‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 4)Chapitre 100 sur 118 · Epipuan. Haer. LXIX, il (P. G. XUI · texte numérisé non relu

Epipuan. Haer. LXIX, il (P. G. XUI

croy pas qu'on y trouve jamais de prestres titulaires de quelque église particulière. Mais dans Alexandrie, toutes les églises soumises à l'évesque catho. lique de la ville avoient chacune des prestres préposez pour les besoins ecclésiastiques et spirituels des fidèles qui en estoient proches, selon leurs rues et leurs quartiers; et ces prestres ne manquoient point d'instruire dans chaque assemblée le peuple (jui leur estoit confié. Je ne voy pas que saint Épiphane dise clairement s'il n'y avoit qu'un prestre pour une église, ou plusieurs. Il paroist néanmoins dire plutost qu'il n'y en avoit qu'un. Entre ces églises il nomme celles qu'on appelloit de Denys, de Theonas, de Pierius, de la Persée, de Dizye, de Mendidie, d'Annien et de Bancale : et il y en avoit encore plusieurs autres, comme celle de Quirin, outre la Césarée bastie sous Constance, qui estoit la principale^ ». Tillemont a bien compris le texte de saint l^^piphane : chaque église d'Alexandrie avait un prêtre à sa tête : Arius était prêtre d'une de ces églises. Colluthus l'était d'une autre, Carpones d'une autre, Sarmatas d'une autre, autant d'ariens : FsYovaat TcoXXo't aÙToû ffu(jnrp£(j6uT£poi xa6' éxaaTr,v èxxXr)ai'av. Saint Epiphane nomme plusieurs de ces églises : èxxXïitrt'a Atovuaîou, -^ feJïwva, -^ IliEpiou, ^ iepaTTi'wvo;, "^j ty); Ilêpffaïaî, •/) Toû AiÇûxç, r) Msvûioîou, V) 'Avviavou, v] tt); BauxaXîwç. Epiphane ajoute : xat àXX«i^. En voilà déjà neuf, pour le moment où éclate l'arianisme, neuf dont quatre sont aux mains de prêtres ariens. N'était-il pas opportun, l'arianisme une fois condamné à Nicée,

i. Mrmoires, t. VI, p. î37.

2. llaer. LXIX, 2 (P. G. LXII, col. 20.;). Cf. LXVllI, 4 (col. 189).

d'enlever au presbyterium alexandrin le privilège que lui conférait l'ancien régime, et de faire rentrer dans le droit commun des prêtres qui venaient de troubler si profondément l'Église?

L'importance exceptionnelle du presbyterium. d'Alexandrie jusqu'au temps de Nicée, est un indice qui confirme bien le dire d'Eutychius, quant à la date du changement de régime électoral d'Alexandrie. Quant au fond, savoir si vraiment l'évèque d'Alexandrie était élu par le presbyterium sans l'intervention d'évèques pour le consacrer, deux faits peuvent être produits.

Le premier a été signalé par Dom Butler dans les Apophtegmata Patrum^ en un passage qui, dit-il, peut diflicilement être postérieur au iv* siècle. Des hérétiques viennent trouver l'abbé Poemen et entreprennent de calomnier lévêque d'Alexandrie, l'accusant d'avoir été consacré par des prêtres. L'abbé Poemen ne répond pas, et se contente de donner l'ordre de faire servir à manger à ces hérétiques, et de les congédier ensuite en paix ^ , Leur grief a si peu de fondement que l'abbé Poemen ne daigne même pas y répondre. Mais ce grief même ne donne-t-il pas à entendre que, à pareille époque, en Egypte, on tenait pour illégitime, mais non pour inouïe, l'intervention des prêtres dans la consécration de l'évèque d'Alexandrie? N'y a-t-il pas là une allusion à l'ancien régime alexandrin? J'avoue que je n'oserais l'affirmer.

Le deuxième fait, qui n'a été, croyons-nous, si-

\. Apophtegm. 78 (P. G. LXV, 341). G. Butler, Tlie Lausiac History (Canibridge 1808), p. 213.

jrnalé jusqu'ici par personne, est fourni par saint Épiphane, à propos de l'élection du successeur d'Alexandre. La coutume à Alexandrie, écrit-il, est que, sitôt la mort de l'évéque, on lui donne un successeur, pour couper court aux factions populaires qui pourlaient troubler la paix'. Et donc, tandis que dans les autres cités on attend un moment favorable à la réunion des évêques de la province, à Alexandrie on n'attend pas, on procède aussitôt (ajxa) à l'élection de l'évéque. — Épiphane tient cette règle pour si constante à Alexandrie, qu'il ne comprend pas comment entre la mort d'Alexandre (17 avril 328, trois jours après Pâques) et l'élection d'Athanase (8 juin), il puisse exister une vacance de près de trois mois. Il rapporte donc, lui seul, que, aussitôt Alexandre mort, on élit son successeur Achillas, qui meurt trois mois environ plus tard, et aussitôt Athanase est élu ; et il explique que si Athanase n'a pas été élu à la mort d'Alexandre, c'est qu'Athanase était à ce moment précis en mission à la cour impériale, et qu'Alexandrie ne pouvait pas attendre ! C'est là une liistoire controuvée, car Achillas est en réalité le prédécesseur d'Alexandre. Mais la confusion d'Épiphane, inexpliquée jusqu'ici, s'explique au mieux par la persuasion où il est qu'à Alexandrie l'élection do l'évéque se fait sitôt que le siège est vacant. — Or, dirons-nous, cette règle, une exception à l'usage général, est propre à Alexandrie, et elle n'est applicable que si le collège électoral est présent à Alexandrie. Nouvel indice que le presbyterium alexandrin est ce collège électoral.

1. Ilaer. LXIX, 11 (col. 2*0) : "EOoc èv *A)£Çav5pei'« (j.y) ypWi'^ti'i

L'exceptionnelle importance du presbyterium alexandrin jusqu'au temps de l'évêque Alexandre, qui est le fait le plus simple et le mieux établi par cette enquête, s'accorde bien avec le souvenir qui s'est gardé du caractère quasi épiscopal des prêtres qui composaient ce presbyterium \ C'était là un vestige de la plus haute antiquité. Nous devons ici à saint Jérôme une information dont nous pensons avoir montré la valeur 2.

1. Ainsi s'expliquerait l'implacable rigueur mise par Demetrius, évéque d'Alexandrie, à ne pas vouloir reconnaître la prêtrise conférée à Origène par l'évêque de Césarée.

2. Sur le sentiment de saint Jérôme, on pourra consulter L. San- DERS, Études sur saint Jérôme (Bruxelles 1903), p. 296-344. — Sur la hiérarcliie primitive en général, D. Borkowski, Die neueren Forschungen ûber die Anfdnge des Episkopats (Freiburg 490C).

L'AGAPE

L'AGAPE

Nous souhaiterions que quelqu'un, à l'imitation de ce que M. Huyskens a fait pour l'arcane, entreprît l'histoire de la question de lagape dans la littérature théologique depuis le xvi* siècle, cette question que le dernier qui l'a traitée appelle « le plus obscur des problèmes' ». On y verrait peut-être que cette question, simple et moderne question d'école, n'est un obscur problème que pour cette raison que Ion veut tirer des textes plus que leur contenu.

A peine au début de son enquête, M. Keating est forcé de déclarer qu'une première et « sérieuse difïiculté » est créée par la rareté des références que le Nouveau Testament fournit concernant l'agape. Encore serait-il à désirer que les références que l'on signale fussent aussi concluantes qu'elles sont rares!

La multiplication des pains, par exemple, n'a rien de romniun avec l'agape. On en dira tout au-

1. J.-F. Keating, The agapc and tlic curharist in llic earlij Church Londres lUOl), p. v.

tant du fait allégué que le Sauveur a bu et mangé avec ses disciples, ou qu'il a comparé le royaume de Dieu à un festin. Sans doute le Sauveur a rompu le pain avec ses disciples maintes fois où ce geste n'avait rien de l'eucharistie; et sans doute nous pouvons constater et conjecturer que les disciples ont pratiqué dans les premiers jours une vie commune qui comportait une table commune. Mais comment conclure de là que l'eucharistie et l'agape sont « comprises toutes deux dans le vieux terme de xXaffiç Tou apTou, fraction du pain », et que, « intimement connexes à la célébration de la cène », les agapes ont dans la cène « leur justification, leur fondement, leur objet » ? Ainsi raisonnent Th. Harnack et Lightfoot\ sans paraître soupçonner que ces affirmations ont la fragilité des constructions qui ne reposent pas sur les faits. Et ainsi raisonne M, Keating, quand, relevant tous les passages des Actes des Apôtres où est mentionnée la xXolai; xo-i àpTou (il, 46; XX, 7 et 11; xxvii, 35), et concédant qu'il s'agit dans ces passages de l'eucharistie, il conclut cependant qu'il est impossible d'y voir l'eucharistie seule et de n'y pas inclure ce qui « fut plus tard connu sous le nom d'agapc^ ».

Cette exégèse, nous le craignons fort pour elle, est une exégèse qui suppose établi toujours d'ailleurs ce qui est actuellement en question, si bien que, candidement, elle se meut dans un perpétuel cercle vicieux. Prenons donc, à notre tour, les textes classiques sur lesquels elle pense se fonder, et interrogeons-les, s'il est possible, sans parti pris.

i. Cités par Keating, p. 39.

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