I. MiCNr, p. G. t. VII, p. \û\ru •2. De oral
2^0 ÉTUDES lyiIISïOir.E
que les païens répandent sur les réunions fermé(?s ut clandestines des chrétiens : sacramentum infaniicidiil Alors pourquoi, demande le vigoureux polémiste carthaginois, ne nous prenez-vous pas en flagrant délit? Pourquoi vos magistrats et vos bourreaux ne demandent-ils point aux chrétiens ce qui se pratique dans leurs réunions? « Imperatis non ut dicant qiiae faciunt... » TertuUien suppose donc que les fidèles pouvaient répondre, tout aussi bien que répondaient les apostats interrogés par Pline. — 11 continue : Si nous nous cachons persévéramment [semper latemus] , comme on nous en fait un grief, comment nos ennemis connaissent- ils le crime que nous cachons? Par qui notre crime a-t-il été dénoncé? Sera-ce par nous? Mais vous ne pouvez le donner à croire, vous païens, qui n'admettez pas que le silence dû aux mystères puisse être violé. Et si les mystères d'Eleusis ne sont révélés par personne, combien moins supposera-t-on que nos prétendus mystères le seraient par nous, si notre révélation devait dévoiler des crimes capables de provoquer la vindicte des lois? « Eleusinia reticentur : quanto magis talia quae prodita intérim etiam humanain animadversionem provocahunt? » Sera-ce par des personnes étrangères à notre culte, que notre secret aura été trahi? Mais alors comment ces étrangers le connaissaient-ils ? « Cum semper etiam piae initiationes arceant profanos. » — L'argumentation de TertuUien se décompose en deux arguments. Avez-vous constaté, avez-vous fait avouer par quelqu'un des nôtres le crime rituel que vous prétendez que cache notre culte eucharistique? Non. Alors comment l'affirmez-vous? Car s'il y a crime, s'il y a immolation d'un enfant et tout le reste, et si ce crime
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est un secret religieux, comment le pourriez-vous connaître ■■' En juriste qu'il est, Tertullien raisonne sur la supposition de ses adversaires, mais cette supposition, il n'en admet pas le bien-fondé, il la convainc môme d'incohérence : il n'admet pas que les chrétiens soient liés par aucune /î^/es silcntii : on n'a (juà les interroger, ils parleront, ils n'ont rien à cacher '. En d'autres termes, ce passage de VApolo*^cticusj qui a si souvent servi à prouver l'existence de l'arcane, établit, au contraire et clairement, que l'arcane est une imputation contre laquelle Tertullien défend le christianisme.
C'est une imputation, et Tertullien va l'articuler contre certaines sectes hérétiques, pour les combattre. 11 raille l'arcane profond où les valentiniens s'enferment. Ils n'ont rien de plus à cœur que de cacher ce qu'ils prêchent. Ils font du secret un devoir de conscience. Et en cela ils ressemblent aux initiés des mystères d'Eleusis, encore que les valentiniens soientpires : « Eleusinia valendniani fccerunt lenocinia^ sa ne ta silentio magno, sola taciturnitate caelestia ». N'essayez pas de demander des explications à un valentinien : vous l'interrogez avec candeur, il vous répond d'une mine austère : « Altum esty>. Si vous tentez de pénétrer cette profondeur, si vous le sollicitez subtilement, il vous répondra par des équivoques qui semblent affirmer la foi commune. Si vous montrez que vous savez tout, il nie tout. Les valentiniens ne confient leur doctrine à leurs disciples que quand ces disciples sont absolument à eux. Aussi nous traitent-ils, nous catholiques, de simples :
ik Apologet.l.
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« Ideoque simplices notamnr apud illos. » Sans doute, larcane que raille Tertullien n'est pas un arcane bien autheriLique, et le rappel qu'il fuit des Eleusiriies est un Irait mordant ou injurieux, rien de plus. Mais Tertullien aurait-il parlé ainsi, si les catholiques avaient pratiqué la loi du secret? Et pourquoi les valentiniens accusaient-ils les catholiques de sinnplicité, sinon parce que les catholiques n'usaient pas de tant de précautions^ ?
Un fait qui n'a jamais été relevé, croyons-nous, est précisément le reproche que les controversistes catholiques adressent aux sectes dissidentes d'avoir, elles, une façon d'arcane. Saint Irénée reproche aux gnostiques de son temps de se refuser à enseigner au grand jour, Iv cpavêpw, et de faire payer un prix très élevé la communication de leurs mystères. Ils refusent, dit-il, de laisser divulguer leurs mystères, ils veulent les renfermer dans le secret du silence : « Non oportere omnino ipsorum mysteria effari^ sed in abscondiio continere per silentium. » Voilà l'arcane. Puis avec l'arcane apparaissent aussitôt les livres secrets, les « apocryphes - ». Dans la prétendue épître de saint Pierre qui se lit en tête des Homélies clémentines, saint Pierre est supposé intimer à saint Jacques l'ordre de ne confier à aucun païen, ni même à aucun juif, sans épreuve préalable, les livres de ses K'/ipuYjjLaxa qu'il adresse à saint Jacques. En retour, saint Jacques décide que l'épreuve en question durera dix années au moins, et que les livres de saint Pierre seront communiqués seulement après que l'initié aura juré sur la terre et les cieux de ne communiquer
d. Adx). Valent, i.
2. Contra haer. I, 4, 3; 24, 6; 25, 5; 31, 4. II, 14, 1 prolog.
CCS livivs à personne, de ne les copier pas, de ne les laisser pas copier. Part-il en voyage, il emportera ces livres avec lui; préfère-t-il ne les emporter pas, il les confiera à l'évoque « professant la môme foi » ; est-il sur le point de mourir, il les remettra à cet évêque, au cas où il n'aurait pas d'enfants admissibles à l'initiation; plus tard, si ces enfants deviennent dip^nes de l'initiation, l'éveque leur rendra les livres comme un patrimoine : et si enlin l'initié venait à changer de foi, il jure sur la nouvelle foi qu'il aurait alors de garder son engagement actuel ^ Ici l'initiation ne va pas sans promesse de silence, et cette promesse est le serment le plus étroit, et toutes les précautions sont spéc'illées qui devront empêcher qu'il ne soit trahi, fût-ce matériellement. Voilà bien l'arcane. — Et c'est contre cet arcane que saint Irénée proteste, car la justificaHon de la foi de l'Eglise réside dans le fait qu'elle est une tradition, dont le critérium est sa publicité. Une fois admise parallèlement une tradition secrète, c'en est fait de l'unité de la foi qui nous vient des apôtres : « Tradlllonem apostolorum in loto mundo manifestatain^ in omni Ecclesia cidest res^ picere omnibus qui vera velint v'idere... Doctrina apostolorum manifesta et firma et nihil subtrahens, neque alia quideni in abscondito, alia çero in manifesto doccntium ^. » Tertullien ne s'exprime pas dilîéremment : le Christ a enseigné au grand jour et nulle part il n'a donné à entendre qu'on dût rien cacher : « Dominas palam edixity sine uUasi<^ni/ica' tionc alicuius tccti sacra menti ^. » Les catholiques
i. Clementina, Episi. Pétri, 1,3; Contest. lacobi, l, \.