Sim. MU, !», I
b. Contra haer. I, 13, 7.
50 ÉTUDKS D'IIISTOIIIE
Par réaction, un rigorisme s'affirmait, impérieux, non moins redoutable à l'Eglise, mais dont on est surpris de constater combien fut grande la popularité.
h' Evangile selon les Egyptiens, au milieu du second siècle, prétait au Sauveur les maximes de l'ascétisme intégral. Jusques à quand dominera la mort? demandait Salomé. Et le Seigneur répondait : « Elle dominera, tant que vous, femmes, vous enfanterez. » On ne pouvait plus nettement faire de la virginité une condition du règne de Dieu. Le Seigneur insistait : « Je suis venu, disait-il, supprimer les œuvres de la femme ^ » Un temps viendrait où « le vêtement de honte, c'est-à-dire le corps, serait foulé aux pieds », et où « il n'y aurait plus ni mâle ni femelle ».
Dans les Actus Pétri ciun Simone, découverts par M. Studemund, et qui sont un fragment de la Trgpioooç IlsTpou du II® siècle, la prédication de saint Pierre à Rome a pour maxime première l'observation de la chasteté. Ainsi l'entendent bien les femmes qui se convertissent, non seulement les concubines du préfet Agrippa, mais tout autant la femme légitime du clarissime Albinus, ami de César. La conversion est à ce prix : « Complices aliae honestae feminae, audientes verhum de castitate, recedehant a vivis suis, et viri a mulierihus, propter quod vellent caste et miinde Deo sefvire^. »
\. E. NESTLE, Novi Testamenti graeci supplementum (Leipzig 1896) » p. 7-2.
'2. R.A. Lipsius, Acta Pe^/'^ (Leipzig 1891), p. 8o-87.
Dans les Acta Thomae^ le Christ tenait à deux jeunes époux, au premier soir de leurs noces, le discours suivant : « Si vous vous abstenez de ce commerce de souillure, vous deviendrez des temples saints, purs... Vous aurez préféré les noces pures et véritables. Vous serez les paranymplies [de TÉpoux céleste], ceux qui entrent dans la chambre nuptiale de l'immortalité et de la lumière. » Les deux jeunes époux sont convaincus, et le lendemain ils font part à leurs parents de la joie inattendue qui les remplit. « Bien loin de moi est l'œuvre de honte et de confusion, s'écrie l'épousée : je suis unie à un homme véritable ! » Et l'époux : « Merci à toi, Seigneur, qui m'as éloigné de la souillure, qui as semé en moi la vie, qui m'as guéri de l'incurable, qui m'as donné la santé de la sagesse'. »
Dans un autre épisode des Acta Tkcmae, une femme de qualité, Mygdonia, est convertie par l'aputre au dessein de « demeurer dans une pureté perpétuelle ». Le mari, Charisios, porte plainte auprès du roi contre saint Thomas, ce magicien hébreu qui proche un Dieu nouveau, et qui proclame que si les maris n'abdiquent pas leurs droits sur leurs femmes et pareillement les femmes leurs droits sur leurs maris, il n'y a aucun espoir de vie éternelle. Thomas se défend devant le roi : « S'il faut, dit-il, obéir à un roi de ce monde, combien plus faut-il obéir au roi céleste, avec pureté hors de tous les plaisirs charnels, loin de toute fornication, de toute luxure, de tout larcin, de toute ignominie, de toute servitude du ventre et de toutes les actions mauvaises^? »
1. Acta Thomaeiéd. Max Bonnet), p. 11-13. Cf. p. ii. i. Id. p. îio-13.
52 ETUDES D IIIST(JIF\E
Dans les Acta PauU et Theclae la prédication prêtée à saint Paul se résume en rpielques béatitudes où l'ascétisme a le premier rôle. Paul étant venu dans la maison d'Onésipliore à Iconium, « il y eut grande joie, et prière à genoux, et fraction du pain, et discours de Paul sur la continence (rEpi e^xpaxeia;) et sur la résurrection ». Paul disait : w Heureux ceux qui sont purs de cœur, car ils verront Dieu ; heureux ceux qui gardent pure leur chair, car ils deviendront le temple de Dieu; heureux les continents lYxpaTcTç), car Dieu leur parlera ; heureux ceux qui ont femme comme s'ils n'en avaient point, car ils hériteront de Dieu; heureux les corps des vierges, car ils plairont à Dieu et ne perdront pas le prix de leur pureté. » La vierge Thékla, entendant celte prédication, renonce à son fiancé et au mariage promis. Grand est l'émoi dans Iconium, car toutes les femmes et tous les jeunes hommes vont entendre Paul et recevoir sa doctrine, qui est : « 11 faut craindre un seul Dieu et vivre dans la pureté » ; et encore : « Il n'y a de résurrection que pour qui demeure pur ^ . »
Pour ces moralistes, la vie chrétienne n'est véritable que si elle est la pureté des anges. La continence est la vertu à laquelle on s'engage par le baptême. Hors de la pureté pas de salut. Cette morale a un nom dans les hérésiologies, l'encratisme, mais les Encratites ne sont pas une secte. Saturnin et ses disciples sont signalés par saint Irénée (Irénée dépend ici de saint Justin) comme « séduisant nombre d'âmes par leur continence affectée », comme professant que le mariage et la paternité sont œuvres
\.Acla Pétri (éd. Lipsius), p. 238-2 i4.
sataniques. Mais Marcion aussi est signalé par saint Ircnéc comme le maître de ceux qui sont appelés continents, qui prêchent contre le mariage, qui détournent la créature de sa fin, qui accusent obliquement celui qui créa dans riiumanité le mâle et la femelle *. L'encratisme déborde l'école de Marcion. Car Jules Cassianos, signalé comme le doctrinaire de l'encratismo [Encrutitaruni ^>el acerrinius haeresiarches), est un disciple, non de Marcion, mais de Valcnlin -. I/auteur des Philosophoiunena [ca. 220 230), qui a pu voir autour de lui beaucoup d'Encratites, assure qu'ils ne sont point dissidents de la foi de la grande Église. « Ils se donnent, dit-il, le nom d'I^ncratites; mais sur Dieu et sur le Christ ils professent exactement la foi de TEglise^. » C'est un encratite sûrement cet évéque de Cnossos auqurl Denys, évéque de Corinthe (ca. 170), écrit de ne point « imposer aux fidèles la chasteté comme un lourd fardeau, mais d'avoir égard à la faiblesse de la plupart "^ ». L'encratisme est donc un esprit, non une secte, un esprit répandu dans l'Église même, au second siècle.
De cet ascétisme catholique, on a un spécimen dans la Sccunda démentis. L'auteur cite la maxime de YE^>angile selon les Egyptiens sur « les deux qui deviennent un », sur l'annihilation des sexes : « Si vous faites ainsi, le royaume de mon Père viendra. » Sans doute, le presbytre, anonyme auteur de cette homélie qui porte le nom de Secunda démentis, atténue
1 Conlva hacr. 1, 24. 2; -28. t.
•2. HiF.uoNYM. Comin. in Gnl. M, 8.