J.-A. BRUT A ILS
point. C'est, comme sans doute la questa due par tous les que st aux de la province, une redevance mi-personnelle, mi-réelle, qui atteignait le tenancier en raison de sa tenure et surtout de sa maison. Car on n'était pas questal si on n'occupait pas un estatge servile, un manse servile.
Ce caractère mixte de la taillade est si bien déterminé dans l'arbitrage de 1 349 que la succession des habitants ne pouvait pas, aux termes de l'un des articles ', être dévolue aux héritiers naturels quand ceux-ci résidaient hors du territoire en question. En i53o encore, un fournier de Bordeaux ayant acquis des immeubles à Caudéran, on lui objecta son inhabileté à les posséder; par trois dimanches consécutifs, on offrit au prône aux questaux du chapitre d'en opérer le retrait et, aucun d'eux ne se présentant, on admit le bourgeois de Bordeaux à tenir ces biens après qu'il se fût déclaré questal 2 .
La taillade n'était donc pas un cens collectif ; l'argumentation que le chapitre basait sur la sentence de 1 349 était, en conséquence, de tous points insoutenable, et on a le droit de s'étonner qu'elle ait prévalu devant les tribunaux. Elle triompha cependant et divers arrêts attribuèrent au chapitre, en vertu de cette sentence, la seigneurie foncière de tout le Tinement général.
Ainsi se forma la seigneurie de Saint-Seurin. Ce résultat fut pour une large part la conséquence de causes étrangères à l'objet du procès. D'abord, les adversaires du chapitre avaient des systèmes de défense contradictoires, tandis que les chanoines marchèrent vers leur but avec un esprit de suite et une persévérance peu ordinaires.
En second lieu, le chapitre, en vertu d'un privilège spécial, était, depuis le commencement du xvn e siècle, justiciable de la Chambre des requêtes de Toulouse 3 . Un propriétaire attaqué en paiement d'un cens infime 4 devait constituer un procureur dans cette ville éloignée, si même il n'était pas tenu de s'y rendre. Le chapitre, lui, avait à Toulouse son procureur, ses relations et une jurisprudence favorable à ses vues. Bien souvent, des propriétaires, effrayés par la perspective d'une lutte inégale, préféraient payer plutôt que de soutenir un procès ruineux. Quelqu'un d'entre eux résistait-il, le chapitre faisait montre d'une incroyable âpreté. Une fois notamment, un nommé Duchalard, armé de preuves, entendit les faire valoir : on plaida quarante ans et