MESURES DE PROPHYLAXIE SPÉCIALE
III, — Chaque sujet atteint de pelade fera l'objet d'une enquête médicale qui aura surtout pour but de rechercher par une analyse attentive du cas particulier, les conditions dans lesquelles la maladie s'est développée, ses origines probables ou certaines, et de déterminer la période à laquelle est arrivée l'affection. Sou ancienneté, son état stationnaire, le bon état du cuir chevelu en dehors de la portion dénudée, sa réparation manifestement en voie d'exécution, sont au nombre des conditions qui permettront l'admission ou la conservation sous certaines réserves qui seront formulées ; les circonstances opposées, le début récent, l'augmentation manifeste, la multiplicité des plaques alopéciques et le peu d'adhérence des cheveux d'alentour motiveront, au contraire, la non admission, le renvoi ou l'isolement temporaire. Dans l'application dont le détail va être indiqué, ces règlespourront être modifiées selon les différentes conditions et les cas particuliers.
IV, — Pour les asiles et les écoles de la première enfance, la non admission, l'exclusion et l'isolement effectif seront la règle, parce que la rigueur de ces mesures n"a pas pour les enfants de cet âge la même gravité que pour ceux qui sont plus avancés, et parce qu'il est impossible de compter en rien sur leur concours.
V, — Dans les écoles primaires, il aéra possible d'admettre les peladiques, k la condition qu'ils demeurent
séparés pendant les classes, isolés pendant les récréations, soumis à un traitement approprié et aux mesures de propreté ci-dessus indiquées, enfin qu'ils auront la tête couverte toutes les fois que l'étendue et le nombre des plaques alopéciéés ne permettront pas d'en faire l'occlusion effective.
VI. — Pour tous les externats, les peladeux peuvent être admis aux classes et aux cours à des conditions analogues ; la récréation et l'étude en commun sont soumises à une surveillance particulière sous la direction du médecin de l'établissement. Les élèves auront la tête couverte par une perruque, si les plaques peladiques sont nombreuses et étendues, ou un bonnet dans les cas moins intenses.
VIL — Pour les internats, écoles supérieures, écoles spéciales, etc. , la surveillance pouvant être exercée encore plus utilement que dans les conditions de l'article précédent par le médecin attaché, et l'âge des sujets pouvant permettre de compter sur leur concours, on ne prononcera la non-admission ou l'exclusion temporaire que rarement et pour des cas particulièrement intenses.
Presque toujours les jeunes peladiques pourront être conservés, à la condition que leurs parents acceptent les mesures auxquelles ils devront être soumis, la surveillance et les soins du médecin de l'établissement, qu'il soit pris, aux récréations ou au dortoir, des mesures de précautions appropriées, et qu'ils aient la tête couverte d'une perruque ou d'un bonnet.
Si ces mesures, dont le degré sera réglé par l'intensité de la maladie, ne sont pas applicables dans un établissement en particulier, on aura toujours la ressource de conserver les peladiques comme externes.
VIII. — Dans les agglomérations militaires, Texécution des règlements en vigueur permet de donner satisfaction à toutes les exigences du service et de préserver les sujets sains, ainsi que cela se pratique dans l'armée de mer et dans Tarmée de terre. Les hommes reconnus peladiques sont envoyés à l'hôpital; les suspects sont momentanément isolés et mis en observation en même temps que l'on prend toutes les mesures de désinfection et de prophylaxie appropriées, nettoyage de la tête, suspension de Tusage de la tondeuse, flambage des ciseaux du perruquier après chaque opération, interdiction des échanges de coiffure, objets de toilette particuliers à chaque homme, surveillance des lits de camps, etc.
IX. — Dans tous les cas où des sujets peladiques conservés par tolérance seront devenus le point de départ manifeste de cas nouveaux, cette tolérance cessera aussitôt la constatation d'un foyer, laquelle entraîne de plein droit Télimination immédiate de tous les malades (1). »
Je crus devoir faire au discours de M. Besnier la réponse suivante, dans laquelle je résumais mon opinion actuelle :
Avant la clôture de cette discussion je tiens à remercier l'Académie et Téminent rapporteur de la Commission d'avoir bien voulu s'intéresser à la situation des lycéens atteints de pelade. Je crois pouvoir les remercier aussi au nom de ces jeunes gens d'avoir adouci les mesures véritablement draconiennes dont ils avaient été l'objet jusqu'à ce jour.
Quant aux questions doctrinales qui ont été soulevées
(1) BuU. de l'Acad. de méd., séance du 31 juillet 1888.
LA PELADE ET l'ÉCOLE 267
dans ce débat, je me garderai bien dV revenir pour le moment, dans la crainte de froisser des convictions respectables, basées sur des faits dont quelques-uns au moins semblent probants. Des recherches nouvelles permettront, je Tespère, de faire complètement la lumière sur ce point.
Il me paraît résulter de tout ce qui a été dit à cette tribune qu'il existe deux formes de pelade, l'une contagieuse et l'autre qui ne Test pas. Mes honorables contradicteurs sont persuadés que la première variété est de beaucoup la plus fréquente. D'après ce que j'ai vu jusqu'ici, je suis porté à croire, au contraire, qu elle est rare, tellement rare que je n'en ai pas encore rencontré un seul cas. Par conséquent, si je ne tenais compte que des observations que j'ai pu recueillir, je devrais être anticontagionniste après comme avant la discussion. Mais je ne saurais nier que d'autres ont pu voir ce que je n'ai pas vu moi-même ; de telle sorte que la question d'existence de la contagion posée à Porigine devient une question de fréquence ; sa solution définitive appartient à la statistique, devant laquelle nous devrons tous nous incliner.