‹ Études de clinique chirurgicaleChapitre 3 sur 99 · LEÇON D ’ O U V E II T U II E · texte numérisé non relu

LEÇON D ’ O U V E II T U II E

gynécologiques, d une petite salle destinée aux laparotomies, à peine munie des objets nécessaires, mal éclairée, située dans un modeste bâtiment où logeaient plusieurs employés, enfin de cet amphithéâtre, dont je n’ai pas besoin de vous signaler les défectuosités, et qui possédait, comme unique lavabo, une petite vasque en forme de coquille, datant certainement de l’époque de Necker, le fondateur de l’hôpital, et de son illustre fille, Mme de Staël.

Mon premier soin a été d’assainir les salles, d’y multiplier pour nous tous, pour les élèves et les infirmiers, les moyens d’observer les règles d’une propreté rigoureuse, de faire désinfecter, laver, peindre cet amphithéâtre, de faire ouvrir dans le plafond de la salle de laparotomie une large baie qui donne un jour superbe, mais qui malheureusement laisse tomber sur nos épaules et sur nos opérées de véritables douches d’air froid, de créer un petit service de quatre lits, à côté de cette salle d’opération, dans trois chambres fraîchement peintes dont l’aménagement, bien loin d'être parfait, m’a permis de faire d’emblée une large place aux grandes opérations gynécologiques dans l’ensemble de mes interventions.

Mais, parmi toutes ces améliorations hâtives, imposées par des besoins pressants, certaines ne devaient être considérées que comme une transition d’un état de choses absolument défectueux à un autre réalisable seulement dans un avenir lointain, sans compter bon nombre de détails importants appelant des modifications : je devais viser à obtenir une salle pour les opérations d’urgence, un nouveau service gynécologique, un amphithéâtre d’enseignement digne de notre époque,

Grâce aux efforts de mes collègues de la Faculté et des hôpitaux auprès du conseil de surveillance de l’Assistance publique, grâce à la libéralité du conseil municipal, la forte somme nécessaire a été volée; la pioche des démolisseurs et la truelle des maçons ont déjà fait sortir du domaine du rêve les nouvelles constructions dont les plans ont été étudiés, discutés, arrêtés par l’architecte de l’hôpital, M. JJelouet, mon excellent collègue et ami M. le professeur Guyon et moi.

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Nous avons déjà la salle pour les opérations d’urgence, objet de l’une de mes convoitises, meublée d’une armoire à instruments en verre et nickel, de deux étuves, d'une bouilloire au gaz, d’un chauffe-linge, d’un lavabo à deux cuvettes surmonté d’appareils qui mettent à notre disposition soixante-cinq litres d’eau filtrée, bouillie, chaude ou froide. Quand nous serons en possession d’un magnifique amphithéâtre et d’un service de gynécologie construits dans les conditions considérées actuellement comme les plus satisfaisantes, nous pourrons nous vanter d’avoir réalisé un immense progrès. Toute cette importante édification sera terminée, je n’en doute pas, avant un an.

Parmi les progrès accomplis, je n’oublierai pas de vous signaler l’installation de mon laboratoire d’histologie, de physiologie expérimentale et de bactériologie, qu’a rendue possible le large crédit qui m’a été accordé par le ministère de l’Instruction publique. De son côté, l’administration de l’Assistance publique contribuait à l’amélioration de mon service, en établissant dans cet hôpital une grande étuve à désinfection par laquelle nous faisons passer nos blouses, nos tabliers, les alèzes nécessaires pour les opérations, ainsi que la literie de tous les malades après leur sortie de nos salles.

Nous sommes donc, sauf certaines lacunes du côté de l’amphithéâtre des opérations, bien outillés pour l’antisepsie et l’asepsie.

La question des réformes à introduire dans l’enseignement de la clinique est une de celles qui depuis quelque temps passionnent le plus l’opinion publique. Elle pourrait me sembler particulièrement délicate à traiter, comme membre de la Faculté de médecine, si mes idées personnelles s’éloignaient beaucoup de celles qui ont cours actuellement et qui sont le plus en faveur dans la grande masse du public.

Je ne fais, pour mon compte, aucune difficulté à reconnaître que, si les services de clinique de la Faculté étaient les seuls où les stagiaires pussent trouver les éléments de leur instruction pratique, ces services devraient être déclarés insuffisants, à cause du nombre énorme des étudiants. Aussi, nous autres

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les professeurs de clinique, nous ne pourrions avoir l’idée de revendiquer pour nous le monopole de l’enseignement. Ce serait revendiquer l’absurde et méconnaître ce qui existe déjà depuis longtemps, à savoir la dissémination de l’enseignement dans tous les services de chirurgie, de médecine ou d’accouchements des hôpitaux de Paris. La réforme, d’où quelle vienne, qu’elle émane de l’Etat ou de la ville de Paris, consistera essentiellement dans la consécration, dans la régularisation d’un ordre de choses, d’une situation qui a pour elle toute la force d’un fait accompli.

Je n’ai donc pas à insister sur ce côté de la question, puisque tout le monde est d’accord sur la nécessité d’attribuer à un certain nombre de chirurgiens et de médecins des hôpitaux des fonctions de professeurs de clinique auxiliaires. Seront-ils ou non dépendants de la Faculté? Voilà le point sur lequel portera tout l’effort des deux parties. De quelque côté que l’avantage se dessine, je vois en perspective un grand profit pour les nombreux élèves de la Faculté de Paris, et cela me suffit pour le moment.

Mais toute la question n’est pas dans la nomination de professeurs auxiliaires ou de chargés de cours, dans l’extension, dans la multiplication des moyens d’instruction mis à la portée des élèves; elle a une autre face non moins importante. Sans doute il faut augmenter le nombre des services où les stagiaires pourront recevoir une instruction aussi complète que possible, mais il faut aussi rechercher les moyens de perfectionner l’enseignement clinique dans les services où il se fait au nom de la Faculté : il faut trouver la formule de l’enseignement le plus parfait, le plus profitable qu’on puisse concevoir.

La clinique étant l’étude du malade, unité complexe susceptible de fournir à l’observateur des notions séméiologiques, étiologiques et thérapeutiques complexes et irréductibles, je ne crois pas que l’enseignement clinique soit plus susceptible de dissociation que la maladie envisagée dans ses divers éléments constitutifs ou dans les procédés thérapeutiques qui lui sont applicables. Je ne pense donc pas que, à moins de verser dans

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la pathologie pure, dans l’étude théorique des maladies, on puisse faire à volonté de la clinique élémentaire ou transcendentale. On en fait de telle ou telle nature, de tel ou tel degré, suivant les circonstances, suivant les hasards des cas qui se présentent à l’observation. On peut bien dégager de l’étude de n’importe quel malade, fût-il le plus compliqué, quelques notions élémentaires que le débutant s’assimilera sans peine; mais sur le même malade , les plus avancés trouveront le moyen d’exercer leur sagacité et de développer leur expérience.

Loin de moi la pensée de vous donner comme le dernier mot du perfectionnement le programme auquel je me suis arrêté. Je ne croirai jamais, pour mon compte, avoir pleinement atteint le but et réalisé le progrès idéal. Cependant il m’est bien permis de vous recommander ce programme, puisque vous devez y voir la forme tangible de mon opinion, la résultante de mes efforts.

Une des idées qu’a cherché à faire prévaloir mon éminent collègue M. le professeur Potain, dans une brochure où tout un plan de réformes a été exposé, c’est que la dose d’instruction clinique à donner aux élèves doit être graduée suivant leur degré d’avancement dans leurs études. A supposer que cette idée soit réalisable, il y aurait des professeurs chargés des élèves de deuxième année; il y en aurait d’autres pour ceux de troisième année, d’autres pour ceux de quatrième année.

Je vois de grandes difficultés à la mise en pratique de cette idée. Il est permis de penser que, du côté des professeurs, la graduation de l’enseignement rencontrerait aussi de sérieux obstacles. Qui prendrait sur soi la responsabilité d’un classement basé sur cette idée? Tous voudront faire de l’enseignement supérieur, ou, pour mieux dire, de l’enseignement à tous les degrés. Exiger de certains qu’ils se bornent à enseigner la technique de 1 examen des malades et la séméiologie élémentaire, ce serait comme si vous imposiez à un professeur de philosophie l’obligation de faire une classe de quatrième.

La conclusion de ce qui précède est qu’il faut qu’un service de clinique soit organisé pour le plus grand bien de tous ceux

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qui y sont attachés ou qui le suivent, et comme le professeur a devant lui des élèves à tous les degrés d’études et des hommes déjà mûris dans l’expérience médicale, il faut que son enseignement soit assez compréhensif pour donner satisfaction aux aspirations de tous, au désir d’apprendre sous toutes ses formes et dans toutes ses proportions.

Il y aura donc sans inconvénient, selon moi, dans le môme service, des élèves de toutes les années, et cet assemblage, disparate en apparence, loin de nuire aux plus jeunes, tournera au profit de tous. C’est que j’ai foi dans les bienfaits de l’émulation, dans ceux non moins réels de l’enseignement mutuel. Je crois bon que, du haut en bas de notre hiérarchie, il tombe sans cesse une cascade de conseils, d’éclaircissements et de préceptes, et j’ai la conviction qu’à force de répercussions et de rejaillissements, cette pluie bienfaisante doit finir par imprégner profondément tous ceux qu’elle atteint.

Voilà pourquoi je maintiens la leçon proprement dite dans sa forme traditionnelle, mais voilà aussi pourquoi j’ai institué audessous de mon enseignement personnel un enseignement plus simple, un enseignement d’initiation pour les jeunes, confié à mon chef de clinique, à mes internes, à mon chef des travaux gynécologiques et à mon chef de laboratoire. J’ai voulu que de cette sorte il y eût de la semence d'instruction répandue à profusion autour de moi, et j’ai pensé pouvoir compter pour ces semailles, non seulement sur moi-môme, mais aussi sur mes collaborateurs. Je suis heureux de profiter de cette occasion pour rendre justice publiquement à leur zèle, au consciencieux dévouement qu’ils consacrent à notre œuvre commune.

Je vous ai dit en commençant que la recherche rigoureuse des causes de la mort à la suite des opérations était un des buis que je me proposais de poursuivre. Ceci est Je corollaire de ce que j’avançais ici il y a un an, à savoir qu’un des bienfaits de l’antisepsie devait être de révéler d’une façon éclatante le pourquoi de nos insuccès, maintenant que des complications septiques ne viennent plus comme jadis embrouiller sans cesse ce problème difficile.

STATISTIQUE

Laissez-moi d’abord vous exposer la statistique de mes opérations. Il me sera possible ensuite de tirer de cet exposé les enseignements qu’il comporte.

Il n’est peut-être pas superflu de vous faire remarquer que mes salles sont ouvertes à tous ceux qui ont besoin de nos soins. L’érysipèle seul en est proscrit. Je comprendrai ainsi mon devoir tant que nos installations hospitalières ne nous permettront pas de faire disparaître la fâcheuse promiscuité des malades infectés et de ceux qui ne le sont pas.

Statistique des opérations pratiquées par M. Le Dentu, M. Ch. Nélaton, agrégé suppléant, M. Lyot, chef de clinique, M. Pichevin, chef des travaux gynécologiques, et les internes du service, du 1er octobre 1890 au 1er octobre 1891.

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