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Ii2 ÉTUDES D'HISTOIRE
anormale », et qu'elle ne fit pas brèche directemoiii aux règles solennelles de la pénitence ecclésiastique, témoin les canons du concile d'Elvire [a. 30G) qu; refusent la réconciliation aux lapsi. A nos yeux, au contraire, le concile d'Elvire témoigne que le droit divin revendiqué par l'épiscopat de réconcilier tout pécheur une fois, était acquis et reconnu, alop'^ môme que, dans certaines circonstances, Tépiscopat décidait de priver certains pécheurs de tout recours à ce pouvoir divin de l'évêque. Il est sûr, et tous les faits que nous avons produits le montrent clairement, que l'épiscopat usait de son pouvoir do réconcilier dans une mesure qui variait selon que l'exigeait l'intérêt spirituel et moral des fidèles. Deux papes contemporains du concile d'Elvire confirment notre induction. L'épitaphe damasienne du pape Marcel (-{- 309) le représente comme ayant suspendu l'exercice de la réconciliation des lapsi^ au lendemain de la persécution de Dioclétien, et comme ayant par cette mesure soulevé dans son Église la plus violente opposition :
Veridicus rector, lapsos quia crimina flere praedixit, miseris fuit omnibus hostis amarus : hinc furor, hinc odium sequitur^ discordia, lites, seditio, caedes : solvuntur faedera pacis.
Avec M. de Rossi et M»'" Duchesne, nous croyons que de ces vers de Damase il résulte que le pape Marcel eut à lutter contre une cabale de lapsi; mais rien ne dit que ces lapsi aient voulu forcer rÉglisromaine à les réunir à la communion sans qu'ils se fussent soumis au préalable à une expiation pénitentielle, car pareille sommation en 308 eût été un ana-
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ET Dl-: THEOLOGIE POSITIVE. 143
chronisnio, la loi qui s'y opposait étant posée et acceptée depuis le pape Cornélius. Il est donc plus vraisemblable que le pape Marcel voulut imposer une satisfaction plus long-ue, sinon aussi sévère que celle (priniposait le concile d'illvire. De là Témotion et la colère des lapsi.
Leur opposition durait encore sous le pontificat du successeur de Marcel, le pape Eusèbe. L'épitaphe damasienne d'Eusèbe donne un nom, inconnu d'ailleurs, qui paraît être le nom du chef de ce violent parti des lapsi :
lleraclius vetuit lapsos peccata dolere.
1/épitaplie continue, en décrivant la sédition contemporaine d'Eusèbe avec les mômes termes qui avaient servi à décrire celle du temps de Marcel :
Eusebius miscros docuit sua crimina flere : scinditiir in partes populus ^liscente furore : seditio, caedes, belluni, discordia, litcs!
Knscinble lleraclius et Eusèbe sont exilés, ce qui donno une idée de riinportance du personnage qu'était lleraclius et de la discorde soulevée par lui '.
Qu'est-ce à dire sinon que le pouvoir des clés est aux mains des évéques, mais que les évéques Tadministrent comme un droit de grâce, que Ton ménage, ([ue l'on conditionne, que l'on peut même suspendre? H est aux mains des évéques, comme un pouvoir souverain : l'intervention des martyrs, qui un temps avait entamé cette souveraineté, et que le pape Calliste avait pour un temps ratiliée, est depuis Corne-
1. Dr. Rossi, Romaiott. l. II, p. iOl-âW. Dichesne, Lj6er ;io/j/i/. l. L, p. 1G6 et 107.
lius exclue. Il est souverain : la réserve qui avait ir;terdit aux adultères d'en bénificier a été levée au tciup de Calliste ; la réserve qui excluait encore les lap., est, de môme, en principe et on fait, levée au temp de Cornélius. La procédure qui conditionne l'exercic du pouvoir épiscopal des clés apparaît dans ses acte distincts : la conversion ou pénitence, Texomolo^èsc, l'imposition des mains. Ce geste, qui réconcilie en dernière instance le pécheur et lui rend la communicatio ecclesiastica, apparaît très nettement formé ^ : il est le geste de l'évêque; mais, sauf les cas de mort prochaine du pécheur, tout le presbyterium y est associé, comme il convient à un acte solennel de l'Eglise, à un acte aussi solennel que le baptême.
1. Ce même geste est indiqué pour la réconciliation des licrétiques : « [Eusebius] hic liaereticos invenit in urije Roma, quos ad manum impositionis [sic] reconciliavit. » Liber pont. t. I, p. 1U7. Cf. la note o MK"^ Dlciiesne, in loc, qui assimile, il est vrai, cette imposition tJ mains à celle de la conlirmation.
PÉNITENCIEHS ET PÉXITENTS
(iv*-v« siècle)
Un fait ressort clairement de l'enquête que nous avons poursuivie, c'est que le ministre ordinaire de la pénitence est jusqu'ici Tévéque. Ce fait ne surprendra personne, si Ton veut bien se rappeler que l'évt^que, au ii'' siècle comme au m*, est en chaque Eglise le sacerdos par excellence et quasi unique. Le mot sacerdos^ qui plus tard, à dater du VI* siècle, a été appliqué aux prcsbyterij a été d'abord le synonvme devenue et ne dési£rna lonprtemps que l'éveque. Le baptême est une fonction épiscopalc, et, au témoignage de Tertullien, il n'est jamais administré par un prêtre ou par un diacre sans la délégation de l'éveque : « Dandi quidem [hap- U'smiim] hahet ius siuuinussacerdos qui cstcpiscopus, dchinc prcsbyteriet diiiconij non ta mon sine episcopi iiictoritate, propter Ecclesiae honorem. » L'euchalie est pareillement une fonction épiscopale, et il ut un temps où sans l'éveque on ne devait pas plus •élébrer l'eucharistie que le baptême : « Valida cuharislia habcatur illa, qiiae sub episcopo pcragitur\ suh eo eut ipse concesserit. » Ainsi s'exprimait
146 ETUDES DIIISTOIKE
saint Ignace. A Rome, au début du iv^ siècle, quand un prêtre célèbre la messe en dehors de la présence de révoque, il môle aux espèces qu'il consacre une portion de pain consacré antérieurement par Tévêque, « ut oblationes ex consecratu episcopi dirigerentur^ ». Si les pouvoirs liturgiques sont ainsi concentrés dans les mains de révéque, il n'en saurait aller autrement du pouvoir des clés.
Cette constatation faite et ce jalon posé, nous nous demanderons à quelle époque et dans quelles conditions de simples prêtres ont été associés au minis- | tère proprement épiscopal du pouvoir des clés. La question a une importance grande, parce que, dans la transition de l'ancienne discipline à la discipline des pénitentiels, la création des prêtres pénitenciers détermine l'évolution.
Nous avions abordé cette question déjà dans un mémoire publié en 1894 ; nous la reprenons ici plus à fond, et sans qu'il soit besoin de noter les corrections que nous apportons à notre étude d'il y a huit
ans.
Un premier fait à constater est que, à Rome, à la fm du v° siècle, il existait auprès de certaines basiliques des prêtres chargés des personnes qui sollicitaient le baptême et de celles qui sollicitaient la' pénitence. On lit, en effet, dans la notice du pape Simplicius (468-483) , au Liher pontifie alis, que ce pape institua dans les trois basiliques de Saint-Pierre, de Saint-Paul et de Saint-Laurent, un rôle grâce au-
1. Tertull. De baptismo, 17. Ignat. Smyrn. ym, 1. Lib. pontiflcalii 1. 1, p. 1G8.
ET DE THÉOLOGIE POSITIVE. 1 iT
f]uel chaque semaine des prêtres se relayaient pour le service des pénitents: « ... constituit ...cbdomadas ut presbiteri nianerent propter paenitcntes et baptismuni ». Ainsi s'exprime ce que Ton a appelé la seconde lidition du Liber pontificalis. La première édition, un peu plus explicite, portait ceci : « ... constituit.., ebdoniadas ut presbiteri marièrent propter baptismuni L't paenitcntiani pctentibus ^ ».
Les trois basiliques susnommées, Saint-Pierre, Saint-Paul, Saint-Laurent, sont des basiliques hors les murs. La nouveauté de l'institution du pape Simplicius consiste en ceci qu'il attache des prêtres chargés du ministère des catéchumènes et des pénitents à des basili([ues, qui jusque-là, n'étant point dans l'intérieur de la ville de Rome, pouvaient être considérées comme nous considérerions aujourd'hui des sanctuaires sans paroissiens. C'est dire que les i^glises situées dans l'intérieur de Rome devaient ivoir à poste fixe antérieurement au pape Simplicius les prètri'S chargés du ministère des catéchumènes ,jt des pénitents.
' Et, en effet, toutes les églises qui portaient à
lome le nom de titres, — elles étaient au nombre de
ingt-cinq, — avaient ceci de distinctif, qu'elles
taient desservies par un clergé attaché à chacune
Telles; ce clergé lui-même avait pour fonction dis-
inctive le soin des catéchumènes et des pénitents.
institution de cette répartition du clergé entre les
ingt-cinq titres est attribuée par le Liber pontifie alis
pape Marcel (304-309) : le Liber marque que l'or-
lisation de ces titres équivalait à démembrer
i. Lib. pontif. t. I, 1». -2.'.).
148 ÉTUDES DHISTOIRE
l'unité ecclésiastique qu'était Rome, avec son évoque comme chef, et à constituer autant de cercles ou paroisses ou, comme dit le Liber y de diocèses : « Jlic [Marcellus]... XXV titulos in urhe Roma constituit quasi diocèses ^pr opter h aptismum et paenitenliam'^ .n
Il y a identité de langage entre la notice de Marcel et la notice de Simplicius, puisque le rédacteur final est un seul et même rédacteur écrivant pour être compris de lecteurs de la fm du v* siècle ou du commencement du VI^ Le ministère baptismal et pénitentiel tel que Simplicius l'organise à Saint-Pierre, à Saint-Paul et à Saint-Laurent, sera donc le même que Marcel a organisé dans les vingt-cinq titres ou paroisses de Rome. Cette supposition est confirmée p ce fait que les prêtres qui, semaine par semain exerceront le ministère baptismal et pénitentiel Saint-Pierre, à Saint-Paul et à Saint-Laurent, so! pris, non point parmi les clercs qui administrent ( desservent ces trois basiliques suburbaines, ma parmi les prêtres des divers titres ou paroisses qui avoisinent la basilique : Saint-Pierre disposera des prêtres de Sainte-Marie du Transtévere, de Sairt Chrysogone, de Sainte-Cécile; Saint-Paul, de ceuxL Sainte-Sabine, de Sainte-Prisque, de Sainte-Balbin: des Saints-Nérée et Achillée; Saint-Laurent, de ceu de Sainte-Praxède, de Saint-Pierre es Liens. Il y ava donc dans ces titres paroissiaux un clergé chargé d ministère baptismal et pénitentiel.
Si le Liber rapproche ainsi ces deux ministères n'est-ce pas un indice de l'analogie qui les rapproche? Au baptême solennel dont l'évêque est le minis