‹ Études d'histoire naturelleChapitre 78 sur 119 · I. — Topographie et Histoire · texte numérisé non relu

I. — Topographie et Histoire

Les eaux minérales sont situées sur le penchant (Tun grand coteau lacustre très-allongé, qui s’étend du nord au sud, d’Auzon à Servas, et que l’on nomme dans le pays côte chaude « costo couado ».

Au-dessous du coteau, qui a 128 mètres d’altitude près d’Auzon, 190 mètres au-dessus des sources et 206 mètres vers Servas, s’étend une belle vallée plantée de vignes, de mûriers, de maïs, et arrosée par un ruisseau, l’Alauzène, qui prend sa source près de Seynes et va se jeter près d’Arlinde, dans l’Auzonnet, affluent de la Cèze. La vallée est bornée à l’est par une série de collines néocomiennes boisées de chênes blancs et de chênes verts, et qui semblent être les derniers chaînons du serre de Bouquet ; leur altitude moyenne est de 130 mètres. Derrière eux sont des hauteurs plus considérables.

(1) Mémoire communiqué à la Société d'étude des sciences naturelles de Nîmes.

Au début de la vallée, qui est resserrée, se trouve Arlinde, et vers l’extrémité, où elle s’élargit en plaine , se voient les villages de Navacelles, Brouzet, Les Plans et Servas. La vallée a 11 kilomètres de long sur 2 kilomètres de large.

Les bains des Fumades tirent leur nom d’un hameau, qui est situé sur le versant occidental de Costo couado ; ils se trouvent à 131 mètres au-dessus du niveau de la mer. L’air est pur et salubre et rafraîchi d’ordinaire, à midi, par un vent alisé nommé le garbin, qui tombe avec le soleil couchant.

L’aspect de la vallée est doux et calme, celui des collines lacustres, plus triste et dénudé ; mais celui des petites montagnes néocomiennes est plus pittoresque, par suite des soulèvements et des déchirements convulsifs qui ont été le prélude de la formation de ces hauteurs. C’est ce qui fait dire à l’auteur anonyme d’une réclame sur les Fumades, que j’ai sous les yeux : « Le mythe du fameux combat des quatre fils d’Aymon, qui habitaient les châteaux de Bouquet, d'’ Allègre, de Montalet et de Rousson, ne serait-il pas le souvenir confus et poétique d’un cataclysme, comme la brèche de Roland dans les Pyrénées. Le passage des grandes eaux, s’épanchant des hautes montagnes, entre Rousson, Montalet, Allègre et le Bouquet, ne serait-il pas la source de la légende » ?

L'industrie du pays est surtout la sériciculture ; on exploite aussi, près de Servas, des calcaires bitumineux, qui sont achetés à Salindres, par une fabrique d’asphalte.

Il y a assez de choses curieuses à voir aux alentours, mais, cependant, encore assez loin ; sans parler du serre de Bouquet, je citerai le château ruiné d’ Allègre, la source artésienne de Cals, la fontaine d’ Arlinde, les grottes de Tharaux, les usines de Salindres.

Le nombre des sources minérales a varié depuis les temps historiques, mais par le seul fait de l’homme ; car les actions physico-chimiques, auxquelles on les doit, sont entièrement

permanentes et paraissent devoir durer autant que le pays. M. le docteur Roch en signale neuf, huit sur le versant oriental, non loin du hameau des Fumades, et qui sont désignées sous le nom collectif de Font-Pudente : ce sont, Roussel, Delbos supérieure, Delbos inférieure, Claude supérieure, Claude inférieure, Justet ancienne, Justet nouvelle et une sans nom ; la neuvième est située sur le versant occidental, non loin de Servas, et s’appelle Font-Nègre. Des recherches faites sous la direction de M. Crespon, ingénieur à La Fenadou, ont amené la découverte de trois sources nouvelles d’un débit considérable, qui ont presque annulé les anciennes ; ce sont les sources Thérèse, Etienne et Augustine.

Font-Pudente , c’est-à-dire les sources du versant oriental, était connue des Romains ; car en faisant des fouilles , on a découvert une piscine, ayant 3m95 de diamètre, en briques et à deux rangs de gradins Les baigneurs étaient dans l’eau froide, ayant de l’eau jusqu’au cou, s’ils étaient au premier rang de gradin et jusqu’à mi- corps, s’ils étaient au second.

On a retrouvé aussi un grand nombre de médailles, que les baigneurs jetaient dans la source, conformément aux traditions généralement observées et que rapportent César, Diodore de Sicile et Strabon.

La présence des eaux minérales aurait même contribué, suivant M. Germer-Durand, à la prospérité d’une cité Gallo- Romaine de Segustones, concentrée vers Arlinde.

Les vestiges romains se retrouvent aussi près de Font- Nègre ; j’y ai vu un grand nombre de débris de poterie et de briques.

Les eaux, fréquentées à l’époque Gallo-Romaine, ont été abandonnées et délaissées pendant longtemps, les gens du pays s’en servant, tout au plus, pour guérir la gale des bestiaux. Ce n’est qu’en 1855, après le travail du docteur Roch, que les malades arrivèrent, peu à peu, aux Fumades, et la construction d’un établissement de bains permet de prédire

le succès à ses eaux, qui sont comptées parmi les deux ou trois stations minérales les plus riches en hydrogène sulfuré. Cet établissement est dirigé actuellement par M. Chastan, véritable type du maître d’hôtel, aimable et obligeant, et sachant présider sa table avec un tact parfait.

Page 1