Sim. IX
niens, qui permettent à leurs disciples toutes les voluptés, d'après cette maxime que la chair a droit à la chair et l'esprit à l'esprit ^ D'autres, les carpocratiens, professent que l'homme est sauvé par la foi et par la charité, et que tout le reste est indifférent : le bien et le mal, le juste et l'injuste, n'existent que dans l'opinion des hommes : en soi rien n'est maP. Etrange audace, conclut Irénée, que des hommes se réclament de Jésus comme de leur maître, de Jésus qui condamme non seulement le mal, mais le seul désir et la pensée du mal, alors qu'ils rivalisent avec les cyniques, « Cynicorum indifferentiam aemulantes ' ». La contradiction de ce cynisme et de l'Évangile était trop criante pour ne pas répugner invinciblement. Les âmes de bonne, mais faible volonté, se désespéraient : elles « n'espéraient pas le salut, à cause des actes qu'elles avaient commis^ ». Si tant d'autres tournaient le dos aux saints, n'était-ce pas que leur misère les persuadait que cette sainteté était dans le monde, dans les affaires, dans les charges, irréalisable? Irénée nous montre l'angoisse de femmes tombées, et « leurs consciences brûlées comme au cautère... ». Les unes « silencieusement désespèrent de la vie de Dieu, d'autres renoncent absolument [au christianisme], d'autres restent hésitantes et sont, comme dit le proverbe, ni dedans, ni dehors ^ ». L'Eglise chrétienne était profondément troublée de la fragilité de ses baptisés opposée à la pureté de son idéal.
\. Contra haer. I, 6, 3.
ï. Contra haer. I, 2f>, S. Cf. I, 26, 3; 23, 2; 31, 2.