‹ Etudes d'hygiène publique. v.2, 1888Chapitre 20 sur 26 · XX · texte numérisé non relu

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du Père-Lachaise, 12.

de Belleville, 8.

170 ÉTUDES d'hygiène publiquk

Pour interpj^éter complètement cette statistique, nous devons faire remarquer que les arrondissements les plus éprouvés ont été le XIII» et le XX«. Ce ne sont pourtant pas ceux de Paris où la population est la plus dense, tant s'en faut ; ainsi dans le XIIP (quartier de la Gare), où il y a eu le plus de décès, le coefficient, par rapport à la superficie, est de 133.9 habitants par hectare, tandis que dans le quartier que j'habite (Saint-Thomas-d'Aquin), et qui ne figure pas dans mon tableau, parce que je n'ai pas eu à y faire d'enquête à propos d'un seul cas, il y a 339.7 habitants par hectare, et ce n*est pas un des plus agglomérés de Paris.

Le XIIP arrondissement est relativement bien situé, parcouru par des voies spacieuses. On pourrait, il est vrai, invoquer une cause d'insalubrité qui lui est spéciale : le cours de Ja Bièvre et ses émanations si nuisibles à d'autres points de vue (1). Certains auteurs ont rattaché la diarrhée infantile épidémique à des conditions analogues. « M. Johnston, officier sanitaire de Leicester, disait en 1883 le docteur Balard (2) dans une courte communication sur ce sujet, explique sa fréquence dans la ville par des exhalaisons se dégageant des égouts. » Mais la Bièvre ne saurait être mise en cause. Depuis son entrée à l'intérieur des fortifications jusqu'à son embouchure dans la Seine, elle traverse successivement les quartiers de la Maison-Blanche, de Croulebarbe, du Jardin-des-Plantes,

(1) HlV£S. Étude sur les causes d'insalubrité spéciales au quartier de la Maison- Blanclie , Vallée de la Bièvre, Travaiix d^ assainissement ^ etc. Paris, 1887.

(2) Balard (Edwards). The Brit. Jlfed., 1883, aug., p. 363. Analysée in Bev. d'hydrologie médicale, 1884, n' 7, p. 11.

et de Saint-Victor. Plus elle s'avance, plus elle devrait être insalubre, car elle reçoit dans son parcours les résidus d'établissements industriels intra-muros encore nombreux (tanneries, mégisseries, etc.). Le chiffre de la mortalité, par le fait de la maladie dont nous parlons, n'est pas plus élevé dans le quartier Croulebarbe et le quartier de la Maison-Blanche que dans les autres parties du même arrondissenjent ; dans les quartiers du Jardin-des-Plantes 1 et Saint-Victor il est à peu près insignifiant. On ne peut I assigner qu'une cause h la fréquence relative des cas dans , le quartier de la Gare, l'état social de la plus grande partie de la population : il y a là nombre d'ouvriers de fabriques, d'individus exerçant mille petites industries urbaines (chiffonniers, marchands de peaux de lapins, etc.), toutes plus insalubres Ifs unes que les autres ; c'était le quartier de la cité Doré qui eut son heure de célébrité dans les fastes de la misère.

La prédominance des décès dans le quartier du Père- Lachaise, pour le XX® arrondissement, tient probablei ment à une cause analogue : les hauteurs de Belleville, les alentours du lac Saint-Fargeàu, même la plus grande partie de Charonne, représentent, au point de vue hygiénique, de véritables localités idéales, si on les compare au fouillis de ruelles, de carrefours, des cités ouvrières de Ménilmontant.

Répartition des cas suivant les mois.

Juillet (du 10 au 31) 19 cas.

Août 57 —

Septembre 10 —

En supposant que la proportion ait été la même pendant les dix prenHers- jours de juillet que pendant les derniers,

nous [avons pour le mois tout entier un total de 29 cas. La prédominance a été très marquée dans le cours du mois d'août (57 cas). Ce mois, qui avait commencé par des orages terribles, a été le plus chaud de Tannée, tandis qu'en septembre la température s'est vite et régulièrement abaissée.

Répartition suivant le sexe et Vâge.

Garçons 42

Filles 44

Le sexe ne paraît donc pas créer de prédisposition. Au point de vue de Tâge, nous trouvons :

Enfants âgés de 15 jours . . . . , 6

— — 1 mois 13

Total: .... 86

Le plus fort contingent est fourni par les très jeunes enfants. Dans l'enquête que j'ai faite, il n'y a pas eu d'enfants de plus de deux ans.

Particularités présentées par la maladie.

Durée :

8 heures 1 cas.

3 jours 20

Total .... 86 cas.

Les cas vraiment foudroyants, c'est-à-dire qui tuent en moins de vingt-quatre heures, forment une faible proportion—'^ soit: 9.3 0/0.

La plus forte proportion des décès arrive le deuxième et le troisième jour, ^^ soit : 53.4 0/0.

La durée moyenne de la maladie, calculée d'après les durées particulières de 86 cas, serait de 56 heures, soit 2 jours 8 heures (nombre total des heures pour tous les enfants : 4,864).

Par conséquent, on est autorisé à dire que le choléra infantile cause la mort, en général, entfe deux et trois jours ; c'est ce qu'admettent la plupart des auteurs qui se sont occupés de la question.

§ 3. — Cette statistique, malgré ses lacunes, nous a fourni des notions peu nombreuses mais précises, dont nous pourrons tirer profit au point de vue de 1 etiologie et de la maladie, en les rapprochant de notions recueillies par d'autres dans des conditions analogues. Nous pouvons les résumer ainsi :

Le choléra infantile — qui règne endémiquement à Paris — est bien plus fréquentdans les mois d'été qu'à aucune autre époque de l'année ; les cas sont d'autant plus nombreux que la température moyenne est plus élevée.

La maladie frappe surtout dans les parties de la ville habitées par une population pauvre, mal nourrie et peu soigneuse.

Elle est plus fréquente chez les jeunes enfants et devient rare à partir de deux ans.

Insistons sur quelques-uns de ces points .

La qualification de maladie saisonnière donnée à cette forme de diarrhée est juste; mais elle est vague, si vague qu'il est impossible d'en tirer parti au point de vue pratique. On ne peut pas conseiller à la fraction de la population dans laquelle elle sévit, des émigrations périodiques vers le nord, de manière à fournir aux nouveau-nés un perpétuel printemps. Je ne crois pas, pour mon compte, que l'augmentation de la mortalité tienne à des conditions mésologiques proprement dites. La muqueuse intestinale peut fonctionner aussi régulièrement à une température

de 28<* que par une journée d'hiver, pourvu que l'alimentation soit également salubre, également assimilable dans les deux cas. L'alimentation, voilà le facteur le plus important, le facteur essentiel delà santé de l'enfant; qu'elle soit de mauvaise qualité, ou en trop grande quantité, mal adaptée, il est presque certain qu'elle provoquera des troubles gastro-intestinaux, dont le degré et la gravité varieront avec l'intensité de Tinsultus primordial et la résistance du petit malade. Dans aucune saison de l'année les altérations des aliments ne sont aussi prononcées que pendant les mois dont nous avons parlé. Les classes sociales, dans lesquelles on relève le plus de cas de choléra infantile, sont précisément celles qui peuvent le moins se protéger contre l'action de cette cause, soit par suite de la misère, soit par suite de leur négligence de toutes espèces des lois de l'hygiène, même des soins de propreté. Que le lait acheté aux débitants soit moins bon à ce temps des chaleurs caniculaires, que ce lait s'altère plus vite dans les capharnatims sordides des impasses qui avoisinent le boulevard de la Gare, ce sont là des faits si connus qu'il suffit de les rappeler.

Cette augmentation estivale thermique de la diarrhée n'est pas particulière à l'année 1887 ni aux milieux dans lesquels j'ai observé. Voici du reste une courbe destinée à montrer la relation qui a existé cette année-là entre le nombre des décès par diarrhée infantile et la température ambiante.

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