‹ Etudes d'hygiène publique. v.2, 1888Chapitre 7 sur 26 · PROPHYLAXIE DES MALADIES CONTAGIEUSES · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE DES MALADIES CONTAGIEUSES

HISTOIBE DE DEUX PETITES éPIDlÊMIES DE SCARLATINE. — MORTALITÉ PAR LA SCARLATINE A PARIS EN 1886. — STATISTIQUE DE LA SCAR- LATINE DANS LES HOPITAUX DE PARIS. — COUP D'ŒIL SUR UNE AUTRE MALADIE ÉPIDÉMIQUE. LA COQUELUCHE EN 1886. — NÉCES- SITE DES MESURES A PRENDRE POUR PRÉVENIR LA DIFFUSION DES MALADIES CONTAGIEUSES. — CE QUE DEVRAIT ÊTRE UN HOPITAL DANS LEQUEL L'ISOLEMENT SERAIT RATIONNEL. HOPITAUX INTRA- MUROS ET EXTRA-MUROS.

Deux épidémies de scarlatine sévirent dans les premiers mois de Tannée 1886, Tune au collège Stanislas, Tautre au Petit Séminaire de la rue Notre-Dame-des- Champs.

Voici comment elles se développèrent et se comportèrent.

Collège Stanislas, — L'épidémie fit son apparition à la fin de 1885 et se prolongea jusqu'au milieu du mois de mars. Elle frappa 38 élèves :

(1) Ce rapport adressé à M. le Préfet de police, président du Conseil d'hygiène et dé salubrité du département de la Seine, a été lu dans la séance du 3 juin 1887.

21 internes; 16 demi-pensionnaires; 1 externe ;

Sur ces 38 élèves :

5 étaient âgés de 13 ans.

La maladie se termina par la mort dans trois cas ; une fois, d'une manière subite, sans qu'on pût en savoir la cause ; deux autres fois, au milieu des symptômes de l'urémie.

Aucun renseignement ne ma permis de fixer, ou jnême de soupçonner, le point de départ de l'épidémie ; je ne saurais dire non plus dans quel ordre la contamination s'est faite, mais il est certain que les cas les plus nombreux ont été observés parmi des jeunes gens d'un certain âge réunis dans le cours préparatoire aux grandes écoles du Gouvernement.

Sur le conseil de mon collègue des hôpitaux, le docteur Xavier Gouraud, médecin de l'établissement, on licencia les classes dans lesquelles s^étaient développés des cas de scarlatine ; on fit des fumigations soufrées dans les salles et les dortoirs, conformément aux prescriptions du Conseil d'hygiène et de salubrité. La rentrée eut lieu quinze jours plus tard et, depuis lors, l'état sanitaire du collège est resté satisfaisant.

MALADltlS CONTAGIEUSES CHEZ LES ENFANTS 13

Petit Séminaire de larueNotre-Dame-des-Champs, — I^'établissement n*est séparé, comme on sait, du collège Stanislas que par la largeur de la rue.

Le 16 mars 1886, trois élèves de la première division (classes depuis la troisième jusqu'à la philosophie) furent pris de scarlatine. Le docteur Michaux, médecin de rétablissement, réclama le renvoi immédiat des malades dans leur famille.

Du 16 mars au 7 avril, pas de nouveau cas ; mais, à cette dernière date, deux élèves de la seconde division (de la septième classe à la troisième) furent atteints presque en même temps. Le lendemain apparurent deux autres cas.

Le 15 avril, trois enfants de la seconde division sont pris ; un quatrième, sorti de la veille, est atteint aussi chez ses parents.

Le 16. Deux cas nouveaux.

Dans ces conditions, M. Michaux engage le supérieur à avancer les vacances de Pâques et à faire évacuer rétablissement. Cette mesure fut prise le 18. Il était temps. La veille encore, la scarlatine s'était développée chez un élève de la première division et un de la seconde.

Il y a donc eu quinze cas en tout, dont deux ou trois graves, pas de décès.

Notons qu'il n'est rien survenu dans la troisième division (enfants de huit à onze ans des classes de neuvième et de huitième). 11 y a un certain intérêt à rapprocher ce fait de ce qui s'est passé à Stanislas, où, comme on sait, les classes inférieures à la cinquième ont été épargnées.

L'âge des quinze malades se répartit de la manière suivante :

19 ans 1

Il fut assez facile de préciser Torigine de cette seconde épidémie. Il y a des relations fréquentes entre le personnel du collège Stanislas et celui du Petit Séminaire, et Tépidémie existait dans le premier établissement lorqu'elle éclata (lans le second. On eut également recours aux mesures de dSsinfection déjà indiquées : fumigations soufrées des dortoirs, des salles d'étude et des classes, etc. Après la rentrée, il n'y eut pas de nouveaux cas.

Il me semble utile de rapprocher de ces deux relations celle d'une petite épidémie observée, presque à la même époque, à TÉcole polytechnique, et sur laquelle M. le médecin-major Pierrot, médecin en chef de l'établissement, a bien voulu me fournir les renseignements suivants :

Le premier cas fut observé le 16 avril chez un élève de la seconde division, contaminé, selon toute probabilité, en ville, chez son correspondant. Le 20, deuxième cas chez un élève de la même étude ; troisième cas le 21.

Pendant quinze jours environ, on n'en vit pas d'autres ; le quatrième cas survint seulement le 8 mai. A partir de ce jour-là, cinq autres élèves furent pris, tous appartenant à la même salle d'étude, ou bien à des salles et à des casernements voisins. Il y eut quatre cas dans la salle d'étude où s'était développé le premier; le dernier fait fut observé le 31 mai.

Un sergent garderconcierge a été atteint, mais la maladie ne s'est pas propagée parmi les employés de l'école. Quatre ou cinq cas ont été bien nets, mais sans complication ; deux fois seulement l'urine a présenté des traces d'albumine.

Les moyens de désinfection employés dans cette circonstance furent les suivants (c'est d'ailleurs toujours aux même moyens qu'on a recours lorsqu'un cas de maladie contagieuse se déclare à l'École) :

i^ Les casernements, salles d'étude, couloirs, furent lavés avec une lessive de potasse, et le lendemain, après dessiccation, avec une solution de chlorure de zinc- à 2 0/0. Tous les matins, pendant une semaine, on jeta*sur le sol des couloirs et des casernements du sable phéniqué à 2 0/0. Ce sable était balayé le lendemain et renouvelé.

2° Les effets, tels que vêtements, linges, literie, ayant appartenu aux élèves contaminés, furent immédiatement désinfectés à l'aide de vapeurs sulfureuses à raison de 30 grammes de soufre par mètre cube de la caisse à désinfection.

3^ A l'infirmerie, les malades furent isolés, et des précautions furent prises pour qu'il n'y eût pas contact entre eux et le reste du personnel.

La petite épidémie (hôpital des Enfants-Malades) dont j'ai donné la relation dans mes Études d'hygiène publia que (1) était à peu près contemporaine. Je fis sur elle une communication à l'Académie de médecine, dans la séance du 16 mars 1886.

Je n'ai pas eu connaissance d'autres épidémies locales.

(1) La scarlatine dans les hôpitaux d'enfants à Paris, 1886, p. 183.

le ÉTUDE

Les renseignements fournis par la Statistique municipale semblent, au contraire, démontrer qu'elle ne s'est localisée daDS aucun quartier.

Le tableau suivant montre que la diffusion épidémique de la maladie débuta à la fiu de 1885 et au mois de janvier 1886, atteignit son maximam ans mois de juin et de juillet ; que la décroissance commença en août et alla s'accusant dans les mois suivants.

A. — Mortalité de la Ville de Paris par scarlatine, par chaque mois de l'année 1886,

Total : 389 décét.

En résumé, la scarlatine a causé en 1886, à Paris, 389 décès, c'est-à-dire deux fois plus qu'en 1882 (162) et

en 1885 (192), et quatre fois plus qu'en 1883 (87) et 1884 (86). Pour trouver un chiffre plus élevé que celui de Tannée dernière, il faut remonter à 1881 ; cette année-là, il y eut 451 décès.

Il est regrettable que la statistique municipale ne donne aucun renseignement sur le nombre des cas guéris. Nous ne pouvons recueillir que des données partielles en recourant aux statistiques des hôpitaux d'enfants. Voici les renseignements que je dois à lobligeance des directeurs de ces établissements. Ils sont résumés dans les tableaux suivants, renfermant :

1° Le nombre des cas observés et le nombre des décès pendant chaque mois de Tannée (Tableaux B, B', B" et C, C^ C^') ;

2° La proportion (guérison ou décès) par sexe et par âge (Tableaux D, D', D") ;

3° Les cas extérieurs et les cas intérieurs (Tableaux E,E', E").

HYClèwE PUBLIQUE, ïl, — 'i

ÉTUDES d'hygiène PCBLK^UE

HOPITAL DES ENFANTS-MALADES B, — Relevé des scarlatines par mois pendant l'année 1886.

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