Ibid. 2. Cf. Cyprian. Epislul. lxviii
mis coepiscopis habîto concilio in eamdem nohiscum sententiam pari gravitate et saluhri moderatione consensit » (lv, 6). Cette sentence unique avait eu deux effets opposés, à Cartilage de supprimer l'indulg-ence inconditionnée et tumultuaire des martyrs, à Rome de réduire le rigorisme intransigeant des Novatiens. Mais, des deux côtés ensemble, c'était en définitive la discipline consacrée par Calliste qui triomphait. Une fois de plus le traitement des pécheurs se tempérait de miséricorde.
De toutes les Églises du monde on adhéra à la décision de Cyprien et de Cornélius : l'Afrique et l'Italie étaient acquises, l'Egypte suivit avec Denys d'Alexandrie. Novatien, en se faisant ordonner évêque intrus de Rome, en dépit de la régularité de l'élection de Cornélius, et en travaillant par des émissaires à surprendre la bonne foi des évoques lointains, se disqualifia. En 254, Cyprien, écrivant au pape Etienne, pouvait se flatter d'avoir fait condamner Novatien une seconde fois, c'est-à-dire comme intrus, par tous les évoques du monde, « Novatiano niiper retuso et refutato et per totiim orhem a sacerdotibus Dei ahstento » (lxviii, 2). Pourtant, cette unanimité n'alla pas sans hésitations ni défections, et, si vrai qu'il soit que le schisme de Novatien s'est fait sur une question de personne, on n'en doit pas moins reconnaître que l'éternel conflit de la morale rigoriste et de la morale relâchée y eut une part plus grande.
En Gaule, par exemple, tandis que l'évêque de
136 ETUDES DHISTOIRE
Lyon, Faustinus, était fermement rallié aux principes de Cyprien et de Cornélius, l'évêque d'Arles, Marcianus, fut réfractaire et ne céda pas, sans qu'on puisse dire qu'il ait eu aucun intérêt commun avec Xovatien. Cyprien, comme s'il avait eu mission de veiller à la soumission de tous, écrivit au pape Etienne et le mit positivement en demeure de déposer ■Marcianus, sur cette unique raison qu'il refusait de réconcilier les lapsi*. Le principe de l'indulgence était proclamé par Cyprien « vérité de l'Eglise catholique », le rigorisme « une dureté inavouable de la présomption hérétique ». Nous voilà loin du temps où, au jugement de Cyprien lui-même, les évêques étaient excusables de se refuser à réconcilier les adultères pénitents !
En Egypte, l'évêque d'Alexandrie, Denys, répugnait autant que Cyprien au rigorisme; il voyait dans la doctrine novatienne du refus de réconciliation une impiété blasphématoire contre Dieu, contre Jésus-Christ, contre le baptême, contre le Saint-Esprit 2. Il organisa la réconciliation des lapsi sur les mêmes bases que Cyprien et Cornélius. Mais à Antioche, l'évêque Fabios était opposé à cette réconciliation, en dépit des pressantes instances que lui adressèrent Cornélius et Denys : il mourut au moment où il réunissait un concile de tout l'Orient pour décider de l'attitude à prendre. Son successeur, Démétrien, put du moins tenir le concile, et l'unité se fît
1. Epistul. Lx\7ii, 1 : a catholicae ecclesiae veritate atqiie a
corpoiis nostri eisaccrdoiii conscnsione discesserit, tenons haereticae praesumptionis durissimam pravilalem, ul servis Dei paciiitentibus et doleniibus ... subsidia cludantur, ...sed sine spe pacis et coiiimunicationis... proiciatitur. »
i. Elseb. h. E. VII, 8.
en Orient contre le Novatianisme : Antioche, Césarée, Jérusalem, Tyr, Laodicée, la Cilicie, la Cappadoce, le Pont, la Bitliynie, la Mésopotamie, l'Arabie, au témoignage de Denys d'Alexandrie, ne partagèrent pas les hésitations de Fabios ^ .
De même, il se rencontra dans les Eglises les éléments d'un schisme, que toutes les intrigues des partisans de Novatien n'auraient pas réussi à provoquer, s'il n'avait trouvé sa raison d'être dans un puritanisme latent. Ces éléments formèrent des Eglises organisées, chacune avec un évêque, un clergé, des édifices, des cimetières; et ces Eglises durèrent. En 326, une loi de Constantin leur reconnaît une existence légale. En 412 seulement, saint Cyrille est assez fort pour les fermer à Alexandrie; en 422, le pape Célestin prend la même mesure à Rome ; mais à Constantinople, les Novatiens maintiennent longtemps encore leur culte, leur clergé, et surtout leur prestige qui est grand dans la haute société. L'extension des Eglises novatiennes dans le monde romain a été extrême : au v* siècle, on en trouve encore en Afrique, en Egypte, en Italie, en Espagne, dans les Gaules, dans les diverses provinces de l'Asie Mineure, particulièrement en Cappadoce, dans le Pont, en Bitliynie et en Phrygie. Sur la fin du vi^ siècle, Euloge d'Alexandrie écrit contre les Novatiens un gros traité de controverse. Au IV* siècle et au v», ils font figure de vieux catholiques : ils ne se laissent pénétrer ni par les hérésica dissidentes, ni par les développements catholiques. L'arianisme ne les entame pas, mais ils refusent obs-
i. JOkl.li, 1-2.
tinément toutes les avances des catholiques étonnés de voir cette répugnance chez des chrétiens dont le symbole est parfaitement catholique.
On raconte que Constantin aurait invité un évéque novatien, peut-être l'évêque novatien de Nicée, à se présenter devant le concile de Nicée. Le symbole lui aurait été communiqué que les évêques venaient de souscrire, et aussi la décision concernant la Pâque, et Constantin lui aurait demandé s'il était disposé à accepter le sentiment du concile. Le prélat novatien aurait répondu : « Le concile, prince, n'a défini rien de nouveau : car ce qu'il a défini sur la foi et sur la Pâque, je le tiens de la tradition qui remonte à l'origine et aux temps apostoliques. » Comme Constantin lui demandait alors pourquoi il refusait de s'unir aux catholiques, le Novatien rappela « ce qui s'était passé sous Dèce au temps de la persécution, et la rigueur du canon qui défend de recevoir à la participation aux divins mystères quiconque après le baptême a commis une des fautes que les divines Écritures appellent mortelles : s'il faut exhorter ces pécheurs à la pénitence, ils ne peuvent espérer leur pardon des évêques, mais de Dieu qui seul peut pardonner les péchés ». Constantin, bon interprète du sentiment catholique, lui aurait répondu ironiquement : « Prends une échelle, et monte au ciel tout seul '. »
Cette anecdote exprime au mieux le novatianisme tel quïl fut une fois qu"il devint l'antithèse du catholicisme sur un article, un seul, celui de la pénitence. La question des lapsi du temps de Dèce s'é-
\. SocnAT. n. E. 1, 10. cf. TiLLEMOST, Htstoire eccl., t. ni, p. 471 et suiv.
Jargit : le principe même est mis en cause du pardon des péchés graves par le ministère des évéques. Tout ce que nous avons trouvé d'opposition à ce principe chez Tertullien, chez le Philosophouméniste, chez Origène, s'est, à l'occasion de Novatien, systématisé dans une négation et dans un schisme. Le janséniste Tillemont écrit de Novatien : « Il ne se contentoit pas de dire que l'Église ne devoit pas accorder le pardon aux pécheurs, de peur qu'ils ne méprisassent leurs fautes, et n'y retombassent; mais il soutenoit que l'Eglise n'avoit pas le pouvoir de remettre les péchez mortels. Au moins c'est ce que disent saint Pacien et saint Augustin, attribuant peut-être à Novatien ce que ses disciples ont ajouté à ses erreurs. Car il ne paroist point que saint Cyprien, et l'ancien auteur qui a écrit contre Novatien, aient sceu qu'il fust tombé dans celle-ci. » Rien n'est plus juste. Pacien, qui fut évéque de Barcelone entre 360 et 390, ramène le Novatianisme à trois maximes : « Quod post baptismum paenitere non liceat, quod mortalc peccatum Ecclesia donare non possit, immo quod ipsa pereat recipiendo peccantes. » Dans la réfutation qu'il institue de ces trois maximes, il s'applique à établir que le pouvoir de l'Eglise est exercé par les évoques, car cette déduction est très explicitement contredite par le Novatien qu'il combat : « An remitti peccatum ah episcopis possit. » Pacien explique que l'évêque, soit qu'il baptise, soit qu'il impose la pénitence, soit qu'il accorde le pardon au pénitent, ne fait rien qu'au nom du Christ : « Id non nieo iure, sed Domini. » Il exerce en pardonnant un ])ouvoir divin, mais un pouvoir qui est moins extraordinaire que celui qu'il exerce en baptisant : « Si
lavacri et chrismatis potestas, maioruin et longe charismatum, ad epîscopos inde descendit^ et ligandi quoque ius adfidt atque solvendi '. » En Italie, le Novatianisme ne se présente pas autrement, si nous en jugeons sur le Contra Novatiamun qui se lit dans les Quaestiones ex V. et N. Testamento du pseudo-Augustin. Le Novatianisme s'y montre refusant tout pardon à l'adultère, aussi bien qu'à l'idolâtre : il permet, à vrai dire, de faire pénitence, mais il ne croit pas pouvoir pardonner, puisque Dieu est l'offensé : « Crimen ah eo remittendum est in quem adniissutn est. » A quoi le catholique répond que Dieu a délégué ce droit : « Hoc enim concessum est iuri ecclesiastico ah auctore, ut et paenitentiam det et post paenitentiam recipiat -. » On voit si les catholiques affirment nettement le droit divin de pardonner. — En Italie encore et à la même époque que l'auteur que nous venons de citer, saint Ambroise reproche pareillement aux Novatiens de dire qu'il faut refuser de rendre la communion aux lapsi et aussi bien à tous les pécheurs, sous prétexte qu'à Dieu est réservé le droit de pardonner. Ce droit divin est délégué par Dieu aux évêques, aux évoques seuls : « lus enim hoc salis permissum sacerdotibus est: recte igitur hoc Ecclesia vindicat quae veros sacerdotes hahet : haeresis vindicare non potest quae sacerdotes Dei non hahet ^. « Et comme faisait Pacien. Ambroise demande pourquoi les évêques, qui par le baptême remettent tous les péchés, n'auraient pas un pouvoir égal par la pénitence? « Car baptizatis,
\. Pacian. Epistul. I, G; lU, 1,5,7.