DANS L'EMPIRE BYZANTIN
Par Ch. DIEHL
Si Ton examine la liste des thimcs byzantins, telle que l'a dressée au x e siècle Constantin Porphyrogénète, on constate que beaucoup des cii conscriptions énumérées par l'impérial écrivain ne sont que des démembrements de gouvernements plus étendus 1 . Le même fait ressort de l'étude des textes qui racontent l'histoire byzantine pour les temps antérieurs au X e siècle : le patriarche Nicéphore etThéophane connaissent des thèmes beaucoup moins nombreux ec plus vastes que ne sont les provinces de l'époque du Porphyrogénète. Il importe donc, pour apprécier exactement le caractère du régime administratif de l'empire grec au moyen âge, d'établir aussi précisément que possible la liste de ces grands gouvernements primitifs ; il importe surtout, pour en bien comprendre l'origine, de déterminer l'époque où pour la première fois apparurent ces groupements nouveaux, réunissant sous l'autorité d'un chef militaire un certain nombre d'anciennes provinces civiles : et d'abord on constatera ce fait capital, que ces créations n'ont point été faites à une date uniforme, mais que des nécessités particulières ont, selon les régions, amené des applications successives — et au début assez peu nombreuses — d'un même principe général.
i. Thèmes (éd. Bonn), p. 35 (Séleucie) ; ibid. ; p. 3a, et De Adm. imp., p. 128 (Lykandos); De Adm. imp., p. 226 (Mésopotamie) ; 22S (Charsian) , 224 (Cappadoce x ; 224 (Céphalénie); 2*5 (Calabre); Thèmes, p. 5o (Strymon).
Un trait caractérise essentiellement le régime des thèmes : c'est la réunion entre les mains d'un même gouverneur des pouvoirs civils et militaires. Or, dès la fin du vi e siècle ', l'Italie apparaît organisée de cette sorte : les treize provinces antiques de la péninsule sont rassemblées sous l'autorité suprême d'un officier général 2 . Sans doute cet officier porte le titre d'exarque et non point celui de stratège; mais la différence du titre administratif n'entraîne dans l'institution nulle différence fondamentale: sans qu'elle ait cessé jamais d'être gouvernée par des exarques, la «province d'Italie 3 » a bien vite été considérée comme un thème véritable 4 . Vers le même temps, la même transformation s'accomplissait en Afrique : les six provinces africaines furent groupées par l'empereur Maurice sous la main d'un exarque 5 , qui bientôt sera désigné, comme les gouverneurs des thèmes, par le terme caractéristique de « patrice et stratège 6 ».
Le désir de résister efficacement aux assauts des Lombards et des Maures avait produit en Occident ces graves changements : les invasions des Perses et des Arabes allaient, peu de temps après, amener en Orient de semblables remaniements. C'est sous le règne d'Héraclius, dit Constantin Porphyrogénète, qu'apparaît pour la première fois le terme d'Arméniaques 7 ; et, en effet, quoique la première mention du stratège de ce thème se trouve dans Théophane seulement en 667 8 , le fait qu'en 626 déjà les textes nomment un turmarque des Arméniaques 9 permet de croire que, dès cette date, se préparait, au Nord-Est de l'Asie Mineure, la constitution de ce
1. Je n'ignore pas qu'antérieurement à cette date, Justinien déjà avait posé le principe de la réunion des pouvoirs : mais ses réformes administratives s'appliquèrent en général à des circonscriptions territoriales préexistantes (Pisidie, Lycaonie, Isaurie, Cappadoce, Thrace, etc.). Or, ce qu'il importe de rechercher, pour fixer l'origine des thèmes, ce sont les cas où un nouveau groupement des territoires accompagne la transformation du régime administratif.
2. Cf. mon Administration byzantine dans l'exarchat de Kavenne, p. 6-18.
3. Script, rerum langobard., p. 35 1 ; Liber pontif. (éd. Duchesne), p. 416.
4. Migne, Pair, lat., t. XCVI, p. 427, et Hartmann, Untersuch. z. Gesch. d. byz. Verwaltung in Italien, p. 72-73.