‹ Etudes d'histoire du moyen ageChapitre 237 sur 326 · PAUL THIRION · texte numérisé non relu

PAUL THIRION

Reims. Or, en fait, en quoi la commune se distingue-t-elle des villes échevinales ? Par les droits de taxation arbitraire et de vengeance privée. Tous deux, on le sait, le premier surtout, ont donné lieu à des abus exorbitants qui ont fini, et de bonne heure, par rendre aux habitants eux-mêmes le régime communal intolérable. C'est en effet une tendance invariable chez les autorités municipales de tous les temps et de tous les pays que d'être fort dépensières. Il faut qu'une autorité supérieure les contienne. Ce pouvoir modérateur existait précisément en Champagne où, comme on le voit par l'exemple de Reims, les .échevins ne pouvaient asseoir de taille qu'avec le consentement du seigneur et à charge de lui rendre compte de l'emploi des deniers. Nos législateurs contemporains n'ont pas imaginé de plus sûre garantie.

En dehors de cette utile restriction, la petite ville champenoise a ses juges à elle, ses administrateurs indépendants qui, aux fonctions judiciaires près, ressemblent beaucoup à nos modernes conseillers municipaux. Le caractère modéré du pays, l'esprit politique des seigneurs, l'influence d'hommes éminents et populaires, tels que Henri le Libéral et son illustre frère, le cardinal Guillaume, ont permis entre princes et sujets l'établissement de compromis aussi avantageux pour ces derniers qu'ils pouvaient raisonnablement le désirer. La ville d'échevinage paraît terne dans son histoire à côté de la turbulente commune. Elle a pourtant sur elle trois avantages décisifs: la paix, l'ordre et la durée.

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