxxx (Chroniques belges), P. Paris au t. XXII de l'Histoire littéraire de la France et Ed. du Méril, bvn-Lix. — 11 faut faire exception en faveur de YHistoria Caroli Magni de Pséudo- Turpin, dont la seconde partie fut composée à Vienne par un moine de Saint-André , soit entre 1109 et 11 19 selon M. G. Paris, De Pseudo-Turpino (Parisiis, i865, p. 24-35), soit vers la fin du premier tiers du xu c siècle selon le même savant (Ma/tue/ d'ancien français, I, g 34). A deux reprises, dans la liste des guerriers qui accompagnent Charlemagne en Espagne contre Agolant, et dans Pénuméraiion des chefs illustres enterrés à Blaye, Belin et Bordeaux, il est question de Garin duc de Lorraine et de Bègues (voy. l'éd. Casieis, Montpellier, 1880, p. 18 et 54-55). Ces passages se trouvent même dans le plus ancien manuscrit de la chronique de Turpin, le ms. latin 17,656 (ancien Notre-Dame, i33) de la Bibl. Nat., aux fol. 34 recto i re col., et 43 recto ire col. Mais il est presque inutile de faire remarquer que des listes de ce genre sont toujouis suspectes d'interpolation. Au reste, ce ms.,ne saurait être antérieur aux vingt dernières années du xu° siècle. 11 en faut conclure néanmoins que le Garin est antérieur à 1190 environ. Mais ce serait s'abuser de croire que l'auteur, ou plutôt le remanieur du Turpin a connu un état très différent de notre poëme, parce qu'il introduit les Lorrains dans
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Que l'auteur ait connu Aubri le Bourguignon et Raoul de Cambrai, c'est ce qui n'est pas douteux. Il a fait du premier un parent et allié des Lorrains et a tiré peut-être du second les personnages des comtes Huede, Hébert (cf. § 16 et 17) et Gautier de Hainaut (1, 216, etc.) '.
Il est bien probable aussi qu'une composition ancienne lui a fourni Anséis, roi de Cologne, et avec ce personnage 2 un moyen commode de s'expliquer le fait que de son temps la Lorraine ne dépendait plus du roi de France. Ignorant bien entendu des circonstances historiques qui rendent compte de la séparation de la Lorraine et de la France, notre auteur y suppléa par un artifice. Il imagine que Pépin refuse de porter secours à Hervi. Le duc de Metz, délié de son serment par l'abandon de son suzerain, porte son hommage au roi de Cologne 3 .
C'est de Girart de Roussillon que semble inspiré l'épisode qui ouvre le poëme, l'invasion des Wandres. Non pas du Girart très remanié qui nous est parvenu, mais de son modèle du xi e siècle qui nous est connu en gros par la vie latine de Girart, composée par un moine de Pothières. Elle rapporte un siège de Roussillon par les Vandales (Wandres), qui dura sept ans. Il est vrai que, contre l'opinion de M. Longnon,M. Paul Meyer ne croit pas que la mention des Vandales dans la vie latine ait pour source le poëme primitif 4 . L'écrivain ecclésiastique aura inventé cet épisode en s'inspirant des nombreuses vies de saints où figurent les Vandales. Si l'on se rend à cette observation, on en doit conclure que l'auteur du Garin s'est inspiré ici de sources ecclésiastiques; d'autant plus qu'il mentionne le massacre de saint Nicaise par ces barbares qu'il ne pouvait pas connaître par tradition épique à coup sûr. Cette hypothèse de l'influence d'une source ecclésiastique, improbable pour bien d'autres chansons de geste, n'est pas en l'espèce dénuée de vraisemblance.
la guerre d'Espagne et enterre Garin à Belin et Bègues à Saint-Seurin de Bordeaux. Les deux passages en question ne reposent point sur les traditions épiques et sont des remaniements tout à fait arbitraires.
1. Sur ce dernier, châtelain du x ê siècle, persécuteur des évêques de Cambrai, voy. Raoul de Cambrai, 363-364. Selon les éditeurs, MM. Longnon et Meyer (p. lxi-lxh), la chanson de Raoul aurait emprunté quelques expressions à Garin. Je n'en suis pas persuadé, mais rien n'empêche que l'auteur de ce dernier poëme n'ait connu le premier sous sa forme primitive (attestée au xi e siècle) et que, à son tour, le remanieur de Raoul n'ait consulté les Lorrains.
a. C'est en réalité Ansegisus, un des ancêtres des Carolingiens. Voy. G. Paris dans la Rassegna bibliografica délia letteratura Italiana, I, no 5, et La légende de Pépin le Bref (dans les Mélanges Havet, 604-607).
3. Garin agit de même que son père. Voy. éd. Du Méril, p. 100 sq.
4. Girart de Roussillon, chanson de geste traduite pour la première fois (Paris, 1884, ia-8°), p. zxi.
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Notre auteur n'est pas un vulgaire jongleur. Il a reçu une certaine instruction, comme en témoigne par exemple cette comparaison :
N'ot tel bataille ne un tel fereïs Fors devant Troies où Achilles finit.
11 attribue la construction de monuments antiques non seulement aux Sarrazins, selon l'habitude du moyen âge, mais encore à « Jules César » (u, 53). Il sait que Charles Martel s'est emparé des biens ecclésiastiques. S'il n'était pas clerc, il était du moins frotté de a clergie ».
Néanmoins, il est à remarquer que justement dans cette première partie il est fait plusieurs allusions aux luttes de Girart de Roussillon contre Charles Martel, et à des incidents qui ne se retrouvent pas dans le poëme renouvelé 1 . Il est donc assuré que l'auteur du Garin a connu dans le Girart primitif des épisodes qui ont disparu dans le remaniement qui nous est parvenu, et, le témoignage de la vie latine aidant, il semble vraisemblable qu'il y a puisé au moin? la connaissance des Wandres. Le mariage de Blanchefleur (n, i-i5) est également inspiré de Girart de Roussillon. L'empereur Pépin, comme Charles Martel, trouve moyen d'épouser la fiancée du héros 2 .
Un mot sur la personne et la nationalité de l'auteur. Selon P. Paris le poëme de Garin ou du moins de ce qu'il appelle « la troisième chanson » serait dû à un certain Jean de Flagy. « Il était sans doute né » sur les marches de Champagne. Il existe dans le Vermandois
i. P. Meyer, Girart de Roussillon, p. xix. Le personnage du traître H ardre, si fréquent dans nos chansons de geste, semble ici (I, 140) inspiré particulièrement du Girart primitif.
2. 11 ne convient pas à cette très rapide esquisse de poursuivre plus longtemps la recherche des emprunts du Garin. Signalons à titre de curiosité deux personnages embarrassants, Thiebaut d'Aspremont et Hernaïs d'Orléans. Le premier est cousin de Bègues et de Garin, le second est le « bon duc », il assomme l'ennemi de leur race, Hardré (I, i3 5). Ce sont donc des figurants sympathiques. .Or nous retrouvons ces personnages ailleurs, en particulier dans le Couronnement de Louis rédigé vers le milieu du xn° siècle (éd. E. Langlois dans la Société des anciens textes (v. 1 3 2) et le Gaydon qui date du premier quart du xuie siècle (éd. Luce et Guessart dans les Anciens poètes de France, v. 1-1849). Mais ici, chose singulière, ce sont deux traîtres abominables. Arnéis persuade Charlemagne de lui remettre le royaume aux dépens de Louis. Guillaume-au-court-nez empoigne le « losengier » et lui brise « l'os de la gole » . Thiebaut d'Aspremont est frère de Ganelon. Il entreprend de venger la honte de sa famille sur Gaydon, autrement dit Thierri qui, dans la Chanson de Roland, a prouvé par le duel judiciaire la félonie de Ganelon et tué Pinabel. Bien entendu que le traître e>t vaincu et tué par le héros du poème. Chose encore plus singulière dans la suite du Garin dans Girbert de Metz, Thiebaut figure parmi les Bordelais. (Sur les avatars de ce personnage, voy. W. Reimann dans les Ausgaben de Stengel, III, 108-109.) Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé, c'est ce que je ne me charge pas d'expliquer. Je me borne à attirer l'attention sur cette transformation curieuse. Une dernière remarque : Aspremont, dans la Meuse, non loin de Montclin, a été le siège d'une importante famille féodale. Les sires d'Aspremont, connus depuis la fin du x° siècle, s'appellent presque tous Gobert. Aucun ne porte le nom de Thiebaut. On trouve bien quatre personnages de ce nom échelonnés du vin* au x e siècle, dans une généalogie dressée par Imhoff, mais, selon la remarque de Dom Calmet (Histoire de Lorraine, I, ccxvm), cette liste est plus que suspecte de fausseté.
» plusieurs endroits du nom de Flagy, et l'un d'eux était probable- » ment la patrie de M e Jean, l'un des plus grands poètes du moyen » âge 1 ». Cette attribution paratt douteuse et tant qu'on n'aura pas d'édition critique, ne devra être acceptée que sous bénéfice d'inventaire. Selon M. Bonnardot, les manuscrits qui attribuent le Garin à Jean de Flagy représentent des rédactions remaniées 3 . Je ferai observer en outre qu'il n'existe, à ma connaissance, aucun Flagy en Vermandois. A l'exception d'une localité de Seine-et-Marne, (arr. Fontainebleau, cant. Lorrez-le-Bocage) et du Calvados (corn. Sainte- Honorine-du-Fay), tous les Flagy ou Flagey sont dans l'Est, en Bourgogne ou Franche-Comté 3 .
Que l'auteur fût Lorrain ou pour mieux dire, Messin, c'est ce qui paraît bien probable. A maintes reprises les troupes de Garin et de Bègues sont qualifiées « les nos » (les nôtres). Mais il faut observer que cette expression s'applique également aux Français. Ainsi: « Huimais devons a nos Franceis venir» (i, 271; 11, 193). Les « Franceis » dans le poëme ce sont les sujets directs de Pépin, « nostre emperere » (1, 83) qui habitent entre Laon et Orléans, Beauvais et Châlons. Ils sont « mervillous chevaliers » (1, 242). 11 est donc très probable qu'il était fixé dans le royaume de France dont il connaissait bien la géographie.
De ce que nous ne trouvons dans l'histoire du vm c au xn e siècle aucune trace des exploits des Hervi, des Garin, des Begon, des Rigaud, des Fromont, des Bernard, des Guillaume de Monclin et de Blanquefort, etc., pas même leur nom 4 , devons-nous conclure que
1 . I, XIX, cf. Traduction, p. 364 : « Flagy, village des frontières d'Artois et de Picardie ».