‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 4)Chapitre 52 sur 118 · Cf. Epislul. XXXV · texte numérisé non relu

Cf. Epislul. XXXV

évoques chargés de l'exécution de la sentence : on leur concédait seulement la faculté d'apprécier les sentiments manifestés par le failli après sa chute, Cyprien, très habilement, prit acte de cette concession, et maintint l'ordre de surseoir à toute réconciliation jusqu'à ce que la persécution eût pris fin [Epistul. xxvi).

Mais, à leur tour, les lapsise révoltaient : ils avaient obtenu des martyrs un billet de communion, ils voulaient être réconciliés sans délai. On vit en Afrique, en certaines localités, de vraies émeutes contre le clergé : « Per aliquot civitates in praepositos impetus per multitudineni factus est, et pacem quam semel cunctis a martyribus et confessoribus dalam clamitabant, confestim sibi repraesentari coegerunt territis et subactis praepositis suis... » (xxvii, 3). Ces désordres, provoqués par les martyrs, allaient à renverser la discipline hiérarchique. Le conflit était dans toute son acuité. Cyprien dut écrire une lettre à ses ouailles pour rappeler avec fermeté que l'Église est fondée sur les évêques, et que toute l'action de l'Eglise est gouvernée par eux et par eux seuls ^ Que signifiaient donc ces lettres que des audacieux prétendaient écrire au nom de l'Eglise? Une Eglise est constituée par son évêque, par son clergé et par ses fidèles, ceux qui n'ont pas failli : les faillis n'y ont point de part.

Inde... ut ecclcsia super episcopos constituatur, et omnis actus ecclesiae per eosdem praepositos gubernetur... Quando ecclesia in episcopo et clero et in omnibus stan-

i. Cf. Cyprian. Epistul. lviii, 2 : • Si ita res est ut nequissimorum timeatur audacia,... aclum est de cpiscopatus vigore et do ecclesiae gubernandae sublimi ac divina potestate, » etc.

tibus sit constituta, absit... ut ecclesia esse dicatur lapsorum numerus (xxxiii, 1).

En même temps, saint Cyprien écrivait au clergé de Rome pour s'assurer son appui.

Si, à Rome, la doctrine professée par Calliste concernant les martyrs avait été encore en faveur, on n'aurait pu que désavouer saint Cj^prien. Calliste n'avait-il pas reconnu le bien-fondé de linterventioa des martyrs en faveur des adultères? Mais à Rome même toute trace avait disparu du pouvoir reconnu trente ans plus tôt aux martyrs par Calliste : Rome se reconnut dans la politique de saint Cyprien. Et même, tandis qu'à Carthage on n'osait pas radicalement et de front écarter la prétention des martyrs, à Rome pareille prétention n'existait plus, et l'on se demandait seulement : les lapsi peuvent-ils être absous? La question était difficile, le siège était vacant, le clergé réservait au jugement del'évêquele cas des lapsi : on voulait gagner du temps, comme il arrive quand on n'est pas d'accord, mais il y avait du rigorisme dans l'air.

Absit ab ecclesia romana vigorem suum tam profana facilitate dimittere, et nervos severitatis eversa fidei maiestate dissolvere, ut... properata nimis remédia communicationum... praestentur (xxx, 3) '.

1. Cette lettre des Romains était adressée en même temps à toutes les églises du monde, ainsi que nous l'apprend saint Cyprien (i.v, 5): «... Litterau per totum niundum niissae sunt, et in notitiam ecclesiis omnibus et universis IValrihus perlatae. • Saint Cyj)rien nous apprend aussi [ibid.) qu'elle avait eu .\ovalien pour rédacteur.

Cette réponse des Romains avait été rédigée par Novatien, qui était alors le personnage le plus considéré de l'Église romaine. Comme Hippolyte mort depuis quelque dix ans, il était prêtre, et peut-être exerçait-il une fonction analogue à celles du doctor audientium ou préfet des catéchumènes, de Carthage. Son élévation à la dignité de prêtre de l'Eglise romaine n'avait pas été sans soulever de l'opposition. Était-ce son talent qui lui avait valu des ennemis, comme l'a spirituellement supposé un historien moderne? Était-ce son humeur qu'on disait dure et vaniteuse? En tous cas les écrits que nous avons de lui justifient l'admiration que l'on pouvait avoir de son talent : pour la doctrine et pour la manière, ils font penser à Tertullien, qu'il imitait très consciemmeni , et à qui il ressemblait peut-être sans le chercher. Eu toute hypothèse, Novatien était sur la question des lapsi bien moins intransigeant que ne l'avait été Tertullien sur la question des moechi, et quoique penchant vers le rigorisme, il témoignait du progrès qu'avait fait l'indulgence. Il écrivait :

Oremus ut qui occidisse referuntur, delicti sui magnitudinem agnoscentes, intellegant non momentaneam neque praeproperam desiderare medicinam... Puisent sane fores, sed non utique confringant. Adeant ad limen ecclesiae, sed non utique transiliant {ibid. 6).

Ainsi, à Rome comme à Carthage, on ne repoussait pas radicalement les lapsi : mais on ne voulait pas que leur rentrée en grâce fût hâtive, prématurée. Ils attendraient leur heure à la porte de l'Eglise. Que si quelquun d'eux était en danger de mort, on tiendrait compte de son repentir et on lui donnerait lu communion.

Ici se présente pour l'historien un point fort obscur. A Carthage, nous l'avons vu plus haut, si un failli se trouve en danger de mourir, on ne recourra pas à l'évêque (il était hors de Carthage), mais on fera venir un prêtre quelconque, et, à défaut de prêtre, un diacre, qui recevra l'exomologèse du pécheur, lui imposera les mains, et lui donnera la communion : le pécheur sera assuré d'aller à Dieu en paix [yeniant ad Dominum cum pace). A Rome, Novatien témoigne qu'en pareil cas, c'est-à-dire lorsque le failli est en danger de mourir [vitae suae finem urgens exitus dilationem non potest ferre), on requerra de lui l'expression de son repentir [acta paenitentia), puis l'exomologèse [et professa fréquenter suor uni detestatione factorum, si lacrimisy si gemitibus, si fletibus dolentes ac çere paenitentes animi signa prodiderunt], et alors seulement on lui viendra en aide [ita demum caute et sollicite subçeniri). La lettre des Romains ne pouvait pas parler d'intervention de l'évêque et d'imposition de ses mains, puisque Rome à ce moment n'avait pas d'évêque. Mais les Romains ne parlent pas davantage d'imposition des mains d'un prêtre, voire d'un diacre, et le secours donné au pécheur mourant semble avoir une efficacité bien aléatoire, puisque l'on ajoute que Dieu seul sait ce qu'il fera de ces lapsi ainsi secourus : « Deo ipso sciente quid de talïbus faciat et qualiter iudicii sui examinât pondéra » (xxx, 8j.

A Rome donc pas d'imposition des mains pour les lapsi, mais seulement l'eucharistie : de plus, en donnant l'eucharistie, on entend ne préjuger pas la sentence de Dieu.

La communion n'a pas pour effet de remettre les

péchés, elle ne supplée pas la rémission : cet octroi de l'eucharistie atteste donc que l'on suppose le pécheur déjà purifié par la contrition et la satisfaction dont il a donné des marques. — Ainsi entendronsnous le cas rapporté par Denys d'Alexandrie et qui date de la persécution de Dèce, le cas de ce saint homme d'Alexandrie qui avait failli durant la persécution. Depuis sa chute , « à maintes reprises il avait supplié, mais personne ne l'avait écouté, car il avait sacrifié ». Il tomba malade et demeura trois jours sans voix, sans connaissance ; mais le quatrième jour il reprit ses sens, et, s'adressant à son petit-fils, il lui commanda d'aller chercher quelqu'un des prêtres. Remarquons qu'il ne pouvait être question de l'évêque, car l'évêque d'Alexandrie saint Denys, comme saint Cyprien, avait quitté la ville. L'enfant courut en hâte quérir le prêtre : c'était la nuit et ce prêtre était malade, il ne pouvait aller vers le moribond. « Mais, dit saint Denys, l'ordre avait été donné par moi que pour les mourants, s'ils sollicitaient [la réconciliation] et surtout si antérieurement ils se trouvaient l'avoir sollicitée, [il fallait] les absoudre, afin qu'ils mourussent pleins d'espérance ^ » Le prêtre donc confia à l'enfant l'eucharistie pour l'administrer au moribond, et celui-ci après avoir communié rendit le dernier soupir. Saint Denys conclut en disant : « Il avait vécu juste assez pour être absous, et, sa faute étant remise, pour être réconcilié en vertu des bonnes actions par lui accomplies. » — Nous ignorons comment l'École explique le cas de Sérapion, c'est le

I.EvsEB. H. E. VI, 4i, 4 : i-nolr,^ Ou' £[xoù SeooiAévri; toùî àïra).).aTTOiévo'j; ...àçleeOai tv' £Ùi).7tto£; àTtaX/àTTwvTat. Cf. Ctpp.iaîi. Epistul. VIII, 3 et Lv, 13, sur l'emploi du mot aubvenire.

nom de ce failli, mais il est clair que Sérapion n'a pas eu à son dernier moment l'imposition des mains du prêtre : son péché a été cependant tenu pour expié, et l'eucharistie lui a été administrée comme gage de cette expiation.

On est donc, en 250, bien divisé sur le traitement des lapsi en danger de mort : à Carthage, on leur impose les mains, on les communie, ils sont tenus pour absous par Dieu; à Alexandrie, on les communie, ils sont tenus pour absous par Dieu; à Rome, on les communie, sans préjuger la sentence de Dieu. Mais, et ceci est le point capital, ni à Carthage, ni à Alexandrie, ni à Rome, on n'abandonne les lapsi.

A Rome, on veut que, en dehors du péril immédiat de mort, les lapsi fournissent une longue épreuve pénitentielle. On témoigne être beaucoup plus surpris quà Carthage de l'insistance des lapsi : on ne comprend pas qu'ils soient si pressants, « tam ur^ genter », après une faute si énorme, « tam ingenti et immenso criinine » , non pas à solliciter, mais bien à s'attribuer la paix, comme si elle leur était déjà acquise dans les cieux.

Les Romains n'admettent pas que les martyrs aient le pouvoir d'accorder la paix aux faillis. Ils y voient une prétention contraire à l'Evangile. Ils en font une critique rigoureuse, pénétrante et bien plus directe que ne faisait Cyprien à Carthage. Du moment, disent-ils, que les martyrs renvoient les lapsi à l'évêque, c'est donc qu'ils n'ont point le pouvoir de leur rendre eux-mêmes la communion. « Diuii ad episcopum illos remittunt... consulendum putaverunt; et dum illis non ipsi communicant, euangelicae legis illibatam sinceritateni ciistodienda/n iudicaverunt »

(xxxvi, 2). Calliste avait, trente ans plus tôt, reconnu aux martyrs le pouvoir de relever l'adultère de son péché. Les Romains semblent avoir oublié cette prérogative, ils s'expriment comme si les martyrs n'en avaient aucune. Manifestement, une réaction s'est produite à Rome qui a supprimé les dispositions transitoires, concernant les martyrs, édictées par Calliste ^ .

La persécution prit fin. Le 5 mars 251, le clergé romain donna un successeur à Fabien, le pape Cornélius. Peu après Pâques, qui tombait le 23 mars, Cyprien rentra à Cartilage, et, dans les premiers jours d'avril, ouvrit le concile de la province d'Afrique.

Les actes de ce concile n'existent plus , mais on connaît, grâce à la correspondance de saint Cyprien, les décisions prises, particulièrement celles qui concernèrent les faillis. On sait que les évoques présents étaient en grand nombre ; que l'on discuta les arguments scripturaires qui pouvaient être produits pour et contre, sur la question; que les évêques mirent du temps à tomber d'accord; mais que, tout bien pesé, et considérant la miséricorde et la bonté de Dieu, l'assemblée se résolut pour une décision tempérée, modérée-.

1. Voyez YEpistul. xxi, où Celerinus, un confesseur romain, demande à Lucien, confesseur carthaginois, un billet de communion poiir deux Romaines qui à Rome même ont sacrifie Dans VEpistul. XXX, 4, Novaiien marque que les confesseurs romains ont repoussé toute demande des Inpsi : • ... severitatem euangelicac disciplinac i)rotuleruiit et illicitas petiliones ab ecclesiae pudore revocarunt. » Cf. E. W. BE>soN,Cî//jrjan (Londres 1808), p. 100.

î. Ejjistul. i,v, G : • ... copiosus cpiscoporum numcrus... In imum convenimus, et scri[>turisdiu ex utracjue parte prolalis, tcmperamcn-

Premièrement, on ne prendrait pas de mesure générale, mais on examinerait le cas de chaque failli en particulier.

Secondement, on ne refuserait pas aux lapsi l'espoir de la réconciliation, de peur que par désespoir ils ne défaillissent davantag-e, et, voyant TEglise fermée, ne retournassent au paganisme; mais la sévérité de l'Évangile serait maintenue, on ne les admettrait pas prématurément à la communion.

Troisièmement, les libellatici seraient réconciliés un à un, suivant la gravité de leur faute; mais les sacrificati ne seraient secourus qu'à l'heure de la mort'. Le concile de Carthage se sert comme les Romains du terme suhveniri; on secourra ces apostats, il n'est pas dit qu'on les réconcilie, qu'on leur remet leur faute. On dit même expressément qu'on

tum salubri moderalione libravimus. » Epistul. nv, 3 : « ... nos tem peramentum tenentes, et lihram Domini contemplantes, et Dei pairis pietatem ac misericordiain cogitantes, diu multumque tractatu inter nos liabito, iusta modeiMtione agenda libravimus. •

i. Epistul. tv, 13 : 0 Nec tu existimes, frater carissime, sicutquibusdam videtur, libellatlcos cum sacrificalis aequari oportere. » Dans le De lapsis, 28, Cyprien parle des chrétiens qui ne sont ni xacrifîcati, ni libellatici, m.iis qui « tamen de hoc vel cogitaverunt » : ils ont eu la pensée de succomber, ils ont failli en pensée. Ceux-là « hoc ipsum apud sacerdotes Dei dolenter et simpliciter confitentes, cxomologesim conscientiae faciant, animi sui pondus exponant, salutarmi medellani parvis licet et modicis vulneribus exquirant. » Voyez Epistul. Lvin, 13, comment saint Cyprien décrit l'application par lui faite des règles édictées par le concile. Les faillis, dit-il, • reraeant cotidie atque ad ecclesiam puisant, nobis tamen... sollicite examinantibus qui rccipi et admilti ad ecclesiam debeant. Quibusdam eiiim ita aut crimina sua obsistunt, aut fratres obstinate et firniiter renituntur, ut recipi omnino non possint cum scandalo et periculo plurimorum. » — Toute la suite serait à citer, pour définir la nature de l'intervention des fidèles dans l'admission ou la non-admission du failli : « Vix plebi persuadeo, inimo extorqueo, ut taies patiantur admitti •, etc. Cyprien fait violence à la sévérité de l'opinion : < Remitto omnia, nnilta dissimulo studio et voto colligendae fraternitatis : etiam quae in Deum conimissa sunt non pleno iudicio religionis examino. •

ne préjuge pas le jugement de Dieu : « Neque enim praein (il camus Domino iudicatiiro quo minus si paenitentiam plenam et iustam peccatoris invenerit, tune ratum, facial quod a nabis fuerit hic statutum » (lv, 18). Le concile de Carthage est moins libéral que ne l'était Cyprien ou Denys : il adopte, au moins pour les sacrificati, le rigorisme romain.

Quatrièmement, les lapsi qui se refuseraient à faire pénitence et à passer par l'exomologèse, n'auraient aucun espoir d'être réconciliés, pas même à l'article de la mort, parce que ce n'est pas le regret de leur faute, mais la peur de la mort qui les conduirait alors à solliciter la paix (lv, 23).

On peut, par conjecture, restituer ainsi les canons du concile de Carthage :

[Plaçait ut] examinarentur causae et voluntates et nécessitâtes singulorum.

[Placuit ut] non in totum spes communicationis et pacis lapsis denegaretur, nec tamen rursus censura euangelica solveretur, ut ad communicationem temere prosilirent, sed tralieretur diu paenitentia, et rogaretur dolenter paterna clementia.

Placuit examinatis causis singulorum libellaticos intérim admitti, sacrificatis in exitu subvenir!,

Paenitentiam non agentes, nec dolorem delictorum suoruin toto corde et manifesta lamentationis suae professione testantes, prohibendos omnino censuimus a spe communicationis et pacis.

Il est très significatif que les décisions du concile ne font aucune mention d'aucune prérogative des martyrs. On peut même dire que chacun des canons ci-dessus contient une négation de la valeur de cette

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prérogative. On examinera le cas de chaque failli : on tient donc le billet de communion pOur nul. On fera durer la pénitence et on imposera Texomologèse : les martyrs ne dispensent donc de rien. Les sacrificati seront astreints à la pénitence perpétuelle, les libellatici à une pénitence temporaire : les martyrs prétendaient rendre la communion sans aucun délai. Les faillis qui ne feront aucune pénitence, ceux donc qui croiront à la validité de la paix octroyée par les martyrs, sont excommuniés à perpétuité. En somme, les martyrs ne sont pas nommés, mais leur prérogative est supprimée. Et en cela le concile de Carthage adopte l'attitude romaine.

Le concile affirme le principe de la sévérité évangélique, « censura divina ». C'est une allusion au texte évangélique : Qui me Jiegaverit, et ego negabo eum (Luc, xii, 9). L'apostasie est donc de ce chef une faute irrémissible ou réservée à Dieu. Mais il affirme aussi que cette sévérité ne doit pas supprimer l'espoir de la réconciliation : même dans ce cas, on pourra faire pénitence. De même que l'adultère a été remis du temps de Calliste, de même l'apostasie est maintenant remise. Saint Cj'prien rappelle le précédent qu'il convenait bien, en effet, que quelqu'un rappelât, celui de la communion jadis rendue aux fidèles tombés dans la fornication. Cette indulgence jadis accordée subsiste toujours : « f^am et moecfiis a nobis paenitentiae tempus conceditur et pax datur » (lv, 20). Si l'Eglise réconcilie l'adultère après une pénitence temporaire, pourquoi ne réconcilierait-elle pas semblablement les lapsi? Les arguments scripturaires qui plaident l'indulgence en faveur des premiers ne sont pas moins probants en faveur des seconds (22-

KT DE THEOLOGIE rOSlïlVE. 129

23). S'il ne s'agit que des libellatici, est-ce que leur péché n'est pas moindre que celui des adultères ou des fornicateurs? « Mnlto et gravior et peior moechi quam libellatici causa » (26). Pour toutes ces raisons, l'apostasie ou l'idolâtrie ne sera plus un cas réservé. Le concile de Cartilage rejoint ici le décret de Calliste, et, du même coup, il pose le principe contre lequel le rigorisme outrancier de Novatien va s'élever : ici proprement est le nœud de la crise novatienne.

Le concile eut à s'occuper des lapsi qui appartenaient au clergé. On ne pouvait laisser sans sanction la faute des clercs, ne fussent-ils que libellatiques; mais ici leur déposition s'imposait. Les clercs coupables pourraient être admis à lapénitence, mais ils cesseraient de faire partie du clergé : « Eiusniodihomines ad paenitentiam quidein agendam posse admitti, ah ordinatione autem cleri atque sacerdotali honore prohiberi » (lxvii, 6). De pareils hommes ne sauraient, en effet, ni présider l'Église du Christ, ni offrir des sacrifices à Dieu. Cette décision, qui fut prise par le concile de Carthage et prise aussi par « tous les évoques dans le monde entier » [ibid.], n'avait rien d'une nouveauté, car la faute était publique et entraînait la déposition (lix, 10), Une fois déposés, les clercs rentraient dans la condition commune des laïques et pouvaient faire pénitence comme eux, mais sans espoir de récupérer la fonction de leur cléricature^ Cyprien

1. Elsed. //. E. VI, 43, 10, cite la lettre du pape Cornélius à Fabios, évoque d'Aiitioclie, où est rapporté le cas d'un îles évcquesqui avaient sacré Novaiien. « l'eu après sa faute, il revint à l'Église, gémissant xai £;0|jio)oYO-j|j.îvo; To âa-jtoO i[j.oLÇ.-r,\t.oi, et nous le communiâmes à litre de laïque (wxai èy.oivwvr,(Ta|Aev ).aty.(i)), tout le peu()le présent nous en ayant prié ». Cf. Cypiiu.n. EpisluL lxvu, C, où est mentionné

parle d'un évêque libellatique et qui, de plus, étant tombé malade, avait « blasphémé contre Dieu » : pressé par sa conscience, il déposa Tépiscopat pour faire pénitence, heureux de reconquérir la communion, ne fût-ce qu'au titre de laïque : « ,,, episcopatum ... spoiite deponens ad agendam paeiiitentiam, ... satis gratulans si sibi wel laico commiinicare contingeret » (lxvii, 6). Les évêques, prêtres, diacres, dès l'instant qu'ils étaient des lapsi^ étaient déchus de leur ordre, et ainsi ne créaient pas une catégorie spéciale de lapsi^ mais rentraient dans le droit commun ^ . Les évêques d'Afrique en usant de cette large indulgence envers les apostats à qui l'Eglise avait été jusque-là si sévère, pliaient la rigueur ancienne à des nécessités jusque-là imprévues, et ils étaient les premiers à s'en rendre compte. Saint Cyprien, avec une conscience supérieure de la finalité de l'Église, concevait le devoir épiscopal en fonction du salut des âmes : « Conscientiae nostrae convertit, fratei\ écrivait-il au pape Cornélius, dare operam ne quis culpa nostra de Ecclesia pereat : si autem quis ultro et crimine siio perierit^ et paenitentiam agere atque ad Ecclesiam redire noluerit, nos die iudicii inculpatos futuros qui consulimus sanitati'^. » Ces deux derniers mots exprimaient l'âme même de l'Église admirablement.

un décret du pape Cornélius interdisant &\\xlapsi Vaccèi de la cléricature : « [... dccrevit] eiusmodi hom'nes ad paenitentiam quidem agendam iussi admitti, ab ordiuatione autem cieri atque sacerdotali honore prohiberi ».

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